Centrafrique : Ecobank obtient 5,8 millions $ de garantie de la BAD

Ecobank Centrafrique, dirigée par Félix Landry Ndjoumé, bénéficie d’une facilité de garantie de transaction de 5 millions d’euros, soit environ 5,8 millions de dollars, accordée par la Banque africaine de développement. Ce mécanisme vise à sécuriser les lettres de crédit et les garanties bancaires afin de faciliter les échanges commerciaux des entreprises centrafricaines, dans un pays où le taux de bancarisation reste limité à 7 %.
En République centrafricaine, le financement du commerce reste un enjeu stratégique. Pour les entreprises qui importent, exportent ou cherchent à sécuriser leurs transactions internationales, l’accès aux instruments bancaires classiques demeure souvent difficile. Lettres de crédit, garanties bancaires, confirmation de paiement : ces outils sont indispensables pour commercer avec des partenaires étrangers, mais ils restent encore peu accessibles dans un marché financier étroit.
C’est dans ce contexte qu’Ecobank Centrafrique a conclu, le mercredi 29 avril, une convention avec la Banque africaine de développement portant sur une facilité de garantie de transaction de 5 millions d’euros, équivalente à environ 5,8 millions de dollars.
L’objectif est clair : réduire le risque associé aux opérations de commerce international et permettre aux entreprises centrafricaines de mieux accéder aux financements nécessaires à leurs échanges.
Un mécanisme pour sécuriser les transactions commerciales
À travers cette facilité, la BAD met à disposition d’Ecobank une ligne de garantie destinée à couvrir plusieurs instruments financiers, notamment les lettres de crédit et les garanties bancaires.
Dans le commerce international, ces instruments jouent un rôle essentiel. Ils rassurent les fournisseurs, sécurisent les paiements et facilitent les relations entre entreprises locales et partenaires étrangers. Pour une économie comme la Centrafrique, où les chaînes d’approvisionnement restent vulnérables, leur disponibilité peut améliorer la fluidité des échanges.
Le mécanisme doit permettre de réduire le risque perçu par les banques partenaires, notamment celles qui confirment les lettres de crédit émises par Ecobank. En limitant le risque de non-paiement, la BAD renforce la capacité d’Ecobank à accompagner les entreprises engagées dans les échanges internationaux.
Un appui aux PME et aux importations essentielles
La facilité vise également à faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises aux financements liés au commerce extérieur.
Pour les PME centrafricaines, l’enjeu est décisif. Le manque de garanties, la faible bancarisation, l’informalité et le coût du risque limitent souvent leur capacité à importer des équipements, financer des stocks ou développer des activités productives.
Ce dispositif devrait soutenir les importations de produits de première nécessité et d’équipements destinés aux activités de production. Il peut donc contribuer à renforcer les chaînes d’approvisionnement locales, améliorer la disponibilité de certains biens et soutenir l’activité économique.
Une continuité avec l’appui approuvé en 2024
Cette convention s’inscrit dans le prolongement d’une approbation de la BAD en octobre 2024 pour une facilité de même montant en faveur d’Ecobank Centrafrique.
Le dispositif prévoyait alors une couverture pouvant atteindre 100 % du risque de non-paiement supporté par les banques confirmatrices lors de la validation des lettres de crédit émises par Ecobank.
Les secteurs ciblés incluaient notamment les télécommunications, l’agro-industrie et l’industrie manufacturière. Ces domaines sont stratégiques pour une économie centrafricaine qui cherche à renforcer ses capacités productives et à mieux connecter ses entreprises aux circuits commerciaux régionaux et internationaux.
Un secteur bancaire encore peu profond
La portée de l’accord se comprend aussi à la lumière de la faible inclusion financière du pays.
Lors des Bangui Financial Days de décembre 2025, Félix Landry Ndjoumé, Directeur général d’Ecobank Centrafrique et président de l’Association professionnelle des établissements de crédit de Centrafrique, rappelait que le taux de bancarisation du pays s’établit à seulement 7 %.
Dans le même temps, environ 70 % de la population évolue encore dans le secteur informel. Cette situation limite la capacité du système bancaire à financer l’économie réelle, capter l’épargne, structurer le crédit et accompagner les entreprises dans leur croissance.
Dans un tel environnement, une garantie de la BAD ne règle pas tous les défis. Mais elle peut jouer un rôle de levier. Elle réduit une partie du risque, renforce la crédibilité des transactions et permet à Ecobank d’élargir son accompagnement des entreprises.
Ecobank au cœur d’un enjeu de financement du commerce
Pour Ecobank Centrafrique, cette facilité de garantie renforce son rôle dans le financement du commerce.
La banque peut désormais mieux soutenir les entreprises qui ont besoin de sécuriser leurs importations, négocier avec des fournisseurs étrangers ou accéder à des instruments bancaires reconnus dans les transactions internationales.
Ce type de mécanisme est particulièrement important dans les économies où le risque pays, la faiblesse du système financier et l’informalité peuvent freiner les échanges. En s’appuyant sur la garantie de la BAD, Ecobank dispose d’un outil supplémentaire pour réduire les blocages qui pèsent sur les entreprises locales.
Un signal pour l’économie centrafricaine
L’accord entre Ecobank Centrafrique et la BAD envoie un signal important : le financement du commerce peut devenir un canal de soutien à l’économie réelle.
En sécurisant les lettres de crédit et les garanties bancaires, le dispositif peut contribuer à fluidifier les importations, renforcer les chaînes d’approvisionnement, accompagner les PME et soutenir les secteurs productifs.
Dans un pays où la bancarisation reste faible et où l’informel domine encore largement, l’enjeu dépasse la seule technique bancaire. Il s’agit de créer des passerelles entre les entreprises, les banques et les partenaires internationaux.
Patrick Tchounjo



