Marchés & Financements

Eurobond : le Kenya lève 2,25 milliards USD pour racheter une partie de sa dette et rouvrir la fenêtre des marchés

Le Kenya vient de signer l’une des opérations souveraines les plus scrutées de ce début 2026 : une levée de 2,25 milliards de dollars sur le marché international, structurée pour racheter une partie de sa dette et lisser son profil de remboursement. Pour Nairobi, l’enjeu dépasse le simple « retour au marché » : il s’agit de reprendre la main sur une dette extérieure devenue sensible, dans un contexte où les investisseurs recommencent à regarder l’Afrique avec moins de frilosité qu’en 2023-2024.

Une émission en deux tranches, avec des rendements encore élevés mais en amélioration

Selon les informations rapportées, l’opération s’articule autour de deux tranches : 900 millions de dollars sur 7 ans avec un rendement de 8,1 %, et 1,35 milliard de dollars sur 12 ans avec un rendement de 8,95 %.
Ces niveaux restent coûteux, mais ils traduisent une réalité : la prime de risque existe toujours, et pourtant la fenêtre est de nouveau praticable. Autrement dit, le Kenya emprunte encore cher, mais il emprunte dans de meilleures conditions que durant la période où l’accès au dollar s’était raréfié pour de nombreux émetteurs africains.

Le cœur de l’opération : racheter du 2028 et du 2032 pour réduire le risque de « mur de dette »

La logique de Nairobi est claire : utiliser cette nouvelle émission pour refinancer partiellement des Eurobonds arrivant à échéance en 2028 et en 2032, et réduire le risque de refinancement.
Dans le détail, le Trésor a en parallèle lancé une offre de rachat pouvant aller jusqu’à 500 millions USD, ciblant jusqu’à 350 millions USD d’obligations 8 % amortissables à échéance 2032 et jusqu’à 150 millions USD d’obligations 7,25 % à échéance 2028, avec une mécanique de prix (au-dessus du pair) destinée à inciter les porteurs à tender.

Dans la grammaire des marchés, c’est un signal : le pays ne veut plus subir son calendrier de remboursements. Il veut l’organiser.

Pourquoi les investisseurs reviennent : l’Afrique retrouve une « fenêtre eurobond »… sous conditions

Cette opération s’inscrit dans une dynamique plus large : plusieurs souverains africains reviennent plus tôt que prévu sur les marchés en 2026, portés par un appétit qui se réactive dès que la perception de risque se stabilise et que les écarts de rendement se détendent. Dans le cas kényan, les autorités capitalisent aussi sur une pratique devenue centrale depuis 2024 : la gestion active du passif, via des rachats et refinancements successifs.

Le message clé du Kenya : financer, oui, mais surtout reprendre le contrôle

Ce que Nairobi vend au marché, ce n’est pas seulement une obligation. C’est un récit de discipline : racheter, étaler, sécuriser. Et dans un environnement où les investisseurs sanctionnent vite les incertitudes (budgétaires, politiques, de change), le fait de transformer une émission en outil de gestion de dette est souvent perçu comme plus crédible qu’un emprunt destiné uniquement à boucher un déficit.

En filigrane, une réalité demeure : l’Afrique revient sur le marché du dollar, mais l’accès reste sélectif. Les signatures qui réussissent sont celles qui combinent transparence, calendrier maîtrisé, et capacité à prouver que chaque dollar levé sert à réduire un risque… pas à l’augmenter.

Patrick Tchounjo

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