BOAD : cap sur 10 milliards d’euros pour changer d’échelle d’ici 2030

À Dakar, la Banque ouest africaine de développement ouvre une nouvelle séquence de son histoire. Réunie ce mercredi 25 mars 2026 pour sa 150e session du conseil d’administration, l’institution présidée par Serge Ekue doit entériner le lancement de son plan 2026-2030, baptisé « DJOLIBA – la suite », avec une ambition claire : porter ses engagements à 6 500 milliards de FCFA, soit environ 10 milliards d’euros, contre 3 750 milliards de FCFA sur la période 2021-2025. Derrière ce saut de taille, il y a plus qu’un objectif financier. Il y a la volonté de faire de la BOAD l’un des moteurs les plus puissants de la transformation économique de l’UEMOA.
Le choix du nom n’est pas anodin. DJOLIBA, qui prolonge le plan stratégique 2021-2025 de la Banque, porte l’idée de continuité, mais surtout d’amplification. La BOAD ne veut plus seulement accompagner le développement régional. Elle veut changer d’échelle, densifier ses interventions et s’imposer davantage comme une banque de transformation, capable d’agir à la fois sur les infrastructures, le secteur privé, les transitions sociales et la résilience climatique. Cette montée en puissance s’inscrit dans le prolongement du plan précédent, officiellement présenté comme la feuille de route de la Banque pour devenir une référence du financement durable en Afrique de l’Ouest.
Changer de dimension pour répondre aux nouveaux besoins de l’UEMOA
Le moment est stratégique. L’Afrique de l’Ouest traverse une période où les besoins de financement deviennent plus massifs, plus urgents et plus complexes. Les États doivent renforcer leur souveraineté alimentaire, accélérer l’accès à l’énergie, financer les PME, soutenir les systèmes de santé, développer le logement et faire face à la pression climatique. La BOAD a choisi de répondre à cette équation par une logique de volume, mais aussi par une logique de structure. Elle entend doubler ses engagements financiers et, dans le même mouvement, se transformer en groupe bancaire intégré afin d’élargir ses capacités d’intervention.
Les trois priorités mises en avant donnent d’ailleurs la mesure de cette ambition. D’abord, le renforcement de la souveraineté alimentaire et énergétique, qui est devenu un impératif économique autant que politique dans l’espace UEMOA. Ensuite, la promotion d’un progrès social inclusif, à travers le financement des PME, de la santé et du logement, trois secteurs où la pression de la demande sociale ne cesse de croître. Enfin, le développement de la résilience climatique, désormais inséparable de toute stratégie de développement crédible en Afrique de l’Ouest.
Une accélération déjà visible sur le terrain
Ce qui frappe, c’est que cette nouvelle ambition ne part pas de zéro. Les premiers signaux de l’accélération sont déjà visibles. En Côte d’Ivoire, plus de 1,3 milliard d’euros ont été mobilisés pour soutenir le Plan national de développement 2026-2030. Au Burkina Faso, une enveloppe indicative de 750 milliards de FCFA est annoncée pour accompagner la relance multisectorielle. En Guinée-Bissau, près de 15 millions d’euros ont été engagés pour renforcer la transformation locale de la filière cajou. Et au Bénin, au Burkina Faso et au Mali, des financements verts de l’ordre de 26 millions d’euros sont déployés pour soutenir la résilience climatique. Ces mouvements montrent que “DJOLIBA – la suite” n’est pas seulement un discours de planification. C’est déjà une mécanique qui se met en marche.
Cette dynamique donne aussi un indice sur la manière dont la Banque veut se positionner. La BOAD ne se contente plus d’être un bailleur institutionnel classique. Elle cherche à devenir un acteur de structuration régionale, capable de financer à la fois des plans nationaux, des filières de transformation locale et des projets liés à la transition écologique. C’est une évolution importante, car elle renforce son rôle non seulement comme prêteur, mais aussi comme instrument de cohérence économique au sein de l’UEMOA.
