Dangote Cement et Sinoma signent un deal d’un milliard de dollars pour construire 12 nouvelles usines à travers l’Afrique

Quand Dangote Cement annonce un nouveau chantier, l’Afrique des infrastructures tend l’oreille. Le géant africain du ciment, Dangote Cement Plc, vient de signer à Lagos un accord estimé à plus d’un milliard de dollars avec le groupe chinois Sinoma International Engineering pour construire douze nouvelles cimenteries et étendre plusieurs installations existantes à travers le continent. L’information, révélée après la signature d’un protocole d’accord (MoU), marque une nouvelle étape dans la stratégie de croissance continentale du groupe.
Derrière ce “deal”, il y a une réalité très concrète : le ciment n’est pas seulement un produit industriel. C’est l’un des thermomètres de l’urbanisation, de la construction et de la capacité d’un continent à bâtir ses routes, ses ports, ses logements et ses zones industrielles. Quand l’offre s’élargit à cette échelle, c’est toute la chaîne de valeur des infrastructures qui bouge.
Une ambition chiffrée : 80 millions de tonnes par an d’ici 2030
Aliko Dangote, président-directeur général de Dangote Industries Limited, présente ces investissements comme un levier central pour atteindre une capacité de production annuelle de 80 millions de tonnes d’ici 2030. Le projet s’aligne aussi sur la Vision 2030 du groupe Dangote, qui ambitionne de porter le chiffre d’affaires global du conglomérat à 100 milliards de dollars.
Dit autrement : ce contrat n’est pas un simple “plus” industriel. C’est une pièce du plan de domination régionale par la capacité, la densité d’implantation et l’efficacité opérationnelle.
Ce que Sinoma vient faire : greenfield, extensions et modernisation
L’accord prévoit l’intervention de Sinoma sur trois fronts : la construction de nouvelles centrales intégrées, l’extension de sites existants (brownfield) et des programmes de modernisation destinés à améliorer la performance opérationnelle sur plusieurs marchés stratégiques.
Et c’est là que la lecture devient intéressante : Dangote Cement ne cherche pas uniquement à “ajouter des usines”. Le groupe veut optimiser l’utilisation de ses actifs, gagner en rendement industriel, renforcer ses exportations et verrouiller ses positions sur les marchés clés.
Une carte des chantiers qui couvre le continent
Le plan d’expansion annoncé balaye large, avec une liste de sites qui donne la mesure de l’offensive.
Au Nigeria, plusieurs projets sont évoqués à Itori, Apapa, Lekki, Port Harcourt, Onne, ainsi que dans le nord du pays, incluant une unité satellite de broyage. En Éthiopie, une nouvelle ligne de production doit accompagner une demande locale en croissance. D’autres investissements sont programmés en Zambie, Zimbabwe, Tanzanie, Sierra Leone et au Cameroun.
Pour les marchés africains, la conséquence est simple : plus de capacité installée, plus de compétition, et une pression accrue sur l’exécution (coûts logistiques, énergie, disponibilité du clinker, performance des unités).
Au-delà du béton : un sujet de financement et de souveraineté industrielle
Ce genre de programme industriel massif se lit aussi avec des lunettes financières. Douze nouvelles cimenteries et des extensions impliquent des besoins élevés en équipements, en logistique, en énergie, en supply chain et en services. Pour les économies hôtes, cela ouvre généralement un terrain large : contrats locaux, emplois, transport, sous-traitance, mais aussi structuration financière autour des projets, des flux et des investissements de long terme.
Dans une Afrique en urbanisation rapide, ces investissements devraient également soutenir le développement des infrastructures, à un moment où les besoins en matériaux de construction restent en forte hausse. C’est précisément ce qui rend l’annonce “virale” : elle touche à la fois l’industrie, la construction, les politiques d’infrastructures… et la capacité du continent à produire localement ce qu’il consomme.
Patrick Tchounjo

