Horus Investment Capital révèle le vrai angle mort du financement des infrastructures en Afrique

Et si le principal frein au financement des infrastructures africaines n’était pas le manque d’argent, mais le manque de projets suffisamment solides pour attirer cet argent ? C’est la question, simple en apparence mais redoutablement structurante, qu’Horus Investment Capital a replacée au centre du débat lors du Global Banking & Markets Africa 2026, tenu au Cap les 16 et 17 mars. Pour la société de bourse basée à Douala, l’Afrique ne souffre pas d’abord d’une pénurie de capitaux. Elle souffre plus profondément d’un déficit de structuration, d’exécution et de préparation de projets capables de rassurer les investisseurs.
La formule prononcée par Ibrahim Oumarou Sanda, conseiller senior et représentant d’Horus Investment Capital, a le mérite de la clarté : « L’Afrique ne manque pas de capital ; elle doit renforcer sa capacité d’exécution. » Derrière cette phrase, il y a une remise en cause de l’un des réflexes les plus répandus dans les politiques publiques africaines, celui qui consiste à expliquer les retards d’infrastructures d’abord par l’insuffisance des financements disponibles. Le message porté au Cap dit autre chose : les bailleurs, les investisseurs et les marchés peuvent répondre présents, à condition que les dossiers arrivent prêts, lisibles, sécurisés et exécutables dans les délais du marché.
Ce déplacement du débat est loin d’être théorique. Il touche au cœur du développement africain. Routes, ports, énergie, eau, logistique, numérique, transport urbain : les besoins sont connus, massifs, urgents. Mais entre le besoin identifié et le financement effectivement décaissé, il existe un goulet d’étranglement que les acteurs financiers observent avec une régularité presque décourageante. Trop de projets arrivent sans matrice de risques claire, sans montage robuste, sans études suffisamment abouties, sans articulation convaincante entre rendement, utilité publique et viabilité opérationnelle. Dans ces conditions, le capital ne disparaît pas. Il attend.
Le cas du Cameroun illustre avec force ce paradoxe. La note de conjoncture mensuelle de la dette publique de septembre 2025, relayée par la Caisse autonome d’amortissement et le ministère des Finances, fait état d’un encours de dette déjà engagée mais non encore décaissée de 4 714,7 milliards de FCFA. Le même ensemble de données mentionne aussi 975,8 milliards de FCFA d’autorisations de mobilisation de ressources pour des infrastructures précises, restées non finalisées, notamment à cause d’un niveau jugé insuffisant de bancabilité des opérations concernées. Autrement dit, les lignes existent, mais les projets n’atteignent pas encore le niveau de maturité exigé pour libérer effectivement les fonds.
Ces chiffres sont particulièrement frappants parce qu’ils racontent une réalité que beaucoup d’économies africaines préfèrent encore contourner : la question n’est plus seulement de trouver des guichets, mais de produire des projets capables de franchir les filtres techniques, financiers, juridiques et opérationnels imposés par les prêteurs. En langage de marché, cela s’appelle la bancabilité. En langage politique, cela devrait s’appeler la crédibilité. Et c’est précisément sur ce terrain que se joue désormais une partie de la compétitivité économique des États.
Le gouvernement camerounais a d’ailleurs commencé à répondre à cette faiblesse structurelle. Le décret n° 2025/01081 du 17 juin 2025 fixe officiellement les règles du processus de maturation des projets et programmes d’investissement public. Le texte consacre une logique de présélection puis de préparation des projets, avec l’objectif d’améliorer l’efficacité de la dépense publique, la maîtrise des coûts, des délais et de la qualité, ainsi que la viabilité économique, sociale et environnementale des investissements. En mars 2026, le ministère de l’Économie a lancé ce nouveau cadre dans les administrations publiques, signe que la maturation des projets devient désormais un sujet de réforme à part entière.
Ce tournant réglementaire est important, mais il ne réglera pas tout à lui seul. Car structurer un projet bancable ne consiste pas seulement à remplir une procédure administrative. Cela exige une ingénierie fine, une documentation sérieuse, une allocation crédible des risques, une lisibilité contractuelle, une gouvernance claire et un calendrier réaliste. C’est là que les discours sur le financement rencontrent la réalité du marché. Un investisseur ne finance pas une intention. Il finance une architecture de confiance.
Dans ce contexte, le message d’Horus Investment Capital prend une portée plus large que le simple compte rendu d’un panel au Cap. Il exprime une mutation du regard porté sur le financement des infrastructures en Afrique. Pendant longtemps, le débat s’est concentré sur l’accès aux ressources. Aujourd’hui, il se déplace vers la qualité de la préparation. Ce n’est pas un détail technique. C’est une bascule stratégique. Car un continent qui améliore sa capacité à préparer des projets bancables améliore en même temps sa capacité à attirer des capitaux privés, à mobiliser des financements mixtes et à réduire la dépendance aux seules ressources budgétaires.
Le FMI, dans sa consultation 2026 au titre de l’article IV pour le Cameroun, insiste lui aussi sur la nécessité d’accélérer les réformes structurelles, de soutenir une croissance tirée par le secteur privé et de faire face à des risques de financement dans un environnement de liquidité tendue et de taux mondiaux plus élevés. Cette lecture rejoint, en creux, l’idée défendue par Horus : dans un contexte international plus exigeant, les projets mal préparés auront de moins en moins de chances de passer. La concurrence pour le capital devient plus rude, et seuls les dossiers les mieux structurés parviendront à sécuriser les investisseurs.
Ce que révèle enfin cette séquence, c’est un changement de vocabulaire dans la finance du développement. On parle moins de promesses globales et davantage d’exécution. Moins d’annonces et davantage de préparation. Moins de besoins théoriques et davantage de pipeline crédible. L’Afrique, au fond, n’est pas condamnée par l’absence de capitaux. Elle est mise au défi par l’exigence du capital. Et cette exigence impose une nouvelle discipline : transformer les ambitions publiques en projets techniquement mûrs, financièrement lisibles et institutionnellement rassurants.
C’est peut-être là, en réalité, que se joue la prochaine bataille des infrastructures africaines. Non pas dans la quête abstraite d’argent, mais dans la capacité à donner aux investisseurs une raison concrète d’entrer. Horus Investment Capital a eu le mérite de le dire sans détour au Cap. Le continent ne manque pas seulement de financements additionnels. Il manque encore, trop souvent, de projets prêts à être financés. Et tant que cet angle mort ne sera pas traité avec la même intensité que la recherche de capitaux, l’Afrique continuera de vivre avec ce paradoxe coûteux : des besoins immenses, des ressources disponibles, et des projets qui peinent encore à faire la jonction entre les deux
Patrick Tchounjo



