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BRVM : Sonatel dépasse 1 900 milliards FCFA… et confirme son statut de machine à cash

Il y a des performances qui s’expliquent par un cycle favorable. Et puis il y a celles qui s’imposent malgré tout. En 2025, Sonatel a réussi un exercice que beaucoup d’entreprises rêveraient de signer dans un environnement tendu : pression fiscale croissante, crise énergétique persistante, durcissement des mesures d’identification des abonnés… et pourtant, le groupe avance. Le chiffre d’affaires consolidé atteint 1 923,1 milliards FCFA, en hausse de 8,3%, franchissant pour la première fois le seuil symbolique des 1 900 milliards. Une progression qui ressemble moins à un “alignement des astres” qu’à la preuve d’un modèle économique ancré dans les usages réels de ses 42 millions de clients répartis sur cinq pays d’Afrique de l’Ouest.

La leçon est simple : quand la connectivité devient un besoin quotidien, l’opérateur qui maîtrise l’infrastructure, la distribution et l’écosystème de services peut traverser les vents contraires… sans perdre sa trajectoire.

La data mobile : le moteur qui tire désormais près de 40% des revenus

Le cœur de la croissance est clairement identifié : la data mobile. Les revenus bondissent de 17,7% à 743 milliards FCFA, représentant désormais près de 40% du chiffre d’affaires total. Les clients actifs 4G franchissent la barre des 22 millions, et la consommation mensuelle par utilisateur progresse de 17%.

En clair, Sonatel transforme la croissance des usages en croissance de revenus, avec une dynamique portée par l’explosion des besoins de connectivité : streaming, réseaux sociaux, commerce digital, apprentissage en ligne, services financiers, outils de travail. La data n’est plus un segment, c’est le centre de gravité.

Fibre optique : une croissance structurelle, encore peu concurrencée

Deuxième moteur, plus discret mais très structurant : la fibre FTTH. Sonatel revendique 640 783 abonnés, en hausse de 35%, confirmant une avance dans un segment encore loin d’être saturé. La fibre n’est pas seulement un produit premium, c’est aussi une assurance sur l’avenir : elle ancre la relation client et solidifie l’économie de la connectivité sur le long terme.

Orange Money : la finance digitale comme pilier de l’écosystème

Troisième brique : Orange Money, qui affiche 208,9 milliards FCFA de revenus (+11,3%) et près de 3,8 milliards de transactions traitées dans l’année. Ce chiffre dit deux choses. D’abord, la finance mobile est devenue une infrastructure d’usage massif. Ensuite, l’opérateur télécom est désormais aussi un acteur de la circulation de valeur, donc de la fidélisation client et de la profondeur d’écosystème.

Des marges qui impressionnent : 47,9% malgré taxes et contraintes

Si la croissance du chiffre d’affaires est solide, la performance opérationnelle est encore plus frappante. L’EBITDAaL progresse de 9,8% à 921,2 milliards FCFA, pour une marge de 47,9%, en amélioration de 70 points de base. C’est un niveau qui rappelle pourquoi Sonatel reste une des valeurs les plus “défensives” et les plus suivies de la BRVM : une capacité rare à transformer le revenu en rentabilité.

Et pourtant, la pression fiscale est bien là : les impôts et taxes d’exploitation augmentent de 22,5% à 182,5 milliards FCFA. Dans ce contexte, maintenir et même améliorer la marge devient un signal fort de discipline opérationnelle.

413,6 milliards FCFA de bénéfice : la rentabilité tient, même si la croissance ralentit

Le résultat net consolidé ressort à 413,6 milliards FCFA, en hausse de 5,1% par rapport à 2024. La progression est moins rapide que celle du chiffre d’affaires, mais elle confirme l’essentiel : Sonatel reste une machine à profits, capable de protéger ses fondamentaux.

Le Free Cash Flow se maintient à 422,5 milliards FCFA (+2%), ce qui confirme un point clé pour les investisseurs : l’entreprise finance ses besoins, sa croissance et ses distributions sans dépendre excessivement de la dette.

CAPEX : 288,6 milliards FCFA, l’infrastructure reste la vraie arme

Les investissements (CAPEX) reculent légèrement à 288,6 milliards FCFA, soit 15% du chiffre d’affaires, et sont concentrés à 84% sur le réseau. Le message est limpide : Sonatel continue de parier sur l’infrastructure comme avantage concurrentiel durable.

C’est là que se joue la bataille télécom : quand la demande explose, ce ne sont pas les slogans qui gagnent, ce sont les antennes, la fibre, la capacité, la qualité de service. Et l’infrastructure, dans cette industrie, est un pouvoir.

Dividende : 1 933 FCFA par action, un rendement au-dessus de 6%

La dimension boursière, elle, complète le tableau. Le Conseil d’administration propose un dividende brut de 1 933 FCFA par action (+8,6%), soit 1 740 FCFA net après retenue à la source de 10%, avec une mise en paiement prévue au 25 mai 2026.

Au cours de 27 875 FCFA au 16 février 2026, cela représente un rendement de 6,24%. Dans un marché où beaucoup d’investisseurs cherchent du revenu régulier, ce type de rendement est un aimant. Et il pose une réalité : Sonatel continue d’être perçue comme une valeur de rendement, mais aussi comme une valeur d’infrastructure.

Ce que la BRVM retient : la résilience rentable

Au fond, Sonatel signe en 2025 une performance à trois étages : croissance, rentabilité, cash. Le groupe franchit un cap symbolique sur le chiffre d’affaires, confirme une rentabilité exceptionnelle malgré une fiscalité en hausse, et conserve une capacité de distribution qui maintient son attractivité boursière.

Dans un environnement où l’énergie est incertaine, où la réglementation se durcit, et où la fiscalité pèse, l’histoire que raconte Sonatel est celle d’une entreprise qui ne dépend plus du contexte pour performer : elle dépend d’un actif plus puissant que tout le reste… l’usage.

Patrick Tchounjo

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