Fulbert Tchana Tchana, l’homme qui remet la confiance au cœur du crédit

Un profil rare dans l’écosystème financier francophone
Dans l’Afrique francophone, la conversation bancaire a tendance à tourner en boucle autour de trois mots. Liquidité,taux et dette. Or, le vrai sujet est souvent ailleurs, plus profond et plus structurant. Comment faire circuler le crédit sans fragiliser les banques. Comment financer les PME sans créer une bombe de créances douteuses. Comment moderniser la finance sans fabriquer de nouvelles vulnérabilités.
C’est exactement à cet endroit que s’inscrit Fulbert Tchana Tchana. Économiste camerounais, il est économiste pays en chef à la Banque mondiale, au sein du groupe de pratique Croissance équitable, finance et institutions, connu sous le sigle EFI. Son métier consiste à transformer des diagnostics macro en décisions concrètes, celles qui finissent par modifier le coût de l’argent, la confiance, l’investissement, et donc la capacité des banques à prêter durablement.
De l’ENSEA à Montréal, puis du service public à la Banque mondiale
Le socle de sa trajectoire est celui des profils qui aiment la preuve, la donnée et la robustesse. Il est diplômé de l’ENSEA d’Abidjan, école qui a formé une partie des meilleurs statisticiens économistes du continent, puis il obtient un doctorat en économie à l’Université de Montréal en 2008.
Avant de rejoindre la Banque mondiale en 2013, il a navigué entre deux univers qui, ensemble, fabriquent des économistes “utiles”. L’université, d’abord, en temps que professeur, notamment à l’Université du Cap en Afrique du Sud, ainsi que des expériences d’enseignement dont l’Université de Sherbrook au Canada et l‘Université de Western Cape en Afrique du Sud. Il a été principal spécialiste en macro-modélisation au ministère des Finances du Québec, après avoir exercé comme économiste au ministère de l’Économie et des Finances du Cameroun.
Ce mélange est déterminant. Il donne un économiste capable de tenir les deux bouts de la chaîne. La rigueur scientifique d’un côté. La contrainte politique et budgétaire de l’autre. Autrement dit, quelqu’un qui sait que le “modèle” n’a d’intérêt que s’il survit au réel.
La Banque mondiale comme poste d’observation de la stabilité financière
À la Banque mondiale, son profil est rattaché à EFI, un espace où l’on traite des questions qui obsèdent les banques, même quand elles ne le disent pas. La soutenabilité des finances publiques. La qualité des institutions. La solidité du secteur financier. L’efficacité des politiques économiques.
La Banque mondiale Live le présente aussi comme économiste principal, avec un rôle de chef de programme EFI pour le Sahel central, et souligne ses travaux sur des opérations analytiques, de conseil, de renforcement des capacités et de prêt, au Moyen Orient et en Afrique. Cela n’est pas un détail biographique. C’est un indicateur de positionnement. Quand vous êtes au carrefour des politiques économiques et des opérations, vous voyez comment une décision de réforme se transforme, ou échoue à se transformer, en amélioration de la confiance, du crédit, de l’investissement.
Pour la finance, c’est l’angle parfait. Parce qu’en Afrique francophone, la performance bancaire dépend souvent moins de la “volonté de prêter” que de la qualité du cadre macro institutionnel. Les banques prêtent quand elles peuvent lire le risque. Elles se replient quand le risque devient illisible.
La régulation bancaire comme fil rouge intellectuel
Fulbert Tchana Tchana n’est pas un macroéconomiste “généraliste” au sens vague. Son travail scientifique a un fil rouge net. La stabilité bancaire et la régulation. On le voit dès sa thèse de doctorat, centrée sur les implications de la régulation bancaire pour la stabilité du secteur et le bien être.
On le voit aussi dans ses publications et références académiques. Son profil Google Scholar recense, entre autres, des travaux sur les coussins de capital bancaire, le risque et la performance, sur la relation entre développement financier et investissement direct étranger, sur l’instabilité bancaire et l’assurance dépôts, et sur l’empirique de la régulation bancaire. Un article sur les coussins de capital dans le système bancaire canadien est également référencé sur ScienceDirect.
