Croissance des banques panafricaines : consolidation et quête de taille critique

Le paysage bancaire africain entre dans une nouvelle phase de transformation. Portées par une dynamique régionale et la recherche de taille critique, les grandes banques panafricaines renforcent leur empreinte en Afrique francophone. BGFIBank, Orabank, Ecobank, Attijariwafa Bank et Banque Centrale Populaire (BCP) mènent la danse, en multipliant les implantations et en misant sur des opérations de fusion-acquisition ciblées.
Cette stratégie de consolidation répond à plusieurs impératifs. D’abord, la nécessité d’absorber les coûts croissants liés à la digitalisation, à la conformité réglementaire et à la cybersécurité. Ensuite, la volonté de rivaliser avec des acteurs mondiaux capables de mobiliser des capitaux à grande échelle. Enfin, l’exigence de rentabilité dans un environnement marqué par la pression inflationniste et l’augmentation du coût du risque.
L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, où la bancarisation reste inférieure à 25 % en moyenne, constituent des terrains de croissance privilégiés. Les banques panafricaines y déploient une offre intégrée : crédits aux PME, financement des infrastructures, solutions de paiement mobile et services digitaux adaptés aux marchés émergents. Cette expansion s’appuie également sur des synergies intra-régionales, permettant de mutualiser les ressources et de mieux gérer les risques.
Le mouvement de consolidation s’accélère. En 2022, BCP a finalisé l’intégration de nouvelles filiales en Afrique subsaharienne, tandis qu’Attijariwafa Bank poursuit sa stratégie de conquête francophone après avoir renforcé ses positions en Côte d’Ivoire et au Sénégal. De son côté, BGFIBank revendique une présence dans une vingtaine de pays, s’imposant comme l’un des groupes les plus influents du continent. Orabank, plus discret, s’appuie sur son ancrage dans l’UEMOA pour élargir progressivement son portefeuille.
Cette montée en puissance n’est pas sans défis. Les régulateurs régionaux veillent à limiter les risques systémiques liés à la concentration du secteur. Les banques doivent également relever le défi de la gouvernance et de l’harmonisation de leurs pratiques dans des environnements réglementaires hétérogènes. La rentabilité reste fragile : selon plusieurs analystes, seuls les groupes capables de combiner taille critique et innovation parviendront à dégager des marges durables.
À terme, la consolidation bancaire pourrait redessiner les équilibres du secteur financier africain. Les banques panafricaines les mieux positionnées pourraient non seulement dominer le marché régional, mais aussi s’imposer comme des interlocuteurs crédibles face aux investisseurs internationaux. Leur succès dépendra toutefois de leur capacité à conjuguer croissance externe et création de valeur, dans un contexte où la confiance et la résilience restent les maîtres-mots.
Patrick Tchounjo