Un bilan 2021-2025 qui donne du crédit à la nouvelle ambition
Cette offensive 2026-2030 repose sur un socle que la Banque juge solide. Sur la période 2021-2025, la BOAD a atteint 3 765 milliards de FCFA de financements, soit près de 5,7 milliards d’euros, avec une croissance annuelle moyenne de 11 % et un taux de risque inférieur à 2,5 % selon les données relayées autour de la fin du cycle stratégique. Ce bilan donne de la crédibilité à la volonté de doubler la voilure. Il montre que la Banque n’avance pas sur une promesse abstraite, mais sur une trajectoire déjà démontrée.
Dans l’univers des banques de développement, la solidité d’un plan ne se mesure pas seulement au volume des engagements. Elle se mesure aussi à la qualité du portefeuille, à la discipline du risque et à la capacité de lever des ressources dans de bonnes conditions. Sur ce point, la BOAD a renforcé sa crédibilité sur les marchés financiers. L’institution met en avant une émission obligataire de 1 milliard d’euros sur 15 ans ainsi que le succès d’une obligation hybride durable, deux opérations qui confortent son image de pionnière de la finance durable en Afrique.
Une banque qui muscle aussi ses outils financiers
La montée en puissance de la BOAD passe également par l’ingénierie financière. La Banque souligne que sa capacité d’intervention s’est accrue grâce à une politique d’assurance-crédit couvrant près de 300 milliards de FCFA, soit environ 457 millions d’euros, portant le total des subventions sécurisées à 700 millions d’euros. Ce détail, moins spectaculaire qu’une grande annonce de financement, est pourtant central. Il montre que la Banque ne cherche pas seulement à prêter plus. Elle cherche à mieux sécuriser, mieux lever et mieux structurer ses interventions.
C’est aussi ce qui rend crédible son ambition de devenir un groupe bancaire intégré. Dans un environnement régional où les besoins de financement s’intensifient, les institutions les plus influentes ne sont plus uniquement celles qui prêtent. Ce sont celles qui savent articuler dette, garanties, instruments hybrides, financements verts, sécurisation du portefeuille et capacité de transformation bilancielle. La BOAD veut manifestement entrer plus franchement dans cette catégorie.
Des impacts qui dépassent les prévisions initiales
Au-delà des montants, la Banque met en avant des impacts qui nourrissent sa narration de performance. Les projets financés sur le cycle précédent auraient généré 424 % d’emplois créés en plus, 187 % de capacité électrique installée supplémentaire, 362 % de production d’eau potable en plus et 160 % de production de riz supplémentaire par rapport aux attentes initiales communiquées autour du plan. Ces chiffres racontent une idée simple : la BOAD veut être jugée non seulement sur sa capacité à mobiliser des ressources, mais sur sa capacité à transformer concrètement les économies et les vies.
Dans un espace UEMOA qui doit simultanément produire davantage, importer moins, créer de l’emploi, améliorer les infrastructures sociales et absorber les chocs climatiques, cette logique d’impact devient essentielle. Elle permet à la Banque de défendre une proposition de valeur plus forte : financer n’est pas une fin en soi. Financer doit produire des résultats visibles, mesurables et durables.
“DJOLIBA – la suite”, ou la BOAD à l’heure de l’affirmation
Avec ce nouveau cycle, la BOAD entre clairement dans une phase d’affirmation. L’institution ne veut plus seulement consolider ses acquis. Elle veut accélérer, massifier, structurer et peser davantage dans la trajectoire économique de l’Afrique de l’Ouest. Le cap des 10 milliards d’euros d’ici 2030 agit comme un marqueur fort. Il dit que les besoins régionaux exigent désormais des institutions capables de penser plus grand, plus vite et plus durablement.
À Dakar, la 150e réunion du conseil d’administration n’a donc rien d’une simple séquence institutionnelle. Elle ouvre un nouveau chapitre. Un chapitre dans lequel la BOAD entend transformer sa puissance financière en levier plus direct de souveraineté alimentaire, d’accès à l’énergie, d’inclusion sociale et de résilience climatique. “DJOLIBA – la suite” n’est pas seulement un plan. C’est la tentative assumée de redonner une nouvelle ampleur au financement régional du développement.
Patrick Tchounjo



