BOAD rejoint l’AAMFI : l’UEMOA gagne un siège dans le “club” des grandes banques de développement africaines

C’est une adhésion qui ressemble à un détail institutionnel… mais qui change le rapport de force. La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), bras financier de l’UEMOA, a officiellement intégré l’Alliance of African Multilateral Financial Institutions (AAMFI), aussi appelée Africa Club, une plateforme créée pour renforcer la souveraineté financière du continent et mieux coordonner les grandes institutions africaines de financement du développement.
Dans un contexte où l’Afrique cherche des capitaux longs, des mécanismes de couverture des risques et une capacité collective à peser dans les discussions sur la réforme de l’architecture financière mondiale, l’entrée de la BOAD n’est pas un simple badge : c’est un accès à une table où se négocient des coalitions de financement, des standards, et des plateformes continentales.
Une alliance née pour “faire système” face au déficit de financement
L’AAMFI a été lancée en collaboration avec la Commission de l’Union africaine, en février 2024 à Addis-Abeba, pour promouvoir la coopération entre institutions financières multilatérales africaines et proposer des solutions africaines aux besoins de financement du continent.
Le point qui donne l’échelle : les membres de l’Alliance revendiquent un bilan collectif de plus de 70 milliards de dollars, une puissance de feu conçue pour attaquer les grands trous de financement en matière de commerce, d’investissement et d’infrastructures.
Pourquoi l’arrivée de la BOAD pèse : l’Afrique de l’Ouest gagne du poids dans une coalition continentale
L’arrivée de la BOAD renforce la présence de l’Afrique de l’Ouest au sein d’une alliance où figurent déjà des noms lourds : Afreximbank, Africa Finance Corporation (AFC), Trade and Development Bank (TDB), Africa Re, ATIDI, Shelter Afrique Development Bank, ZEP-RE, entre autres.
Pour l’UEMOA, l’enjeu est simple : faire circuler plus vite et plus loin les financements structurés, mieux partager les risques, et ouvrir davantage de portes auprès d’investisseurs qui aiment les dispositifs “club deal” et les coalitions d’institutions.
Un “effet réseau” : cofinancements, structuration, couverture des risques
Sur le terrain, ce type d’alliance a trois effets concrets :
D’abord, elle facilite les cofinancements sur des projets lourds (énergie, transport, industrialisation), en répartissant le risque et en accélérant les bouclages.
Ensuite, elle renforce la capacité d’ingénierie : structuration, mobilisation de dette, instruments de garantie, et solutions hybrides qui rendent les projets plus finançables.
Enfin, elle crée une voix collective pour peser dans les discussions globales sur le coût du capital africain, la dette, et la place des institutions africaines dans la finance mondiale.
Une alliance qui s’élargit : BOAD et RMDB, même séquence
L’expansion de l’AAMFI ne concerne pas que la BOAD. La même séquence a vu l’Alliance accueillir aussi la Regional Maritime Development Bank (RMDB), ce qui renforce l’orientation de l’organisation vers des secteurs stratégiques comme les infrastructures, le commerce et le financement maritime.
Le message est clair : l’AAMFI veut élargir sa capacité d’intervention, diversifier ses angles (commerce, assurance-crédit, infrastructures, industrie, logistique), et bâtir une architecture africaine de financement plus complète.
Changement de leadership : Corneille Karekezi prend la présidence
L’adhésion de la BOAD intervient dans une période de transition de gouvernance. Selon les communications de l’Alliance relayées par l’AFC, le Dr Corneille Karekezi (Africa Re) a été nommé Chairperson du Conseil de gouvernance, succédant à Samaila Zubairu (AFC), qui avait pris le relais après la phase de lancement.
Le nouveau président a mis l’accent sur une priorité : mobiliser davantage de capital africain et renforcer la coopération entre institutions membres afin de financer efficacement les priorités du continent, en cohérence avec l’Agenda 2063.
Ce que la BOAD gagne immédiatement
Pour la BOAD, l’adhésion ouvre une opportunité stratégique majeure : renforcer la mobilisation de ressources et augmenter son rôle dans la définition de solutions financières africaines, à un moment où les pays cherchent à réduire leur dépendance à des financements externes plus chers et plus volatils.
Dit autrement : la BOAD ne vient pas “faire de la représentation”. Elle vient chercher de la capacité d’action – plus de capital, plus de partenariats, plus de leviers pour financer l’économie réelle de l’UEMOA.
Ce que l’UEMOA doit désormais attendre : des preuves, pas seulement un siège
Comme toujours, le marché jugera à l’exécution. L’entrée de la BOAD dans l’AAMFI sera “victorieuse” si elle se traduit par des cofinancements visibles, des deals mieux structurés, des risques mieux couverts, et des coûts de financement qui baissent progressivement.
Patrick Tchounjo



