Beltone entre en Afrique subsaharienne par la grande porte : rachat total de Baobab group pour 129,6 milliards

Une acquisition qui dépasse le “simple” rachat
Ce n’est pas seulement une opération de croissance externe. En déboursant 197,6 millions d’euros (environ 129,6 milliards FCFA) pour acquérir 100% de Baobab Group, l’égyptien Beltone n’achète pas une marque : il achète une infrastructure d’accès au crédit déjà branchée sur l’Afrique subsaharienne. Sept marchés d’un seul coup, 1,6 million de clients immédiatement, et une réalité difficile à reproduire rapidement : un réseau régulé, une conformité en place, une capacité d’exécution au quotidien. C’est, de fait, la première opération transfrontalière de Beltone et la plus importante transaction de son histoire avec un message clair : l’Afrique subsaharienne n’est plus une “option”, c’est désormais un terrain de jeu stratégique.
Le vrai actif : la technologie qui distribue le crédit à grande échelle
Le point décisif de cette acquisition se trouve moins dans les chiffres que dans la mécanique. Près de la moitié des prêts de Baobab sont distribués via des canaux numériques, appuyés par des systèmes intelligents de décision de crédit. En d’autres termes, Baobab ne se contente pas d’être présent : le groupe sait accorder vite, évaluer, décider, déployer. Dans des marchés où l’accès aux services financiers traditionnels reste limité, cette capacité de digitalisation n’est pas un bonus : c’est un avantage structurel. Elle permet d’aller là où la banque classique hésite, de réduire les frictions, et de financer des clients qui vivent souvent en dehors des radars.
Une machine déjà éprouvée, pas un prototype
Baobab arrive dans le périmètre Beltone avec une profondeur d’historique qui change la nature du risque. Depuis sa création il y a plus de vingt ans, le groupe affirme avoir octroyé près de quatre millions de prêts, pour un volume cumulé supérieur à 9,2 milliards d’euros (environ 6 036 milliards FCFA). Et au troisième trimestre 2025, l’institution affichait un portefeuille de prêts de 848,8 millions d’euros (environ 557 milliards FCFA). Autrement dit : l’acquéreur ne découvre pas un marché, il récupère une capacité de production de crédit déjà industrialisée.
Sept pays, une empreinte immédiate, un Nigeria au centre de la carte
L’opération finalisée le 10 février 2026 via Beltone Capital, après obtention des autorisations réglementaires, donne à Beltone une empreinte immédiate dans sept pays d’Afrique subsaharienne : Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali, Madagascar, Nigeria et RDC. Le Nigeria, lui, apparaît comme le pivot naturel. Baobab y dispose d’une licence de microfinance et prévoit d’augmenter fortement son réseau d’agences : pour Beltone, c’est une porte d’entrée stratégique sur la première économie africaine, au moment où la bataille du paiement, du crédit et de l’inclusion se joue à grande vitesse.
Un recentrage qui a préparé le terrain
L’acquisition intervient après un mouvement qui simplifie le périmètre et clarifie la proposition de valeur. Fin avril 2025, Baobab a cédé sa participation dans Baobab Plus à BioLite, une entreprise américaine active dans les solutions énergétiques hors réseau. Résultat : Baobab se recentre sur le cœur bancaire et financier, et l’acquéreur hérite d’un ensemble plus lisible, plus cohérent, et plus directement “monétisable” dans une logique de croissance régionale.
Le pari Beltone : l’inclusion par la donnée, l’échelle par la présence locale
Les synergies annoncées sont presque naturelles : Beltone apporte un modèle financier axé sur l’innovation et les données, Baobab apporte une présence locale profonde dans le financement des micro et petites entreprises, avec des filiales régulées et une conformité déjà installée. L’ambition affichée est de développer et déployer des solutions financières inclusives et technologiques capables de soutenir la croissance économique à long terme en Afrique. En toile de fond, une conviction : la convergence entre services financiers digitaux et inclusion financière est l’une des grandes tendances structurelles qui redessinent durablement le paysage bancaire africain.
Ce que cette opération dit du futur de la microfinance africaine
Le signal est puissant : la microfinance n’est plus seulement un secteur “social” ou “de proximité”. Elle devient un marché stratégique, où l’avantage compétitif se mesure à la capacité de distribuer, scorer, recouvrer, sécuriser, et grandir à coût maîtrisé. Dans ce nouveau jeu, la technologie n’est pas un accessoire : c’est le moteur. Et c’est précisément ce moteur déjà en marche que Beltone vient d’acheter, en une seule transaction, avec un accès direct à sept marchés et une base clients déjà massive.
Patrick Tchounjo



