Banque de l’AES : Bayala nommé président, le chantier de la confiance commence

La nouvelle était attendue, presque scrutée, depuis la création de l’institution. Créée en 2025, la Banque confédérale pour l’investissement et le développement de l’Alliance des États du Sahel (BCID-AES) avait lancé officiellement ses activités sans révéler le nom de ses dirigeants. Le voile est désormais levé. La Confédération des États du Sahel (AES) a désigné le professeur Balibié Serge Auguste Bayala comme président de la BCID-AES, la banque commune au Burkina Faso, au Mali et au Niger.
Plus qu’une nomination, c’est un marqueur politique et financier : l’AES veut donner un visage, une méthode et une crédibilité à un outil conçu pour mobiliser des ressources souveraines et financer des projets jugés stratégiques. Autrement dit, la BCID-AES ne veut pas seulement exister, elle veut compter.
Une banque créée pour appuyer les priorités économiques de l’AES
La BCID-AES a été pensée comme un levier structurant pour accompagner les priorités économiques des États membres. Son ambition se lit dans sa mission : mobiliser des ressources souveraines et soutenir des projets stratégiques portés par la Confédération. Dans un environnement où les besoins d’infrastructures, d’industrialisation et d’investissements intégrateurs restent massifs, l’institution se positionne comme une réponse régionale qui veut conjuguer financement, souveraineté et impact.
Mais dans la finance, l’intention ne suffit jamais. Une banque doit être crédible, gouvernée, opérationnelle, et capable d’inspirer confiance aux partenaires comme aux marchés. C’est précisément le chantier qui attend le nouveau président.
La mission de Bayala : bâtir l’opérationnel, installer la crédibilité, mobiliser les ressources
En prenant la tête de la BCID-AES, M. Bayala devient le premier dirigeant de la banque. Sa mission principale est clairement posée : poser les bases opérationnelles, garantir la crédibilité financière et institutionnelle, et mobiliser les ressources nécessaires au financement des priorités économiques de la Confédération.
Il devra également définir une stratégie d’investissement cohérente, capable de répondre aux besoins des États membres tout en assurant une gestion rigoureuse et durable des fonds. C’est l’équation la plus sensible : financer vite et bien, sans transformer la banque en guichet, et sans fragiliser sa solidité à long terme.
Un profil technique et stratégique pour une banque à construire
Le choix de l’AES se porte sur un profil décrit comme répondant aux exigences techniques et stratégiques liées à la mise en place d’une telle institution. Professeur universitaire et expert en gestion financière, et Enseignant-chercheur à l’Université Thomas Sankara. Balibié Serge Auguste Bayala revendique plus de vingt ans d’expérience dans la gouvernance d’institutions publiques et régionales, la structuration de mécanismes de financement et la conduite de réformes organisationnelles.
Jusqu’à sa nomination à la tête de la banque de développement confédérale, le professeur Balibié Auguste Serge Bayala était directeur général de la caisse des dépôts et d’investissements du Burkina Faso (CDI-BF) qui a pour mission de collecter, de recevoir ou de conserver les fonds publics et privés mis à sa disposition et de les gérer à travers des placements sécurisés et rentables.
Il a aussi assumé les fonctions de conseiller du directeur général du centre ouest-africain de formation et études bancaires de la Banque centrale des états d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à Dakar, au Sénégal. Dans le même pays, Il a également occupé les fonctions de directeur général du Centre africain d’études supérieures en gestion (CESAG). Dans son pays, il a été directeur Afrique de l’Université numérique francophone mondiale, directeur de l’Institut universitaire de formations initiale et continue, coordonnateur du Système Licence Master Doctorat (LMD) et directeur du Centre national des œuvres universitaires (CENOU) de l’Université Thomas Sankara.
Son parcours combine enseignement, régulation et management, une triple compétence souvent décisive lorsqu’il faut à la fois concevoir une architecture institutionnelle, installer des règles de gouvernance, et faire tourner une machine financière au quotidien.
BCEAO, institutions publiques, expertise internationale : une trajectoire tournée vers l’architecture financière
Au Burkina Faso, il a contribué à la création d’un établissement public orientant l’épargne vers l’investissement productif, renforçant l’architecture financière nationale. Il a aussi exercé au sein de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), où il a piloté des programmes de formation et de renforcement des capacités, consolidant sa connaissance des politiques monétaires et financières de la sous-région.
Son expérience inclut également la direction d’établissements régionaux de formation et la participation à des missions d’expertise à l’échelle internationale. Un ensemble qui lui confère une vision stratégique que la BCID-AES entend convertir en méthode, en standards et en résultats.
500 milliards FCFA de capital initial : l’enjeu de la puissance et de la discipline
La banque est annoncée avec un capital initial de 500 milliards FCFA (environ 900 millions de dollars). Ce montant place d’emblée la BCID-AES dans une catégorie qui attire l’attention : assez significatif pour annoncer une ambition, assez exposé pour imposer une discipline.
Car un capital, ce n’est pas seulement une somme. C’est une promesse de capacité d’intervention, mais aussi une obligation de gouvernance. La crédibilité de la BCID-AES se jouera sur sa capacité à transformer ce capital en projets financés, structurants, traçables, et soutenables.
Une banque conçue comme outil de développement régional
La BCID-AES est conçue pour financer les infrastructures stratégiques, soutenir l’industrialisation, mobiliser des ressources internes et régionales, et promouvoir des projets intégrateurs à fort impact économique et social. La logique est claire : créer un outil capable de déclencher des dynamiques de croissance et de transformation, au service d’un espace qui veut consolider sa souveraineté financière.
En plaçant l’institution sous la direction d’un technicien expérimenté, l’AES affiche une intention : donner à la BCID-AES des fondations de rigueur, de méthode et de crédibilité, indispensables pour installer une banque confédérale dans la durée.
Ce qu’il faut retenir
La nomination de Balibié Serge Auguste Bayala comme président de la BCID-AES marque l’entrée de la banque dans sa phase la plus décisive : celle de la construction réelle. Le symbole est fort, mais le défi l’est encore plus : bâtir un opérationnel solide, installer une crédibilité institutionnelle, et mobiliser des ressources pour financer des priorités stratégiques, tout en garantissant une gestion rigoureuse et durable.
Patrick Tchounjo



