Marchés & Financements

Niger : le FMI prépare 54,6 milliards FCFA de décaissements… un signal de confiance qui compte aussi pour le marché UMOA

Le Niger pourrait recevoir, dès mars 2026, un nouvel appui financier du Fonds monétaire international (FMI), après un accord de principe conclu entre les autorités nigériennes et les services de l’institution. Derrière ce calendrier, un enjeu très concret : sécuriser le financement extérieur dans un environnement où les États africains font face à des conditions de marché plus serrées, et où la confiance des partenaires devient un actif stratégique.

Deux décaissements, un total : 54,6 milliards FCFA attendus

Le mécanisme est double, et il est conditionné à l’approbation du Conseil d’administration du FMI.

Si le huitième examen du programme appuyé par la Facilité élargie de crédit (FEC / ECF) est validé, il ouvrirait la voie à un décaissement d’environ 36,6 milliards FCFA (environ 61 millions USD).

En parallèle, l’achèvement du quatrième examen au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD / RSF) permettrait un décaissement additionnel d’environ 18 milliards FCFA (environ 30 millions USD).

Au total, cela représente 54,6 milliards FCFA, soit 91 millions USD, avec une réunion du Conseil annoncée en mars 2026.

Pourquoi ce décaissement potentiel est un “signal marché”

Ces ressources visent à contribuer à la couverture des besoins de financement extérieur du pays. Mais dans la lecture financière, elles envoient surtout un message : le Niger reste capable de maintenir un dialogue technique, des repères macro et une feuille de route de réformes, malgré un contexte difficile.

Dans l’espace UMOA, ce type de signal n’est jamais neutre. Il influence la perception du risque souverain, la confiance des partenaires, et, indirectement, les conditions auxquelles un État peut mobiliser des ressources sur le marché régional.

Croissance solide, inflation en recul : des fondamentaux qui rassurent… sous risques

Le FMI projette une croissance du PIB réel à 6,9% en 2025 et 6,7% en 2026, malgré un environnement marqué par des chocs sécuritaires et climatiques.

Sur les prix, l’institution indique un recul de l’inflation à 4,6% en 2025, notamment grâce à une bonne campagne agricole, avant une remontée modérée attendue en 2026.

Le message est équilibré : des perspectives jugées robustes, mais un horizon encore exposé à des risques baissiers (sécurité, climat, conditions de financement, aide au développement).

Budget : déficit sous contrôle en 2025, pression en 2026

Sur le plan budgétaire, le FMI indique que le déficit de 2025 devrait rester globalement aligné sur les objectifs du programme. En revanche, il est attendu à 3,7% du PIB en 2026, sous l’effet de dépenses supplémentaires liées aux chocs climatiques, partiellement compensées par des réformes fiscales.

Les autorités disent aussi avoir identifié des mesures d’urgence côté recettes et dépenses si les conditions de financement se durcissent, tout en réaffirmant une stratégie d’endettement prudente : privilégier les financements concessionnels et allonger les maturités de la dette intérieure pour réduire la pression du service de la dette.

Le cœur du deal : réformes structurelles et capacité du système bancaire

Le FMI souligne l’engagement des autorités à poursuivre les réformes structurelles, avec des priorités clairement citées : rétablissement de comités d’arbitrage et de régulation des marchés publics, déploiement progressif du Compte unique du Trésor, réformes de gestion des finances publiques et lutte contre la corruption, pour améliorer la mobilisation des ressources, l’efficacité de la dépense et la transparence.

Point important pour OnlyBenki : le FMI mentionne également la poursuite des efforts pour renforcer la capacité du système bancaire à soutenir une croissance tirée par le secteur privé. C’est un marqueur : au-delà des décaissements, l’enjeu est de convertir la stabilité macro en financement réel de l’économie.

FRD : le climat devient un sujet budgétaire, pas seulement environnemental

Le volet FRD/RSF complète l’ensemble en soutenant des réformes et investissements liés aux vulnérabilités climatiques. Le FMI relève notamment la finalisation d’évaluations de vulnérabilité climatique sur des projets d’investissement public et le renforcement de l’intégration des risques climatiques dans les budgets.

Pour les marchés, c’est un basculement silencieux mais décisif : le climat n’est plus un sujet “à côté”, il devient un paramètre de gestion de la dépense et du risque souverain.

En clair : 54,6 milliards FCFA, mais surtout une bataille de crédibilité

Ce que dit cette séquence, c’est simple : le Niger ne joue pas seulement un décaissement. Il joue une crédibilité macro, un accès au financement, et une trajectoire de réformes qui conditionne la confiance des partenaires.

Patrick Tchounjo

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