CEMAC : la BEAC accélère son entrée dans le PAPSS pour moderniser les paiements africains

Pendant longtemps, payer au-delà des frontières africaines a souvent relevé du parcours d’obstacles. Délais, coûts élevés, conversions multiples, dépendance au dollar ou à l’euro : derrière chaque transaction transfrontalière, c’est toute une mécanique lourde qui ralentit encore le commerce du continent. En engageant officiellement en mars 2026 les démarches pour intégrer le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) ouvre une nouvelle séquence pour la CEMAC. Une séquence où le paiement cesse d’être un frein pour devenir, enfin, un accélérateur d’intégration.
Une ambition simple, mais décisive
Portée par le gouverneur Yvon Sana Bangui, cette initiative vise à moderniser les échanges financiers au sein de la zone CEMAC et avec le reste du continent. L’idée défendue est claire : permettre aux acteurs économiques de régler leurs transactions transfrontalières plus rapidement, plus simplement et directement en monnaies locales africaines, sans passer systématiquement par les grandes devises étrangères.
À travers cette démarche, la BEAC ne cherche pas seulement à adopter un nouvel outil. Elle cherche à repositionner l’Afrique centrale dans une dynamique continentale où la fluidité des paiements devient un enjeu de compétitivité, de souveraineté et de croissance.
Le paiement local comme levier du commerce africain
Le PAPSS a précisément été conçu pour répondre à l’un des grands paradoxes économiques du continent : des pays qui veulent commercer davantage entre eux, mais dont les paiements restent souvent complexes, coûteux et extérieurs à leurs propres monnaies.
En permettant des règlements transfrontaliers instantanés en monnaies locales, le système ouvre une perspective nouvelle pour les entreprises, les banques et les commerçants. Ce changement est loin d’être purement technique. Il touche au cœur même du commerce intra-africain. Car un marché africain mieux connecté ne peut pas reposer durablement sur des circuits de règlement lents et onéreux.
Réduire les coûts pour libérer les échanges
L’un des arguments majeurs en faveur du PAPSS tient à son potentiel d’économies. Son adoption à l’échelle du continent devrait permettre de réduire fortement les frais de transaction, avec des économies estimées jusqu’à 5 milliards de dollars par an.
Derrière ce chiffre, il y a une réalité très concrète : moins de pertes liées aux conversions, moins d’intermédiaires, moins de frictions dans les règlements. Pour les opérateurs économiques de la CEMAC, notamment les PME, cela peut signifier un accès plus fluide au marché africain et une baisse du coût réel des échanges.
En d’autres termes, la question des paiements n’est plus un simple sujet bancaire. Elle devient un sujet de productivité économique.
Une modernisation qui s’inscrit dans un calendrier plus large
Cette annonce s’inscrit dans un programme plus vaste porté par la BEAC pour moderniser l’architecture des paiements dans la sous-région. La banque centrale prévoit également le passage du système financier de la CEMAC à une nouvelle norme de messagerie de paiement unifiée, avec pour horizon le 22 novembre 2025.
Ce chantier de normalisation montre que l’entrée dans le PAPSS ne relève pas d’un geste isolé. Elle s’intègre dans une transformation plus profonde, où l’enjeu est d’harmoniser les infrastructures de paiement, de sécuriser davantage les échanges et de rendre les systèmes de la sous-région compatibles avec les grandes dynamiques financières du continent.
Autrement dit, la BEAC ne veut pas seulement rejoindre un réseau. Elle veut préparer la CEMAC à fonctionner dans un espace africain des paiements plus moderne, plus cohérent et plus interopérable.
L’Afrique centrale rejoint un cercle continental en expansion
En intégrant le PAPSS, la BEAC s’ajoute à une liste croissante de banques centrales africaines déjà membres. Cette dynamique d’adhésion montre que le système s’impose progressivement comme l’une des infrastructures les plus stratégiques du continent pour accompagner la mise en œuvre concrète du commerce intra-africain.
Pour la CEMAC, le mouvement est particulièrement important. Il ouvre la voie à une connexion plus directe des banques commerciales de ses six pays membres (Cameroun, Gabon, Tchad, Congo, République centrafricaine et Guinée équatoriale) au réseau continental.
Cette perspective change l’échelle du sujet. L’Afrique centrale ne regarde plus la transformation des paiements depuis la marge. Elle s’apprête à y prendre part.
Une réforme discrète, mais profondément stratégique
À première vue, l’intégration au PAPSS peut sembler technique. En réalité, elle touche à quelque chose de beaucoup plus profond : la capacité de l’Afrique centrale à commercer plus facilement avec elle-même et avec le reste du continent, sans subir en permanence les coûts et les lenteurs de circuits extérieurs.
C’est en cela que cette évolution est importante. Elle ne promet pas seulement des transactions plus rapides. Elle porte aussi l’idée d’une CEMAC plus connectée, plus fluide et mieux intégrée à l’économie africaine en train de se construire.
Patrick Tchounjo



