Afrique : la dépendance aux importations alimente l’inflation et fragilise les économies

Une récente étude met en lumière un phénomène récurrent en Afrique subsaharienne : la dépendance aux importations de biens alimentaires et énergétiques accentue la vulnérabilité des économies locales face aux chocs internationaux. Cette réalité touche particulièrement les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), où la flambée des prix mondiaux se traduit directement par une pression sur les ménages et sur les comptes publics.
Les prix des denrées importées comme le blé, le riz ou le maïs, mais aussi ceux du carburant et du gaz, évoluent au gré des fluctuations des marchés mondiaux. Les devises locales, souvent fragiles et très sensibles aux taux de change, amplifient ces tensions. Ainsi, une dépréciation face au dollar ou à l’euro entraîne mécaniquement une hausse du coût des importations, accentuant l’inflation dans des économies où l’alimentation représente plus de 40 % du panier de consommation des ménages.
Dans la zone CEMAC, cette situation se traduit par une inflation persistante qui érode le pouvoir d’achat et complique la gestion budgétaire des États. Les subventions mises en place pour contenir les prix de l’énergie ou soutenir les produits de base pèsent lourdement sur les finances publiques, limitant la capacité d’investissement dans les infrastructures et les services sociaux. Les banques centrales, dont la BEAC, se retrouvent face à un dilemme : maintenir une politique monétaire stricte pour contenir l’inflation ou assouplir les conditions de crédit pour soutenir la croissance.
La dépendance structurelle aux importations souligne aussi une faiblesse de long terme : l’insuffisance de la production locale et régionale. Malgré les initiatives de diversification agricole et énergétique, la majorité des pays d’Afrique centrale reste exposée aux fluctuations extérieures. Pour les économistes, la solution passe par des investissements massifs dans la transformation locale, la modernisation logistique et la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui pourrait stimuler les échanges intra-africains et réduire la dépendance aux importations extra-continentales.
Pour les ménages, la hausse des prix reste un problème immédiat et concret. À Douala, Libreville ou N’Djamena, le coût du panier alimentaire continue de grimper, accentuant les inégalités sociales et nourrissant un climat de mécontentement. Pour les gouvernements, la maîtrise de l’inflation importée devient donc un enjeu non seulement économique, mais aussi politique et social.
En définitive, la dépendance aux importations et ses effets inflationnistes rappellent la nécessité urgente d’une souveraineté alimentaire et énergétique en Afrique. Sans une stratégie coordonnée de production locale et de résilience monétaire, les économies resteront exposées aux soubresauts des marchés mondiaux, au détriment de la stabilité et du développement à long terme.
Patrick Tchounjo



