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Le “banquier d’exécution” : Guy-Martial Awona, du terrain togolais à la stratégie UEMOA

On le croise rarement dans le registre du “show”. Guy-Martial Awona appartient à cette catégorie de dirigeants bancaires dont la puissance se mesure moins au volume des déclarations qu’à la cohérence des décisions. À Lomé, son nom s’est imposé comme celui d’un banquier d’exécution : rigueur de portefeuille, discipline de liquidité, obsession de la qualité de service. Depuis 2018, il dirige Orabank Togo, avec une trajectoire qui l’a progressivement fait passer de la gestion de relations clients aux postes où l’on tranche sur le risque, les équilibres et la croissance.

Mais son influence dépasse désormais le marché togolais. En mars 2025, il a été porté à la tête de la FAPBEF-UEMOA, la Fédération des associations professionnelles de banques et établissements financiers de l’Union, un rôle politique et technique à la fois, au carrefour des discussions sur la liquidité interbancaire, l’accès au crédit et la modernisation du secteur.

Des banques internationales à la direction générale : un parcours façonné par le risque

Le fil conducteur de Guy-Martial Awona, c’est le risque. Pas celui dont on parle en théorie, mais celui qui se pilote chaque matin dans une banque : qualité d’actifs, arbitrages commerciaux, conformité, anticipation des tensions de liquidité. Son profil public retrace une carrière débutée sur des fonctions de relationship manager, analyste, puis directeur des risques, dans des groupes de référence comme Citibank, Société Générale et Ecobank, entre le Cameroun et le Tchad.

Depuis une quinzaine d’années, il évolue au niveau “direction générale”, avec des passages marquants chez Ecobank (notamment au Cameroun, au Cap-Vert, à São Tomé-et-Principe), puis au sein de l’écosystème Banque Atlantique/ABI, avant d’intégrer Orabank au Gabon en 2015, puis au Togo à partir de 2018.

Ce type de trajectoire raconte une compétence rare sur les marchés UEMOA : savoir grandir sans casser la maîtrise du risque.

Orabank Togo : la banque au défi de la proximité et de la digitalisation

À la tête d’Orabank Togo, Awona a dû composer avec une équation connue de toutes les banques de la zone : comment maintenir la proximité et la confiance tout en basculant vers des modèles plus digitaux, plus efficients, et plus rentables. Dans un entretien accordé à Financial Afrik, il insistait déjà sur l’amélioration continue de la qualité du portefeuille et des services, dans un environnement concurrentiel local.

Plus récemment, alors que des rumeurs de retrait ou de repli d’Orabank au Togo circulaient dans certains cercles, il a publiquement opposé une fin de non-recevoir et assumé le sens stratégique des transformations en cours, notamment autour de la rationalisation et de l’expérience client. La ligne est constante : moderniser sans abandonner.

C’est là que se lit son style. Awona ne présente pas la digitalisation comme un effet de mode, mais comme un outil de “stabilité opérationnelle” : réduire les frictions, raccourcir les délais, standardiser la qualité, et préserver la confiance.

Une nomination qui place le Togo au centre du jeu bancaire UEMOA

Le 4 mars 2025, une étape institutionnelle a élargi son périmètre d’influence. Guy Martial Awona, actuel directeur général d’Orabank Togo, est devenu le nouveau président de la Fédération des associations professionnelles de banques et d’établissements financiers de l’UEMOA (FAPBEF‑Uemoa), à l’issue d’une réunion du conseil fédéral tenue le mardi 04 mars à Lomé. Ainsi, le Togo prend les rênes de cette organisation, dans une séquence où la liquidité, le financement de l’économie et la modernisation du secteur bancaire se discutent à l’échelle régionale.Il succéde à Boccar Sy.

Ce mandat confère à Awona un rôle charnière. La FAPBEF‑UEMOA n’est pas une structure symbolique : elle porte la voix des banques de l’Union dans les débats qui structurent le coût des ressources, la circulation interbancaire, la gestion des risques et les conditions d’accès au crédit. Dans un environnement où chaque adjudication souveraine, chaque tension de trésorerie et chaque arbitrage prudentiel impactent la capacité des banques à financer l’économie, la présidence de la Fédération devient un poste d’architecture financière.

Le “capital invisible” d’un DG : gouvernance, discipline, crédibilité

Le portrait d’Awona serait incomplet sans cette dimension institutionnelle. Son profil public le présente aussi comme président de l’APBEF Togo et administrateur de plusieurs structures, y compris dans la technologie et l’éducation.

Ce sont des détails qui comptent. Dans l’UEMOA, un directeur général qui tient sur la durée doit savoir faire trois choses en même temps : parler au régulateur, parler au marché, et parler au client. Le reste, la communication, vient après.

Pourquoi Guy-Martial Awona compte dans le moment bancaire de la zone UEMOA

Au fond, Guy-Martial Awona incarne une figure de plus en plus recherchée sur les marchés francophones : le banquier qui sait connecter performance et prudence. Un dirigeant qui comprend que la transformation digitale ne vaut que si elle améliore la qualité de service, que la croissance ne vaut que si elle n’abîme pas le portefeuille, et que la liquidité n’est pas un sujet technique mais un sujet de souveraineté financière.

Patrick Tchounjo

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