Analyses & Opinions

Banque centrale africaine : le Nigeria décroche un siège permanent et verrouille son influence

Un signal politique fort dans un projet qui avance par étapes

C’est une décision qui pèse plus lourd que sa formulation administrative. À l’issue de la 39e session du Conseil exécutif de l’Union africaine (UA), le Nigeria a obtenu un siège permanent au conseil d’administration de la future Banque centrale africaine. Une annonce rendue publique par un communiqué du ministère nigérian des Affaires étrangères, daté de vendredi 13 février, et qui repositionne Abuja au centre d’un chantier sensible : l’architecture financière panafricaine.

Dans un continent où l’intégration monétaire se construit lentement, souvent au rythme des compromis, un “siège permanent” ressemble à une chose rare : un point d’ancrage durable dans la salle où se dessineront les règles du jeu.

Ce que l’UA prépare : une Banque centrale africaine, mais pas encore opérationnelle

La Banque centrale africaine fait partie des institutions financières prévues par l’UA dans le cadre de son agenda d’intégration économique. Elle s’inscrit aux côtés de l’Institut monétaire africain, dont la mission est de promouvoir la convergence macroéconomique des États membres — étape jugée nécessaire pour toute perspective d’union monétaire.

Mais le texte est clair : le projet n’est pas encore opérationnel. Il est “discuté depuis plusieurs années” et avance progressivement. Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement de créer une institution sur le papier, mais de bâtir les conditions de sa crédibilité : règles, convergence, gouvernance, représentativité, et capacité à tenir dans le réel.

Une double avancée : siège permanent et renfort au Comité de convergence

La décision ne s’arrête pas à ce siège permanent. Le Conseil exécutif de l’UA a aussi entériné l’extension de la représentation du Nigeria au sein du Comité de convergence technique de l’Institut monétaire africain, l’organe chargé de préparer la mise en place de la Banque centrale africaine.

C’est là que se joue une partie très stratégique : la convergence, ce sont des critères, des trajectoires, des arbitrages, une discipline macroéconomique, et une manière d’organiser les règles communes. Renforcer sa présence dans ce comité, c’est, pour un État, peser en amont, avant même que l’institution finale ne devienne pleinement active.

Abuja consolide un rôle continental… et une lecture de puissance

Le ministre des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, a qualifié cette décision d’« étape diplomatique majeure », estimant qu’elle consacre le rôle du Nigeria dans la construction de l’architecture financière africaine.

L’arrière-plan est évident : première économie du continent en termes de PIB, le Nigeria cherche à consolider son influence dans les mécanismes financiers panafricains. Et l’obtention d’un siège permanent n’est pas une simple marque d’honneur : c’est une capacité d’influence institutionnelle dans un domaine où la place de chacun se négocie souvent à huis clos.

CEDEAO : une séquence qui confirme la coordination ouest-africaine

Sur le plan politique, la même session a aussi vu l’élection de candidats soutenus par la CEDEAO au Conseil de paix et de sécurité de l’UA, signe d’une coordination régionale sur les questions de stabilité. Le Nigeria relie ainsi deux fils : la stabilité politique et la construction financière, deux piliers que l’UA place au cœur de son ambition continentale.

Les autorités nigérianes estiment que ces résultats confirment l’engagement du pays en faveur des objectifs de l’UA, notamment l’intégration économique, la paix et la gouvernance démocratique.

Ce que cette décision raconte vraiment

À ce stade, la future Banque centrale africaine n’est pas encore une institution “de marché”. Mais elle est déjà un terrain de projection, où se disputent la crédibilité, la représentation, et la capacité à écrire les futures règles du jeu.

En obtenant un siège permanent, le Nigeria ne gagne pas seulement une chaise : il gagne du temps, de la continuité et une place structurelle dans une discussion qui, tôt ou tard, touchera aux sujets les plus sensibles du continent : souveraineté monétaire, convergence, discipline macroéconomique, et gouvernance financière commune.

Patrick Tchounjo

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page