Burkina Faso : la CPB devient Champy Meso Finance (2,3 milliards FCFA) et mise sur Charlotte Semdé pour changer d’échelle

Dans l’écosystème financier burkinabè, certaines transformations ne relèvent pas d’un simple changement de nom. Elles ressemblent à un changement de catégorie. La Caisse des producteurs du Burkina (CPB-SA) vient ainsi de se muer en Champy Meso Finance SA, une mutation portée par Champy International et présentée comme un repositionnement stratégique : construire un acteur plus robuste, mieux capitalisé, capable de financer davantage les PME, les producteurs et les particuliers, là où l’économie réelle réclame du crédit, de la proximité et de la rapidité de décision.
Le tournant est d’abord chiffré. Et il frappe. L’institution annonce une recapitalisation spectaculaire, faisant passer son capital social de 88 millions FCFA à 2,293 milliards FCFA. Cette montée en puissance, rendue possible par l’entrée de nouveaux investisseurs, notamment Champy Holding Finances SA, vise à donner à l’établissement des moyens cohérents avec ses ambitions : prêter plus, structurer mieux, absorber davantage de risque, et peser plus lourd dans le financement de segments souvent sous-servis par la banque classique. Dans un marché où la contrainte de capital est souvent la frontière invisible entre “petit guichet” et “vrai financeur”, ce saut n’est pas anodin : il change la capacité d’intervention, la crédibilité, et la marge de manœuvre.
Au-delà des fonds propres, la transformation vise aussi un repositionnement opérationnel. Le programme affiché prévoit d’accroître les capacités de financement au bénéfice des petites et moyennes entreprises, considérées comme un moteur essentiel de l’économie nationale, tout en renforçant l’accès au crédit pour les producteurs et les particuliers. Avec cette nouvelle identité, Champy Meso Finance dit vouloir contribuer au renforcement du système financier décentralisé, levier central du financement de l’économie réelle au Burkina Faso, en misant sur des solutions mieux adaptées aux réalités locales, notamment via la digitalisation des services.
𝗖𝗵𝗮𝗿𝗹𝗼𝘁𝘁𝗲 𝗦𝗘𝗠𝗗𝗘, la nouvelle Directrice Générale pour impulser une nouvelle dynamique
Dans cette phase de transformation, la gouvernance change de tempo. 𝗖𝗵𝗮𝗿𝗹𝗼𝘁𝘁𝗲 𝗦𝗘𝗠𝗗𝗘 épouse 𝗟𝗢𝗠𝗣𝗢 est la nouvelle Directrice Générale de 𝗖𝗛𝗔𝗠𝗣𝗬 𝗠𝗘𝗦𝗢 𝗙𝗜𝗡𝗔𝗡𝗖𝗘, filiale de 𝗖𝗛𝗔𝗠𝗣𝗬 𝗛𝗢𝗟𝗗𝗜𝗡𝗚 𝗙𝗜𝗡𝗔𝗡𝗖𝗘𝗦 (Groupe Champy International). Sa nomination a été actée par le Conseil d’administration en septembre 2025, et elle occupe officiellement le poste de Directrice générale depuis décembre 2025. Avant cette promotion, elle était Directrice générale adjointe de la CPB, ce qui donne à cette transition un marqueur fort : la nouvelle dirigeante arrive avec une connaissance intime de la maison, de ses processus et de son terrain.
Sur le plan professionnel, la Directrice Générale totalise une douzaine d’années d’expérience dans la banque et la mésofinance au Burkina Faso. Avant de rejoindre l’institution devenue Champy Meso Finance, elle s’est fait connaître entre 2014 et 2023 en occupant de hautes responsabilités, notamment au pôle Exploitation de Coris Meso Finance et de Bank of Africa Burkina Faso. Son leadership est présenté comme reposant sur la rigueur, la polyvalence et une vision stratégique orientée vers l’innovation et l’impact durable, une combinaison particulièrement attendue dans une institution engagée dans une phase d’expansion.
Son parcours académique renforce ce profil hybride. Diplômée d’un Master en marketing et intelligence des affaires, elle a complété sa formation par des modules spécialisés en finance d’entreprise, évaluation de projets et finance climatique appliquée au secteur bancaire. Un marqueur qui compte dans un pays où l’agriculture et les chaînes de valeur productives sont exposées aux chocs climatiques, et où la capacité à structurer des financements résilients devient un avantage autant économique que prudentiel.
Avec une identité renouvelée, des ressources consolidées et une direction alignée sur la croissance, Champy Meso Finance affiche l’ambition d’élargir l’accès au financement, de soutenir la création d’entreprises et de renforcer l’inclusion financière. Pour Charlotte Lompo/Semdé, le défi est clair : faire passer l’institution d’un changement de statut à un changement de performance, en prouvant que la nouvelle puissance de capital se traduira rapidement sur le terrain, dans les dossiers financés, la qualité de service et l’impact sur l’économie réelle.
Patrick Tchounjo



