Fitch maintient le Cameroun à « B » : la confiance résiste, mais l’alerte demeure

Fitch Ratings a confirmé la note souveraine du Cameroun à « B », avec une perspective négative. Une décision qui traduit un équilibre fragile : l’économie reste résiliente, la dette publique demeure contenue, mais les finances publiques, les arriérés intérieurs et le risque politique continuent de peser sur la perception du pays par les investisseurs.
Une note maintenue, mais sans relâchement de vigilance
Le Cameroun conserve sa note souveraine à « B » auprès de Fitch Ratings. L’agence américaine a confirmé, le 24 avril 2026, la note de défaut émetteur à long terme en devises du pays, tout en maintenant une perspective négative.
Ce maintien n’est ni une sanction brutale, ni un blanc-seing. Il traduit plutôt une lecture prudente : le pays dispose encore de fondamentaux capables de soutenir sa signature financière, mais reste exposé à des fragilités structurelles qui empêchent toute amélioration de sa notation.
Fitch reconnaît notamment une croissance économique jugée solide, ainsi qu’un calendrier de remboursement de la dette encore maîtrisable. Mais ces points d’appui sont contrebalancés par des faiblesses persistantes dans la gestion des finances publiques.
La dette baisse, mais les tensions de trésorerie restent visibles
L’un des signaux positifs relevés concerne la trajectoire de la dette publique. Selon les données rapportées par EcoMatin, la dette du Cameroun est estimée à 41,2 % du PIB en 2025, contre 44,2 % un an plus tôt, avec une projection autour de 40 % à l’horizon 2027.
Sur le papier, cette dynamique renforce l’image d’un pays dont l’endettement demeure relativement soutenable. Mais Fitch regarde au-delà du ratio dette/PIB. L’agence alerte surtout sur les tensions de trésorerie, la progression des arriérés domestiques et la qualité de la gestion budgétaire.
Le stock d’arriérés intérieurs aurait atteint 560 milliards de FCFA en 2025, signe que l’État continue de faire face à des contraintes de paiement importantes.
Le rôle de la SNH reste un point de surveillance
Autre sujet sensible : la place de la Société nationale des hydrocarbures dans les finances publiques. Fitch continue de surveiller les interventions de la SNH, dont le rôle reste important dans l’équilibre budgétaire de l’État.
Pour les investisseurs, cette situation pose une question centrale : le Cameroun peut-il améliorer la transparence et la prévisibilité de sa gestion publique tout en maintenant sa capacité de financement ?
C’est sur ce terrain que se jouera une partie de la crédibilité financière du pays.
Le poste de vice-président réduit le risque politique, sans l’effacer
La nouveauté institutionnelle la plus observée par Fitch concerne l’introduction d’un poste de vice-président. Selon l’agence, cette réforme contribue à réduire le risque d’une transition politique chaotique, même si l’incertitude n’a pas totalement disparu.
Le poste de vice-président est censé clarifier la ligne de succession en cas de vacance du pouvoir. Pour une agence de notation, ce type de mécanisme institutionnel compte : il peut rassurer les marchés sur la continuité de l’État.
Mais Fitch reste prudente. L’identité de la personnalité appelée à occuper cette fonction demeure un élément décisif, dans un environnement politique encore jugé fracturé.
Une économie résiliente, mais encore sous contrainte
La confirmation de la note « B » montre que le Cameroun conserve une capacité de résistance. L’économie reste diversifiée par rapport à plusieurs pays de la sous-région, et les perspectives de croissance restent portées par les secteurs non pétroliers, les infrastructures, l’agriculture, les transports et l’énergie. Fitch avait déjà souligné ces moteurs dans ses analyses précédentes sur le pays.
Mais cette résilience ne suffit pas encore à changer la perception du risque. Pour sortir de la perspective négative, le Cameroun devra convaincre sur trois fronts : réduire les arriérés, renforcer la gestion de trésorerie publique et sécuriser un cadre politique plus lisible.
Le FMI, variable clé du financement
Fitch prévient aussi qu’une absence de programme avec le FMI pourrait fragiliser le plan de financement du pays. Cette alerte intervient alors que le Cameroun continue de rechercher des ressources pour couvrir ses besoins budgétaires et financer ses priorités économiques.
Le pays a toutefois démontré sa capacité à mobiliser des capitaux, notamment avec une émission obligataire internationale de 750 millions de dollars en janvier 2026, selon EcoMatin.
Cette capacité d’accès au marché est un atout. Mais elle ne remplace pas la confiance multilatérale, souvent déterminante pour rassurer les investisseurs et contenir le coût de la dette.
Ce que Fitch dit vraiment au Cameroun
La décision de Fitch envoie un message clair : le Cameroun n’est pas en rupture de confiance, mais il reste sous observation. Sa dette est encore jugée gérable, sa croissance résiste, mais ses finances publiques doivent gagner en rigueur, en transparence et en prévisibilité.
La perspective négative est donc un avertissement. Elle signifie que la note pourrait être abaissée si les risques budgétaires, politiques ou de liquidité s’aggravent.
Patrick Tchounjo



