BGFIBank vise la finance minière : le signal fort envoyé au Mining Indaba

Il y a une phrase que l’Afrique a trop souvent entendue : “le sous-sol est riche, mais le financement vient d’ailleurs”. En se montrant au Mining Indaba, grand rendez-vous minier du continent organisé du 9 au 12 février au Cap, BGFIBank veut précisément changer la grammaire. Le groupe bancaire gabonais, présent dans une dizaine de pays africains, assume un objectif : accompagner le développement des industries extractives en Afrique et s’installer durablement dans un secteur longtemps dominé par des acteurs étrangers.
Le signal est clair : la finance africaine ne veut plus rester au guichet pendant que d’autres écrivent les termes du contrat minier. Elle veut être dans la salle où se structurent les deals.
Mining Indaba : une présence qui vaut déclaration de stratégie
Pour l’instant, BGFIBank n’annonce pas d’opération “coup de tonnerre”. Mais la stratégie se lit autrement : par la présence institutionnelle, les points d’ancrage et l’intégration progressive des écosystèmes miniers. Le groupe multiplie les marqueurs : visibilité sur les grandes plateformes du secteur, implication dans les cercles professionnels, et construction d’une crédibilité opérationnelle au contact des acteurs.
C’est une démarche de long terme, typique d’un secteur où la confiance se gagne sur la durée et où la structuration d’un projet se joue bien avant le premier décaissement.
Côte d’Ivoire et RDC : deux têtes de pont assumées
Le choix des terrains d’influence n’est pas neutre. La Côte d’Ivoire et la RDC apparaissent comme les deux pivots les plus visibles de cette ambition.
Début janvier 2026, le Groupement Professionnel des Miniers de Côte d’Ivoire (GPMCI) annonce l’adhésion de BGFIBank Côte d’Ivoire. L’objectif affiché est limpide : soutenir la croissance du secteur minier ivoirien en facilitant l’accès des acteurs au financement. C’est un geste stratégique : entrer dans la maison des miniers, c’est se rapprocher des besoins réels, des cycles de projets, et des contraintes de cashflow.
En RDC, l’ancrage est tout aussi assumé. La filiale BGFIBank RDC participe régulièrement au DRC Mining Week, rendez-vous annuel du secteur minier congolais. Lors de l’édition 2025, Isaac Ibuabu, Directeur de la Banque des Particuliers & PME, mettait en avant l’expertise développée par la banque en matière de projets miniers, avec des ressources humaines dédiées selon les catégories d’acteurs, des compagnies minières aux entreprises de sous-traitance.
L’idée est simple : financer le minier, ce n’est pas financer une activité. C’est financer une chaîne entière.
Au Cap, une photo qui compte : DG, décideurs et pipeline
Signe de l’importance accordée à ces deux marchés, les directeurs généraux des filiales ivoirienne et congolaise, Francesco de Musso et Kaféhé Silue, sont présents au Cap. À leurs côtés, Alain Fazili Bula, chef de la division dédiée à la clientèle Entreprises à BGFIBank RDC, a participé à un panel sur le financement minier, insistant sur l’importance des partenariats dans le développement du secteur.
Dans le langage du marché, ce type de présence dit : “nous venons avec des décideurs, pas avec des cartes de visite”.
Une vague plus large : les banques africaines veulent leur part du “capex minier”
BGFIBank n’est pas seule. L’implication croissante des banques africaines dans la finance minière s’inscrit dans un mouvement de fond. Ecobank, Coris Bank, AFG Bank… les institutions accompagnent désormais des investisseurs dans la construction ou l’agrandissement de mines, mais aussi les acteurs plus modestes : sous-traitants, prestataires, fournisseurs.
Au Mali, AFG Bank a lancé fin octobre 2025 une ligne de financement de 100 milliards FCFA (181 millions USD) dédiée aux entreprises de sous-traitance et aux fournisseurs du secteur. La banque est aussi sollicitée au Cameroun pour contribuer au financement de Minim Martap, annoncée comme première mine de bauxite du pays.
Le mouvement est clair : la finance africaine veut financer non seulement l’extraction, mais surtout l’écosystème qui fait tourner la mine au quotidien.
Le test décisif : passer de la présence à la puissance de feu
La question n’est plus de savoir si les banques africaines “s’intéressent” au secteur. Elles y sont. La question est : peuvent-elles rivaliser sur la durée ? Entre la pérennité des initiatives, l’augmentation de l’ampleur des financements accordés et la capacité à absorber les risques, le secteur local doit prouver qu’il peut tenir tête à des groupes financiers internationaux qui dominent encore largement la finance minière en Afrique.
C’est là que se jouera la vraie bataille : structuration de projets, partenariats, garanties, maîtrise du risque, discipline de conformité, et capacité à financer des cycles longs.
Ce qu’il faut retenir
En participant au Mining Indaba, BGFIBank envoie un signal stratégique : la banque veut s’installer comme un acteur crédible du financement minier africain, avec des têtes de pont clairement identifiées en Côte d’Ivoire et en RDC. Derrière cette montée en puissance, c’est un mouvement continental qui s’affirme : les banques africaines veulent capter une part plus importante de la valeur créée par le secteur extractif. Reste l’épreuve ultime : transformer la présence institutionnelle en puissance de financement durable, à la hauteur des ambitions minières du continent.



