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BH Bank : bénéfice en chute de 43,5 %, dividende suspendu

L’exercice 2025 marque un net coup d’arrêt pour BH Bank. Avec un bénéfice en recul de 43,5 %, une rentabilité sous tension et un coût du risque toujours élevé, la banque tunisienne choisit de suspendre le dividende. Une décision lourde de sens qui reflète des fragilités structurelles persistantes malgré une dynamique commerciale contrastée.

Une rentabilité en forte dégradation

BH Bank a clôturé l’année 2025 avec un résultat net de 39,7 millions de dinars, contre 70,4 millions en 2024. Une chute significative de 43,5 % qui illustre un exercice sous pression.

Cette baisse traduit un environnement bancaire plus contraignant, mais surtout un poids persistant des charges liées aux risques, qui continuent d’éroder la performance globale de l’établissement.

Dividende supprimé : un signal fort aux actionnaires

Conséquence directe de cette contraction, le Conseil d’administration a décidé de proposer à l’Assemblée Générale Ordinaire du 30 avril 2026 de ne distribuer aucun dividende au titre de 2025.

Cette décision tranche avec l’exercice précédent, où les actionnaires avaient perçu 0,4 dinar par action. Elle marque un tournant dans la politique de rémunération et envoie un signal clair : la priorité est désormais à la consolidation financière plutôt qu’à la distribution.

Une activité bancaire en repli

Sur le plan opérationnel, les indicateurs confirment cette tendance. Le produit net bancaire (PNB) s’est contracté de près de 7 %, pour s’établir à 692,6 millions de dinars, contre 744,2 millions un an plus tôt.

Dans le même temps, les créances nettes sur la clientèle ont légèrement reculé, passant de 10 576,7 millions à 10 317,8 millions de dinars. Ce repli traduit une activité de crédit plus prudente dans un contexte de risques accrus.

Une collecte de dépôts en forte progression

À l’inverse, la banque affiche une performance notable sur la collecte. Les dépôts de la clientèle ont franchi un seuil historique, progressant de plus d’un milliard de dinars pour atteindre 10 028,4 millions, contre 9 008,5 millions en 2024.

Cette dynamique renforce la liquidité de l’établissement et porte le total bilan à 15 244,8 millions de dinars, en hausse par rapport aux 14 476,6 millions de l’année précédente.

Ce contraste entre collecte dynamique et crédit en repli souligne une transformation du profil d’activité, avec une banque plus liquide mais plus prudente dans l’allocation de ses ressources.

Le coût du risque, principal facteur de pression

La principale explication de la dégradation du résultat réside dans le coût du risque, qui reste élevé à 326,1 millions de dinars.

Cette situation reflète des tensions persistantes sur la qualité du portefeuille de crédits et impose à la banque un niveau élevé de provisions, limitant mécaniquement sa rentabilité.

Des vulnérabilités financières pointées par les auditeurs

Les commissaires aux comptes ont émis une opinion avec réserves, mettant en lumière plusieurs facteurs de vulnérabilité.

Parmi eux, une exposition significative de 479 millions de dinars envers une contrepartie en procédure collective. Pour couvrir ce risque, BH Bank a renforcé ses provisions à hauteur de 175 millions de dinars en 2025.

Les auditeurs soulignent également une augmentation des encours sensibles et une concentration de certains risques, éléments qui fragilisent la structure financière de la banque.

Des faiblesses persistantes dans le système d’information

Au-delà des risques financiers, le rapport met en évidence des insuffisances au niveau du système d’information.

Ces faiblesses affectent la traçabilité des garanties et des opérations de la clientèle, un point critique dans un environnement où la gestion des risques et la conformité deviennent des enjeux centraux pour les institutions financières.

Une trajectoire sous surveillance

BH Bank présente ainsi un profil contrasté. D’un côté, une base de dépôts solide et en croissance, signe de confiance des clients. De l’autre, une rentabilité fragilisée par des risques élevés et des défis structurels.

Dans ce contexte, la capacité de la banque à renforcer sa gestion des risques, améliorer ses systèmes et stabiliser son portefeuille de crédits sera déterminante pour retrouver une trajectoire de croissance durable.

Avec un bénéfice en forte baisse et un dividende suspendu, BH Bank entre dans une phase de consolidation. L’enjeu dépasse désormais la performance à court terme : il s’agit de restaurer la qualité des actifs, renforcer la gouvernance des risques et reconstruire la confiance des investisseurs dans un environnement bancaire plus exigeant.

Patrick Tchounjo

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