BNDE vs Xérus : victoire au tribunal, bataille sur la garantie, ce que révèle le jugement

En février 2026, le Tribunal de Commerce de Dakar a rendu une décision qui parle autant de recouvrement que de crédibilité financière. La Banque Nationale pour le Développement Économique (BNDE) a obtenu gain de cause contre la Société Xérus dans un dossier de créances impayées. Sur le fond, le jugement est clair : Xérus est condamnée à payer à la BNDE une somme substantielle au titre des montants dus. Pour une banque, c’est l’essentiel : la dette est reconnue, la créance est validée, la banque obtient un titre judiciaire qui confirme sa position. Mais le même jugement introduit un renversement stratégique : malgré cette condamnation au paiement, le juge ordonne la mainlevée de l’hypothèque conservatoire que la BNDE avait inscrite sur les biens de Xérus.
C’est là que le dossier devient instructif et viral parce qu’il met à nu une mécanique que peu de personnes voient : gagner un procès n’est pas toujours sécuriser un remboursement. L’hypothèque conservatoire est une garantie immobilière temporaire, un verrou juridique qui “bloque” des actifs le temps que la situation se clarifie, en attendant l’exécution finale du jugement. En ordonnant la mainlevée, le tribunal libère les actifs immobiliers de Xérus de cette contrainte spécifique. Autrement dit : la dette reste reconnue, mais la pression de la garantie conservatoire est levée.
Ce jugement raconte donc une double réalité. Première réalité : la BNDE gagne sur la reconnaissance de la créance, ce qui renforce sa position et valide l’existence d’impayés. Deuxième réalité : la banque perd, à ce stade, une partie de l’armure juridique qui sécurisait l’attente, puisque l’hypothèque conservatoire n’est plus en place. Et c’est précisément ce point qui compte dans l’économie réelle : la différence entre le droit d’être payé et la capacité de se faire payer vite, correctement, sans que l’actif de garantie ne s’échappe du périmètre.
Dans les faits, la signification est limpide : bien que la dette soit reconnue, la garantie immobilière temporaire est levée, libérant ainsi les actifs de Xérus de cette contrainte judiciaire spécifique, en attendant l’exécution finale du jugement. Le dossier bascule donc dans une phase où l’enjeu devient l’exécution : comment, quand et par quel mécanisme le paiement sera effectivement réalisé. C’est souvent à ce stade que se jouent les véritables rapports de force : la liquidité de l’entreprise, sa capacité à honorer les engagements, et la solidité des voies de recouvrement.
Au-delà du cas Xérus, cet épisode est un miroir du climat des affaires : il montre que la discipline financière ne se limite pas aux bilans, mais se mesure aussi dans la capacité des institutions à sécuriser leurs créances. Pour une banque de développement comme la BNDE, qui finance des segments stratégiques de l’économie, chaque affaire de recouvrement est aussi un signal de marché. Elle touche à la confiance, au coût du risque, aux exigences de garanties, et à la manière dont l’écosystème arbitre entre protection des créanciers et liberté d’action des entreprises.
En résumé, la BNDE obtient une victoire judiciaire majeure : la condamnation de Xérus au paiement. Mais la mainlevée de l’hypothèque conservatoire rappelle une règle implacable : dans la finance, le jugement est une étape, pas la fin. La vraie question commence après : l’exécution finale et la capacité à transformer une décision de justice en paiement effectif.
Patrick Tchounjo



