Baba Malick Ba nommé directeur régional : la BIDC passe en mode “exécution”

Il y a des nominations qui ressemblent à une simple ligne dans un communiqué. Et puis il y a celles qui racontent une stratégie. La Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC/EBID) vient d’envoyer un message clair : l’Afrique de l’Ouest ne se finance plus seulement depuis les sièges, elle se finance au plus près des pipelines de projets. En confiant à Baba Malick Ba le poste de directeur régional basé au bureau d’Abidjan, avec une responsabilité couvrant la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Gambie, le Burkina Faso, le Cap-Vert et la Guinée, la Banque officialise une montée en puissance opérationnelle dans un hub où se croisent États, grands groupes, bailleurs et deals structurants. La prise de fonction est annoncée à compter du 1er février 2026.
Abidjan, ce n’est pas un bureau : c’est un accélérateur
L’angle est là : cette nomination n’est pas seulement “RH”, elle est géographique. Abidjan s’impose comme une capitale de l’ingénierie financière régionale, et la BIDC y installe un relais capable de réduire la distance entre la décision et l’exécution. La Banque avait déjà donné le ton avec l’ouverture de son premier bureau régional dans la ville, présenté comme une étape pour rapprocher les opérations des États membres et accélérer l’impact des interventions.
Derrière le décor, il y a une réalité que tous les porteurs de projets connaissent : plus une institution de développement est loin du terrain, plus les cycles s’allongent. Abidjan devient donc le poste de commandement d’une promesse simple, presque brutale : aller plus vite, mieux structurer, mieux suivre.
Un profil “IFD-compatible” : technique, transversal, et taillé pour la structuration
La BIDC décrit Baba Malick Ba comme un professionnel chevronné, à l’aise sur des terrains qui font la différence dans une banque de développement : gestion des risques, financement de projets, marchés de capitaux, financement des exportations, analyse crédit, gestion de portefeuille et PPP.
C’est précisément ce mix qui compte. Aujourd’hui, les projets ne meurent plus uniquement faute d’idées, ils meurent faute de structuration : allocation des risques, bancabilité, garanties, mécanismes de décaissement, conformité ESG, capacité à syndiquer. Or ce sont des compétences de “charnière”, entre administrations, banques, investisseurs et opérateurs privés que ce type de poste régional exige.
De l’État à Wall Street : une trajectoire qui parle le langage des bailleurs et du marché
Ce qui singularise ce profil, c’est l’aller-retour entre sphère publique et finance internationale. Avant la BIDC, Baba Malick Ba a exercé au sein du gouvernement sénégalais sur des sujets de financement et de partenariats, et son parcours public met en avant des expériences en Amérique du Nord, dans des structures liées au financement et aux marchés, ainsi qu’un passage dans des établissements comme JPMorgan Chase et Bank of America.
Traduction opérationnelle : il peut discuter avec une administration sur la préparation d’un projet, puis parler à un investisseur sur les covenants, la liquidité, la maturité, le risque. Dans une région où les États cherchent des solutions pour financer infrastructures, énergie, eau, santé, éducation, cette double culture n’est pas un luxe : c’est un outil.
Ce que la BIDC cherche vraiment : “localiser” l’impact et muscler le pipeline
Les mots-clés de la mission annoncée sont révélateurs : superviser les opérations, renforcer les partenariats, accompagner le déploiement des interventions au plus près des États et des acteurs économiques.
Pour une banque de développement, cela signifie trois chantiers concrets.
D’abord, transformer des intentions en projets finançables : moins de présentations, plus de dossiers bancables.
Ensuite, sécuriser l’exécution : suivi, jalons, décaissements, redevabilité, là où se joue la crédibilité.
Enfin, élargir la base de cofinancement : banques locales, assureurs, fonds, agences export, partenaires techniques. Parce que l’argent existe, mais il se mobilise surtout quand la gouvernance et la structuration rassurent.
Le signal pour la sous-région : la finance du développement entre dans une logique de “réseau”
En nommant un directeur régional à Abidjan, la BIDC assume une tendance lourde : les institutions qui compteront demain sont celles qui fonctionneront comme des plateformes régionales, avec des relais capables de faire circuler l’information, d’aligner les parties prenantes et de raccourcir les délais.
Pour l’Afrique francophone, c’est un point clé : à l’heure où la compétition entre places financières et guichets de financement s’intensifie, la proximité devient un avantage compétitif. Et Abidjan, dans ce schéma, n’est plus seulement une place : c’est un centre de gravité.
Pourquoi cette nomination peut compter dès 2026
Parce que derrière le titre, il y a un effet immédiat : si le bureau régional d’Abidjan devient le lieu où l’on prépare, structure et accélère des financements sur six marchés, alors la BIDC augmente mécaniquement sa capacité à capter les projets les plus stratégiques et à livrer plus vite. Et dans la finance du développement, la vitesse n’est pas une coquetterie : c’est ce qui sépare les annonces des réalisations.
Patrick Tchounjo



