Willy K. Mulamba, le banquier de la discipline, du digital et de l’inclusion financière

Dans un pays-continent où la banque reste à la fois un enjeu de confiance, de souveraineté économique et d’inclusion, diriger EquityBCDC ne relève pas d’une simple fonction exécutive. C’est piloter une institution qui pèse dans la circulation du capital, la bancarisation des ménages, l’accompagnement des entreprises et la modernisation financière de la République démocratique du Congo. À la tête de cette plateforme majeure, Willy K. Mulamba incarne un profil rare : celui d’un banquier formé aux standards internationaux, mais profondément confronté aux réalités congolaises.
L’ampleur du mandat donne la mesure du défi. À fin 2024, EquityBCDC affiche un total de bilan supérieur à 5 milliards de dollars, plus de 4 milliards de dollars de dépôts, 94 agences et près de 1,92 million de clients. Autrement dit, Mulamba ne dirige pas une banque en construction, mais une infrastructure financière déjà lourde, appelée à franchir un nouveau cap. Son enjeu n’est pas seulement de faire croître l’institution ; il consiste à transformer sa taille en impact économique réel.
Une formation à la croisée de la finance, de l’économie et du droit
Le profil de Willy K. Mulamba repose sur une architecture académique solide. Il est titulaire d’une maîtrise en banque, finance et droit de l’Université Paris-Saclay, a suivi des enseignements complémentaires en sciences économiques à l’University of North Texas, aux États-Unis, et détient une maîtrise en économie appliquée de l’Université de Liège, en Belgique.
Cette formation donne à son parcours une cohérence particulière. Elle associe la rigueur juridique, la lecture macroéconomique et la technicité bancaire. Dans un environnement comme celui de la RDC, où la banque doit composer avec les risques, la régulation, l’informel, la dollarisation partielle de l’économie et les besoins massifs de financement, cette combinaison constitue un avantage stratégique.
Un parcours forgé dans la banque internationale
Le parcours de Willy K. Mulamba s’est construit à la croisée de deux univers : la banque internationale, avec ses exigences de gouvernance, de risque et de conformité, et le marché congolais, avec ses défis de liquidité, de bancarisation, de régulation et de confiance. Avant de prendre la direction générale d’EquityBCDC en novembre 2024, il a dirigé Citibank RDC, après y avoir occupé des fonctions de premier plan dans la trésorerie, les marchés, le pilotage du bilan et la gestion prudentielle. Cette expérience a façonné un profil de banquier technique, habitué aux standards des grandes institutions financières mondiales, mais aussi profondément exposé aux contraintes concrètes de l’économie congolaise.
Son retour en RDC, après des premières expériences professionnelles aux États-Unis, marque une étape importante dans cette trajectoire. Chez Citi, où il débute en 2007 comme trésorier pays, il se forge une réputation dans des métiers sensibles : gestion de la liquidité, actifs-passifs, relations avec les régulateurs, marchés locaux, gouvernance des risques et exécution de transactions. Ce sont des fonctions qui ne produisent pas toujours une visibilité médiatique immédiate, mais qui constituent le socle d’une banque solide.
Avec plus de 20 ans d’expérience dans l’industrie mondiale des services financiers, il s’est imposé comme un profil de haut niveau, à la fois gestionnaire, stratège et technicien. Son expertise couvre la gestion exécutive, la gouvernance d’entreprise, la gestion des risques, la négociation de transactions et la compréhension des marchés locaux de la RDC. Cette double culture constitue aujourd’hui son principal avantage à la tête d’EquityBCDC : il sait parler le langage des investisseurs, des régulateurs et des grandes institutions, tout en comprenant les besoins réels d’un marché encore largement sous-bancarisé.
Ancien président de l’Association congolaise des banques, il possède également une compréhension fine des enjeux de place : modernisation des pratiques, conformité, interopérabilité des paiements, dialogue institutionnel et évolution du cadre réglementaire. Cette expérience lui donne une lecture plus large que celle d’un dirigeant centré uniquement sur son établissement. Mulamba connaît les mécanismes du secteur, ses fragilités, ses blocages et ses leviers de transformation.
EquityBCDC, un mandat de transformation
À EquityBCDC, son parcours prend une dimension nouvelle. La banque est déjà puissante, mais elle doit désormais arbitrer entre croissance, qualité de service, digitalisation, inclusion financière, maîtrise des risques et proximité territoriale. Le cap affiché par Mulamba est clair : faire évoluer EquityBCDC d’une banque essentiellement transactionnelle vers une banque plus utile au développement.
Dans ses prises de parole, il place la transformation digitale au cœur de la stratégie. Son ambition est simple dans la formule, mais profonde dans ses implications : permettre à chaque Congolais d’avoir sa banque dans sa poche. Dans un pays marqué par l’étendue du territoire, les distances, la faible bancarisation et le poids du secteur informel, le digital n’est pas un outil de confort. Il devient une réponse structurelle à la géographie économique congolaise.
Le Compte Libanga illustre cette orientation. Pensé pour le secteur informel, il vise les petits commerçants, travailleurs indépendants, ménages modestes et populations éloignées du système bancaire classique. L’objectif dépasse l’ouverture de comptes. Il s’agit de créer une passerelle entre l’économie populaire et la finance formelle, de sécuriser les transactions et de donner à des millions d’acteurs économiques une première relation durable avec la banque.
Un impact qui dépasse la performance bancaire
L’impact de Willy K. Mulamba se mesure à sa capacité à relier performance financière et utilité économique. Sous son impulsion, EquityBCDC se positionne sur des chantiers structurants : inclusion financière, accompagnement des PME, digitalisation des services, financement de l’économie productive, bancarisation territoriale et renforcement de la gouvernance.
Dans un marché immense mais encore sous-financé, ce positionnement est stratégique. La RDC n’a pas seulement besoin de banques solides ; elle a besoin d’institutions capables d’élargir l’accès au financement, de soutenir les entrepreneurs, de réduire les frictions dans les paiements et d’accompagner la formalisation progressive de l’économie.
Willy K. Mulamba incarne ainsi une génération de dirigeants bancaires qui ne séparent plus la rentabilité de l’impact. Son défi est désormais de transformer la puissance d’EquityBCDC en levier de développement : une banque plus digitale, plus proche, plus inclusive, mais aussi plus disciplinée dans la gestion des risques et plus exigeante dans la gouvernance.
C’est peut-être là que réside la portée réelle de son mandat. À travers EquityBCDC, Mulamba ne cherche pas seulement à gérer une grande banque. Il travaille à redéfinir ce que peut être une institution bancaire systémique en RDC : un acteur de confiance, un accélérateur d’inclusion et un outil de transformation économique.
Patrick Tchounjo



