Aymric Kamega à la vice-présidence de la FANAF : le Cameroun place un expert de l’assurance vie au cœur du pilotage africain

L’assurance africaine change de visage… et ce changement n’est pas qu’un jeu de chaises. Le 11 février 2026 à Abidjan, la FANAF a renouvelé son instance dirigeante, et le Cameroun vient d’y gagner une place stratégique : Aymric Kamega a été porté à la vice-présidence de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africain. PDG d’Assurance du Cameroun Vie (ACAM Vie), expert en actuariat, il forme désormais un binôme à haute portée régionale avec l’Ivoirien Koné Mamadou, élu président pour succéder au Gabonais César Ekomie-Afene.
Dans une industrie où la crédibilité se construit sur la durée et la technique, la vice-présidence n’est pas un strapontin. C’est un poste d’influence. Et Aymric Kamega arrive avec une spécialité qui pèse lourd dans le futur du secteur : l’assurance vie.
Un actuaire de haut niveau, ancré dans les réalités africaines
Titulaire d’un doctorat en sciences de gestion, spécialité actuariat, obtenu en 2011 à l’ISFA (Université Lyon I), il a consacré sa thèse à un sujet aussi technique que stratégique : l’analyse des risques de mortalité en Afrique subsaharienne. Il est également diplômé d’un Master en actuariat de l’EURIA, consolidant une expertise académique rare dans l’univers de l’assurance sur le continent.
Au-delà du parcours universitaire, il s’impose comme une voix de référence dans le domaine. Auteur de plusieurs ouvrages reconnus, il a notamment reçu en 2014 le Prix Julien Jean Codjovi, distinction saluant la portée de ses travaux sur l’actuariat et l’assurance-vie en contexte africain.
Une gouvernance qui cherche la représentativité “zone CIMA”
Ce changement de gouvernance intervient au terme d’un processus électoral marqué par une volonté affichée : renforcer la représentativité des marchés de la zone CIMA. Le choix d’un vice-président camerounais n’est donc pas qu’un équilibre géographique. C’est un message politique : l’Afrique centrale veut peser davantage dans les arbitrages continentaux du secteur.
Et l’élection d’Aymric Kamega consolide cette dynamique : elle renforce le poids du Cameroun au sein de la fédération, tout en installant une collaboration transfrontalière structurante avec la Côte d’Ivoire, l’un des hubs majeurs de l’assurance en Afrique francophone.
Assurance vie : l’enjeu de l’épargne longue, enfin au centre
Aymric Kamega apporte une expertise spécifique : celle du segment de l’assurance vie, présenté comme un pilier central de la mobilisation de l’épargne longue sur le continent. Dans une Afrique où l’économie manque de ressources longues et stables pour financer les infrastructures, l’habitat, l’éducation ou la santé, l’assurance vie est plus qu’un produit : c’est un mécanisme de transformation financière.
Placer un spécialiste de ce segment au bureau exécutif de la FANAF, c’est signaler une priorité : construire un marché qui ne se limite pas à la couverture, mais qui sache aussi mobiliser et canaliser de l’épargne vers l’investissement.
Un bureau exécutif face à une réalité brutale : une pénétration sous 3%
Le nouveau vice-président intègre l’organe de décision à un moment charnière pour l’industrie africaine. Le constat est dur : les assureurs font face à un taux de pénétration structurellement bas, stagnant sous la barre des 3%. Et ce chiffre n’est pas qu’un indicateur statistique : c’est une mesure de vulnérabilité économique.
La mission du bureau exécutif est donc claire : lever les verrous qui empêchent l’assurance de devenir un réflexe. Parmi eux : un pouvoir d’achat limité, et une méfiance persistante des populations envers les mécanismes de couverture. Tant que ces barrières tiennent, le marché restera en dessous de son potentiel.
Un profil technique “Afrique centrale” pour des chantiers continentaux
La trajectoire d’Aymric Kamega repose sur une maîtrise des enjeux techniques propres au marché d’Afrique centrale. À travers ses fonctions chez ACAM Vie, il a développé des solutions adaptées aux réalités locales, une expérience considérée comme indispensable pour piloter les chantiers de la FANAF.
Ce point est loin d’être secondaire. Parce que l’assurance en Afrique ne peut pas être importée “telle quelle”. Elle doit être adaptée : tarifs, produits, distribution, gestion des risques, expérience client. Et cette capacité d’adaptation devient un argument de leadership.
Harmonisation, digital, micro-assurance : la feuille de route attendue
Cette expertise est appelée à servir une ambition commune du nouveau tandem : harmoniser les réglementations et accélérer la transformation numérique des compagnies membres. Le secteur n’a pas seulement besoin de croissance, il a besoin de méthodes : standards, interopérabilité, meilleure conformité, et canaux digitaux capables de réduire les coûts et de toucher de nouveaux clients.
L’agenda des prochains mois devra donc être tourné vers l’unité et la réforme opérationnelle. La FANAF, qui regroupe plus de deux cents sociétés, doit répondre à l’impératif de la micro-assurance et à la montée de nouveaux risques, notamment les risques climatiques.
Trois ans pour transformer des défis en croissance durable
Le texte est clair : le tandem ivoiro-camerounais dispose de trois années pour convertir ces défis en leviers de croissance durable. Tout l’enjeu est là : ne pas rester dans le discours institutionnel, mais produire des résultats visibles sur le terrain, confiance, pénétration, accessibilité des produits, modernisation des compagnies, et capacité à couvrir des risques nouveaux.
L’accession d’Aymric Kamega à la vice-présidence de la FANAF le 11 février 2026 à Abidjan n’est pas une simple ligne de CV. C’est un signal : l’Afrique centrale consolide sa place dans la gouvernance de l’assurance africaine, et l’assurance vie, levier de l’épargne longue, gagne un siège au cœur du pilotage. Dans une industrie encore sous les 3% de pénétration, le défi du nouveau bureau exécutif est immense : restaurer la confiance, démocratiser les produits, accélérer le digital, et faire de la micro-assurance et des risques climatiques des chantiers structurants — pas des slogans.
Patrick Tchounjo