Pourquoi c’est crucial pour l’Afrique francophone. Parce que les débats sur le crédit aux PME, sur le coût de l’argent, sur la transformation digitale des banques, finissent toujours par revenir à une question simple. Qui porte le risque, et selon quelles règles. La régulation n’est pas un frein ou un totem. C’est l’architecture invisible qui rend le crédit possible à grande échelle.
Quand la macro rencontre le marché, de la BRVM à la ZLECAf
L’autre dimension forte de son profil est sa capacité à parler intégration économique sans tomber dans l’incantation. En décembre 2024, à Abidjan, il présente avec ses co auteurs un ouvrage sur la ZLECAf à la salle de cotation de la BRVM, et insiste sur trois fondamentaux, la démographie, la numérisation et la diversification. L’article mentionne aussi l’ampleur du mobile money sur le continent, avec des ordres de grandeur qui rappellent à quel point la finance digitale est devenue une infrastructure.
Dans un programme de conférence, il est également présenté comme co éditeur d’un ouvrage publié chez Routledge sur la réussite de lAccord de libre échange continental africain.
Pour les banques de l’UEMOA et de la CEMAC, l’enjeu est limpide. L’intégration n’est pas qu’un slogan commercial. C’est un choc positif potentiel sur le trade finance, les paiements transfrontaliers, la gestion des risques, la conformité, le financement logistique, et donc sur la profondeur des bilans bancaires. En clair, penser ZLECAf, c’est aussi penser banque, assurance crédit, garanties et infrastructure de paiement.
Ce que son parcours dit aux banques et aux assureurs
Fulbert Tchana Tchana incarne une catégorie de profils trop rares dans l’espace francophone. Ceux qui relient la banque à la macro, sans opposer les deux. Dans beaucoup de pays, on demande aux banques de financer davantage, tout en durcissant les exigences prudentielles, tout en augmentant la pression sur les titres publics, tout en espérant une baisse du coût du risque. L’équation est possible, mais seulement si les incitations sont cohérentes et si les institutions font leur part.
Son apport, vu depuis la banque, tient en une idée. La stabilité n’est pas l’ennemie de la croissance. Elle en est la condition. Les coussins de capital, l’assurance dépôts, la supervision, la transparence, la discipline budgétaire, tout cela ne “ralentit” pas la finance. Tout cela évite que la finance s’emballe, puis se casse, puis cesse de prêter pendant des années.
Et c’est pour cela que son portrait mérite une place en découverte. Parce qu’au fond, il représente un type d’influence qui ne se mesure pas en titres viraux, mais en qualité d’architecture. Une note technique bien faite, un modèle robuste, une réforme bien calibrée, peuvent coûter moins cher qu’un plan de soutien bancaire improvisé.
Pourquoi son profil mérite d’être mis en avant
Dans l’Afrique francophone, on parle souvent de banque comme si tout se jouait au guichet, dans les taux, ou dans les annonces des régulateurs. Fulbert Tchana Tchana rappelle une réalité plus fondamentale. Avant la banque, il y a un langage décisif, celui des règles, de la crédibilité, du risque et de la confiance. C’est ce langage qui détermine si le crédit circule, si l’investissement se déclenche, si la dette reste soutenable, et si le système financier résiste aux chocs.
Mettre en lumière un profil comme le sien, c’est offrir au public une lecture plus mature de la finance africaine. Une lecture moins émotionnelle, moins réactionnelle, et beaucoup plus proche des mécanismes réels qui fabriquent la stabilité ou l’instabilité. À l’heure où les économies africaines cherchent à financer leur transformation sans fragiliser leurs banques, ce type d’expertise devient stratégique, parce qu’il éclaire le vrai sujet. Comment bâtir une croissance qui tient, et une finance qui supporte cette croissance.
Patrick Tchounjo



