Marchés & Financements

Cameroun : la dette pourrait tomber à 40,2 % du PIB d’ici 2027

Fitch Ratings confirme la note souveraine du Cameroun à “B” avec perspective négative. L’agence anticipe une baisse progressive de la dette publique à 40,2 % du PIB d’ici 2027, un niveau inférieur à la médiane des pays notés “B”. Mais derrière cette trajectoire plus favorable, les fragilités demeurent : arriérés intérieurs, gouvernance budgétaire, contraintes de financement et incertitudes politiques restent au cœur de l’analyse.

Le Cameroun conserve une ligne de crête budgétaire étroite. Dans sa dernière évaluation, Fitch Ratings maintient la note souveraine du pays à “B”, tout en conservant une perspective négative. Le signal est double : la dette publique reste contenue et pourrait continuer à refluer, mais les risques qui entourent la gestion des finances publiques demeurent suffisamment importants pour empêcher une amélioration de la perception du crédit souverain.

Selon Fitch, la dette publique camerounaise, estimée à 41,2 % du PIB en 2025, pourrait reculer à 40,2 % d’ici 2027. Cette dynamique repose principalement sur une croissance nominale soutenue et des déficits budgétaires modérés. Pour Yaoundé, l’indicateur est important : il place le pays sous la médiane des États notés dans la catégorie “B”, souvent confrontés à des niveaux d’endettement plus élevés.

Une dette mieux orientée, mais pas encore un blanc-seing

La baisse attendue du ratio dette/PIB donne au Cameroun un argument de soutenabilité. Dans un environnement africain marqué par la hausse du coût du financement, la pression sur les recettes publiques et la prudence accrue des investisseurs, conserver une dette autour de 40 % du PIB constitue un signal de maîtrise relative.

Mais Fitch ne transforme pas cette trajectoire en satisfecit complet. L’agence maintient une lecture prudente, car le niveau de dette ne suffit pas à lui seul à juger la qualité d’un crédit souverain. La capacité de l’État à gérer sa trésorerie, honorer ses engagements, réduire les arriérés et sécuriser ses financements compte désormais autant que le ratio d’endettement lui-même.

C’est précisément sur ce terrain que le Cameroun reste sous surveillance.

Les arriérés intérieurs restent le point de tension

La question des arriérés pèse lourdement dans l’analyse. Fitch relève que le stock d’arriérés intérieurs de l’État a atteint 560 milliards de FCFA en 2025, soit environ 1,6 % du PIB, et n’anticipe pas de réduction rapide à court terme.

Pour les entreprises locales, les prestataires publics et l’écosystème bancaire, ces arriérés ne sont pas une simple ligne comptable. Ils affectent la trésorerie du secteur privé, retardent les paiements, fragilisent les chaînes de sous-traitance et peuvent créer une pression indirecte sur les banques exposées aux entreprises dépendantes de la commande publique.

Dans une économie où l’État demeure un acteur central de la demande, la qualité de la dépense publique devient donc un enjeu macrofinancier. Une dette publique modérée peut perdre une partie de sa force si elle s’accompagne d’une accumulation persistante d’engagements non réglés.

Une croissance attendue, mais encore insuffisante pour lever tous les risques

Fitch table sur une croissance moyenne de 3,7 % sur la période 2026-2027, portée par la résilience de l’économie camerounaise. Cette croissance contribue à améliorer mécaniquement le ratio dette/PIB, en élargissant la base économique sur laquelle la dette est mesurée.

Mais cette dynamique reste contrainte par plusieurs facteurs. Les défis sécuritaires, les faiblesses de gouvernance et les tensions sur les finances publiques continuent de limiter la marge de manœuvre du pays. La perspective négative maintenue par Fitch traduit cette réalité : le Cameroun reste solvable, mais son profil de risque demeure vulnérable aux chocs politiques, budgétaires ou de financement.

L’agence souligne notamment que l’absence d’un accord avec le FMI pourrait constituer un risque pour le plan de financement, même si l’émission d’un eurobond de 750 millions de dollars en janvier 2026 confirme que le Cameroun conserve un accès aux marchés internationaux.

Le marché régional de la CEMAC montre ses limites

Le financement du Cameroun ne dépend pas uniquement des bailleurs internationaux. Il repose aussi sur le marché régional des titres publics de la CEMAC. Or Fitch signale une capacité d’absorption limitée, dans un contexte de demande plus faible pour les titres souverains des États de la sous-région.

Cette donnée est stratégique pour le secteur bancaire. Les banques de la CEMAC jouent un rôle majeur dans l’achat de titres publics. Lorsque la demande se contracte ou que les investisseurs deviennent plus sélectifs, les États doivent composer avec des conditions de financement plus exigeantes.

Pour Yaoundé, l’enjeu est donc clair : maintenir la confiance des investisseurs, éviter une hausse excessive du coût de la dette et préserver l’équilibre entre financement intérieur, appui multilatéral et recours aux marchés internationaux.

Fitch maintient la pression sur la gouvernance budgétaire

La notation “B” confirme que le Cameroun garde des fondamentaux jugés compatibles avec sa catégorie. Mais la perspective négative rappelle que l’amélioration de la dette ne suffit pas à effacer les fragilités structurelles.

Fitch met en avant des faiblesses persistantes dans la gestion des finances publiques, des indicateurs de gouvernance encore faibles et des risques politiques. L’agence estime qu’une dégradation pourrait intervenir en cas de persistance des faiblesses de gestion budgétaire ou d’instabilité politique accrue. À l’inverse, une amélioration de la note nécessiterait des progrès soutenus dans la gestion des finances publiques ou une réduction significative des risques politiques et sécuritaires.

Le message est limpide : le Cameroun est moins jugé sur sa capacité à contenir le niveau de dette que sur sa capacité à rendre cette dette plus lisible, mieux gérée et moins exposée aux tensions de trésorerie.

Un signal important pour les banques et les investisseurs

Pour le secteur bancaire, la trajectoire de la dette camerounaise est un indicateur de premier plan. Une dette publique projetée à 40,2 % du PIB en 2027 renforce l’idée d’un État dont le stock d’endettement reste maîtrisé. Mais la persistance des arriérés, la pression sur la liquidité publique et les incertitudes de financement rappellent que le risque souverain ne se résume pas au ratio dette/PIB.

Les investisseurs regarderont donc trois variables : la capacité de l’État à réduire les arriérés, la stabilité de son plan de financement et la qualité de l’exécution budgétaire. C’est sur ces points que se jouera la perception du risque camerounais dans les prochains mois.

Le Cameroun dispose d’un atout : une dette projetée à un niveau inférieur à celui de nombreux pays de même catégorie. Mais il doit encore transformer cet avantage statistique en crédibilité financière durable. Pour Fitch, la trajectoire est mieux orientée. La confiance, elle, reste conditionnelle.

Patrick Tchounjo

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