Constant N’zi prend la main à l’African Guarantee Fund : la “machine à confiance” des PME africaines entre en phase de transition

Dans la finance africaine, les départs qui comptent ne sont pas toujours ceux qui font le plus de bruit. Parfois, ils touchent à l’infrastructure invisible du crédit : ces institutions qui ne prêtent pas directement, mais qui rendent le prêt possible. Le départ de Jules Ngankam de la direction générale de l’African Guarantee Fund (AGF) appartient à cette catégorie. Et le nom du successeur par intérim en dit long sur la suite : Constant N’zi.
Selon Financial Afrik, Constant N’zi assure l’intérim après le départ de Jules Ngankam (quittant ses fonctions le 30 janvier 2026). Dans l’organigramme, ce n’est pas un inconnu parachuté : c’est au contraire un homme du cœur du système, présenté comme Deputy Group CEO & Group Chief Risk Officer.
Pourquoi ce passage de relais pèse plus qu’une nomination classique
Diriger un fonds de garantie, c’est tenir une ligne de crête. D’un côté, la mission de développement : inclure davantage d’entreprises, soutenir l’emploi, épaissir le tissu productif. De l’autre, la discipline financière : préserver la solidité, tenir les standards, rester crédible pour les partenaires et les marchés. Dans une transition de leadership, la question n’est donc pas seulement “qui prend la main ?”, mais “avec quel tempo, quelle méthode, quelle doctrine de risque ?”.
C’est là que Constant N’zi devient un choix hautement lisible : un profil de structure, de maîtrise, et de cadre.
Constant N’zi : un parcours “risque” taillé pour la continuité… et l’exigence
Constant a plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des services financiers et de la banque d’investissement. Il cumule une vaste expérience en Afrique et en Europe. Avant de rejoindre AGF, Constant travaillait pour Natixis Paris en tant que consultant en gestion des risques. Il a ensuite travaillé pour diverses sociétés, notamment le groupe BPCE, Lyxor Asset Management et la Société Générale, au sein de la direction des risques.
Ce parcours raconte une chose : la familiarité avec les environnements où le risque est codifié, mesuré, stress-testé. Et pour un fonds de garantie, c’est un avantage compétitif. Parce qu’une institution de ce type n’a pas droit aux erreurs “émotionnelles” : elle doit garantir, oui, mais garantir proprement.
Mais son profil ne s’arrête pas à la banque.
Il a également une expérience entrepreneuriale après avoir fondé et dirigé Sunze Technologie, une société opérant dans les domaines de l’énergie solaire et de l’efficacité énergétique.
Ce détour par l’entrepreneuriat vaut plus qu’une ligne : il donne une compréhension concrète de ce que vivent les entreprises qu’un mécanisme comme AGF veut servir. Les projets, le terrain, les contraintes d’exécution, les cycles de cash, la réalité opérationnelle. Dans la finance du développement, ce pont entre la salle des risques et le terrain est précieux.
Enfin, la dimension identitaire et académique complète la lecture.
Constant est un Binational franco-Ivoirien. Il est titulaire d’une maîtrise en administration des affaires avec une spécialisation en finance de l’ESSEC Business School en France et d’une maîtrise en statistique et économie de l’ENSEA (École de statistique et d’économie) à Abidjan (Côte d’Ivoire).
Statistique et finance : c’est exactement la combinaison qu’on attend d’un dirigeant capable de tenir la ligne entre inclusion et solidité.
Le vrai enjeu : préserver la crédibilité “AA-” et garder la vitesse d’impact
Un fonds de garantie vit sur la confiance. Et AGF a un marqueur lourd : Fitch a affirmé sa note de solidité financière AA-, avec une perspective stable (réaffirmations en 2024 et 2025).
Cette note, ce n’est pas une médaille. C’est une clé. Elle conditionne la perception des partenaires, le coût du risque, la capacité à signer des accords et à déployer des garanties de façon plus massive.
Mais il y a un deuxième enjeu, tout aussi concret : la vitesse. Dans l’économie réelle, une PME ne vit pas au rythme des comités. Elle vit au rythme de son cash. Si l’institution “se fige” pendant la transition, le crédit se refroidit. La mission de l’intérim, c’est donc de prouver une chose : continuité de gouvernance, sans perte de tempo.
Ce qu’il faut retenir
Avec Constant N’zi, l’AGF confie sa transition à un dirigeant dont l’ADN est la maîtrise : plus de 20 ans dans les services financiers, une trajectoire construite dans les directions des risques, et une expérience entrepreneuriale qui reconnecte la finance au réel. L’enjeu, maintenant, est simple et brutal : prouver que la “machine à confiance” continue de tourner, sans perdre son tempo — parce que derrière la garantie, il y a des PME, des emplois, et une partie de la croissance africaine qui dépend de cette fluidité.
Patrick Tchounjo



