Astou Rose GAYE, la rigueur au service du logement : le visage discret qui pilote la BHS

Dans la finance, il y a des leaders qui parlent fort… et d’autres qui transforment en silence. Astou Rose GAYE appartient à cette seconde catégorie : une dirigeante de méthode, de terrain et de continuité. À la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS), elle prend la direction générale fin 2024, au terme d’une trajectoire rare, construite au sein de la même maison depuis 1997.
Sa nomination est aussi un signal : elle est présentée comme la première femme à accéder à la direction générale de la BHS, une banque dont la mission, par nature, touche à l’essentiel : mettre le crédit au service d’un toit, donc d’une stabilité sociale.
Une ascension construite dans la durée, sans raccourci
Astou Rose GAYE rejoint la BHS en 1997, sur la ligne commerciale, et progresse dans une banque où l’immobilier n’est pas un produit “comme les autres”, mais un engagement de long terme.
Le récit de sa carrière épouse la logique interne d’une institution spécialisée : apprendre le terrain, maîtriser le risque, comprendre les cycles de financement, puis prendre des fonctions où l’on structure des solutions plutôt que des dossiers.
Son parcours la conduit notamment à des responsabilités stratégiques liées au cœur de métier : elle est promue Directrice de l’Exploitation en 2016, un poste clé pour piloter les relations avec les promoteurs immobiliers et les coopératives d’habitat.
Puis, elle intègre la Direction générale à travers des rôles transversaux de pilotage : Directrice chargée de mission (2020), Conseillère du DG en charge des partenariats et projets structurants, puis Directrice des partenariats et projets structurants (à partir de janvier 2023), avant d’être appelée au sommet.
L’école de l’audit : la précision avant le pouvoir
Avant la banque, Astou Rose GAYE passe par une école qui forme des réflexes : l’audit. Elle commence sa carrière en Tunisie au cabinet KPMG, puis rejoint à son retour le Cabinet Mayoro Wade à Dakar.
Ce détour n’est pas un simple “début de CV” : il fabrique une manière de diriger. Dans l’audit, on apprend à documenter, vérifier, comparer, anticiper. Dans une banque immobilière, cette culture devient un avantage : la discipline des chiffres et la maîtrise des risques ne sont pas des options, ce sont des conditions de survie.
Une formation entre rigueur comptable et culture bancaire
Astou Rose GAYE s’appuie sur un socle académique taillé pour la finance de décision. Elle est diplômée en audit et révision comptable de l’Institut Supérieur de Gestion de Tunis, une formation qui ancre sa pratique dans la précision, le contrôle et la maîtrise des risques. Elle a ensuite complété son parcours à l’Université Paris Dauphine, avec une spécialisation en gestion des organisations bancaires, renforçant ainsi sa compréhension des mécanismes internes de la banque et des exigences de pilotage institutionnel.
Une DG au cœur d’une mission sociale : financer, pas construire
Astou Rose GAYE assume un positionnement clair : la BHS ne construit pas les logements, elle finance leur production.
Dans un entretien, elle rappelle que la banque intervient en soutenant promoteurs publics/privés et coopératives, tout en finançant aussi l’acquéreur, avec des mécanismes qui sécurisent l’équilibre des programmes.
Sa lecture est celle d’une banque utile : rendre le logement accessible passe d’abord par les conditions du financement. Elle évoque une stratégie visant à réduire le coût du crédit, adapter l’apport, allonger les durées et rechercher des ressources moins chères pour proposer des conditions supportables aux ménages.
Partenariats, projets structurants, modernisation : le chantier “fondations”
Si son style est décrit comme méthodique, son périmètre est, lui, très concret : renforcer les fondations institutionnelles, moderniser l’outillage, structurer des partenariats et faire évoluer les approches de financement du logement dans un contexte urbain en mutation—un axe cohérent avec les fonctions qu’elle a occupées avant sa nomination.
La dimension diaspora apparaît aussi dans son discours : elle rappelle l’existence des Diaspora Bonds, présentés comme un outil ayant rencontré un succès, et que la banque envisage de redynamiser, tout en élargissant son offre dédiée.
Le leadership féminin, version efficacité
Dans la finance publique et para-publique, le leadership se juge à la capacité de tenir deux lignes à la fois : l’équilibre financier et l’impact social. Astou Rose GAYE incarne précisément cette tension productive : exigeante sur la méthode, orientée résultat, mais attachée à une mission qui dépasse les indicateurs.
Sa trajectoire du terrain à la direction générale devient un message pour le secteur : la compétence ne se déclare pas, elle se construit. Et quand elle est reconnue au sommet, elle peut aussi ouvrir l’espace, en particulier dans un univers où les postes de commandement restent encore très masculins.
Patrick Tchounjo



