Maroc : Holmarcom rachète les 67 % de BNP Paribas dans BMCI

Une recomposition accélérée du paysage bancaire marocain
Le secteur bancaire marocain franchit un nouveau cap. Le groupe Holmarcom, via sa filiale Holmarcom Finance Company, a conclu un accord pour racheter les 67 % détenus par BNP Paribas dans la Banque marocaine pour le commerce et l’industrie, BMCI. L’opération, annoncée le 29 avril, reste soumise aux autorisations réglementaires et devrait être finalisée au quatrième trimestre 2026.
Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large : la réduction progressive du nombre de banques à capital majoritairement étranger au Maroc, passé de 7 en 2021 à 5 en 2024, selon Bank Al-Maghrib.
Une montée en puissance des acteurs locaux
Pour Holmarcom, l’opération marque une accélération stratégique. Déjà actionnaire minoritaire de la BMCI depuis trois décennies, le groupe dirigé par Mohamed Hassan Bensalah franchit une étape décisive en prenant le contrôle d’un établissement clé du marché.
Avec une participation déjà majoritaire de 78,7 % dans Crédit du Maroc, Holmarcom renforce son ancrage dans le système bancaire national. L’objectif est clair : consolider sa position et s’imposer comme un acteur de référence dans un marché en croissance.
BNP Paribas opère un recentrage stratégique
Côté BNP Paribas, la cession s’inscrit dans une logique de réallocation des ressources. Le groupe français, deuxième banque européenne avec 2 866 milliards de dollars d’actifs, indique que l’impact sur ses ratios de solvabilité restera limité, estimé à environ 15 points de base sur le ratio CET1.
Plutôt qu’un retrait total, BNP Paribas choisit un repositionnement. La banque maintient une présence au Maroc à travers ses activités de banque de financement et d’investissement, tout en s’appuyant sur un partenariat commercial avec Holmarcom pour assurer la continuité des services.
Une transition encadrée et un partenariat maintenu
L’accord prévoit une phase d’accompagnement de BNP Paribas pour faciliter la transition, ainsi que la mise en place d’un partenariat commercial entre les deux groupes. Ce dispositif vise à préserver la relation avec les clients entreprises, tout en assurant une continuité opérationnelle.
Ce schéma hybride traduit une évolution des modèles de présence des banques internationales en Afrique : moins de capital, mais plus de partenariats ciblés.
Un marché en croissance qui attire les ambitions locales
L’opération intervient dans un contexte favorable pour le secteur bancaire marocain. Selon S&P Global Ratings, les banques locales devraient bénéficier d’une croissance économique soutenue en 2026, portée par les investissements dans les infrastructures et des politiques publiques incitatives.
Dans ce cadre, la prise de contrôle de la BMCI par Holmarcom apparaît comme un pari sur le long terme : capter cette dynamique de croissance et renforcer une présence domestique au moment où les acteurs internationaux ajustent leur exposition.
Une recomposition qui dépasse le Maroc
Au-delà du cas de la BMCI, l’opération révèle une tendance structurante : la montée en puissance des groupes financiers locaux face à un retrait partiel des acteurs étrangers. Les banques internationales privilégient désormais des modèles plus sélectifs, concentrés sur les segments à forte valeur ajoutée, tandis que les groupes domestiques renforcent leur contrôle sur les réseaux bancaires.
Dans ce jeu d’équilibre, Holmarcom apparaît comme l’un des principaux gagnants, tandis que BNP Paribas transforme son rôle sans quitter le marché. Pour les investisseurs, cette transaction confirme une lecture stratégique du secteur : la croissance bancaire en Afrique du Nord se jouera de plus en plus sous leadership local, avec des partenariats internationaux en soutien plutôt qu’en pilotage direct.
Patrick Tchounjo



