BGFIBank Cameroun passe à 50 milliards FCFA de capital : un coup d’avance sur la nouvelle règle COBAC

Sur un marché bancaire CEMAC où la prochaine bataille se jouera autant sur la conformité que sur la croissance, BGFIBank Cameroun vient d’envoyer un signal net : la filiale renforce sa base de capital avant même que l’horloge réglementaire n’arrive à zéro. À l’issue du conseil d’administration du 27 février 2026 à Douala, la banque a validé une augmentation de capital qui fait passer son capital social de 20 à 50 milliards FCFA, soit une hausse de 150%.
La banque rattache cette décision à la confiance du groupe et au potentiel du marché camerounais, rappelant que le Cameroun demeure un pôle stratégique de croissance pour BGFIBank et que la filiale est appelée à jouer un rôle majeur dans l’expansion régionale du groupe.
Pourquoi maintenant : la COBAC relève le plancher, le secteur s’ajuste
Cette recapitalisation intervient dans un contexte de durcissement prudentiel. La COBAC a acté, via le Règlement COBAC R-2025/02, un relèvement du capital social minimum des banques à 25 milliards FCFA, contre 10 milliards auparavant, avec une période transitoire d’un an à compter du 1er janvier 2026 pour les établissements déjà en activité.
Le texte prévoit un point de discipline très clair : les établissements qui ne pourront pas satisfaire à l’exigence dans le délai transitoire doivent soumettre au Secrétaire général de la COBAC, au plus tard le 30 juin 2026, un plan de relèvement de leur capital social.
Dans ce décor, passer à 50 milliards FCFA place BGFIBank Cameroun bien au-dessus du seuil et lui donne une marge de manœuvre réglementaire et stratégique : absorber plus facilement les risques, soutenir une croissance d’encours plus ambitieuse, et se présenter au marché avec un profil “renforcé” au moment où la norme remonte.
Un capital plus élevé, une promesse implicite : plus de capacité d’action
Dans la banque, le capital n’est pas un trophée : c’est un levier. Plus il est élevé, plus l’institution peut théoriquement prendre des engagements, structurer des financements, et gérer les chocs sans se retrouver comprimée par les contraintes prudentielles. Dans un environnement CEMAC où la supervision se muscle, l’augmentation de capital devient aussi une manière de “rassurer”, régulateur, partenaires, grandes entreprises, et même clientèle corporate.
Et le choix du timing n’est pas neutre : l’annonce arrive alors que plusieurs acteurs de la place réfléchissent déjà à la manière de franchir le nouveau seuil, entre recapitalisation, consolidation ou plans de relèvement.
Une décision adossée à la performance : +18% de résultat net annoncé
BGFIBank Cameroun relie explicitement cette hausse de capital à ses performances récentes. Dans le communiqué publié à l’issue du conseil, la banque fait état d’une progression de 18% du résultat net sur l’exercice écoulé, performance annoncée comme largement supérieure aux objectifs.
Cette articulation “performance → capital” est une signature classique des groupes bancaires qui veulent accélérer : consolider la base financière pour soutenir l’activité, au lieu de laisser la croissance être freinée par la contrainte de fonds propres.
Ce que le marché doit retenir
Le message de fond tient en une phrase : BGFIBank Cameroun ne se contente pas de se mettre en conformité, elle surcapitalise pour rester offensive. Dans une CEMAC où la réforme vise à renforcer la stabilité et la résilience du système bancaire, l’institution choisit d’anticiper, et de transformer une contrainte réglementaire en opportunité de positionnement.
Patrick Tchounjo



