Portraits

Daniel Touré, l’homme qui veut redessiner la banque en Afrique de l’ouest

À Abidjan, les banques se ressemblent souvent sur le papier. Elles parlent toutes de proximité, de digital, de financement des PME. Ce qui les différencie vraiment, ce sont les dirigeants capables d’exécuter, de transformer un réseau, d’absorber une acquisition, de réconcilier la rentabilité et la confiance. Depuis septembre 2024, Daniel Touré tient ce rôle à la tête d’AFG Bank Côte d’Ivoire, dans une phase où l’institution doit consolider l’héritage BPCI et imposer une nouvelle cadence sur un marché très concurrentiel.

Du campus d’Abidjan aux standards HEC, une formation calibrée pour diriger

Le parcours académique de Daniel Touré raconte déjà une méthode. Il passe par l’ESCA (École Supérieure de Commerce d’Abidjan), où il suit une formation d’ingénieur commercial entre 1992 et 1997.
Plus tard, il ajoute un Executive MBA à HEC Paris obtenu en 2015, une brique devenue classique chez les dirigeants bancaires qui naviguent entre exigences locales et standards de gouvernance internationaux.
Sa biographie institutionnelle mentionne aussi un diplôme professionnel à l’Institut des Arts et Métiers de Paris, ce qui complète un profil orienté exécution et management.

Une carrière bâtie sur les portefeuilles qui comptent

Dans la banque, on ne devient pas patron par hasard. On le devient après avoir appris le risque, la relation client, la discipline commerciale, puis la capacité à tenir la trajectoire quand l’environnement se durcit. Daniel Touré démarre à Société Générale Côte d’Ivoire en 1997 comme analyste financier, il y passera près de 4 ans. En 2001, il rejoint la banque panafricaine Ecobank Côte d’ivoire où il passera 2 ans comme gestionnaire de compte PME et 2 autres années comme chef d’agence Ecobank San Pedro avant d’être enrôlé en 2006 par CITI Bank comme Senior Relationship manager. puis évolue vers la gestion de comptes grandes entreprises, un segment où la banque apprend vite ce que signifie la précision.
Un univers où l’on parle cash management, lignes de crédit, exigences de reporting et standards groupe.

Une trajectoire multi-pays, une seule obsession : l’exécution

La suite de sa trajectoire bascule vers la gestion régionale.Daniel Touré passera au total 6 années chez CITI Bank Côte d’ivoire, fort de ses expériences, le banquier dépose ses valises au Togo en 2012 comme directeur général adjoint de la banque Atlantique, mais il y passera seulement que six mois avant de rejoindre la filiale béninoise de la même banque au même poste de directeur général adjoint. Du Benin, logiquement en 2015 Daniel Touré est porté à la tête de la banque Atlantique Cameroun.

Avant sa récente nomination, Daniel Touré dirigeait la franchise gabonaise d’AFG Bank (ex-BICIG) depuis le début de l’année 2024. Il avait auparavant occupé des fonctions similaires au Mali, à la tête de l’AFG Bank Mali (ex-BICIM), après l’acquisition de cette entité par AFG en 2020. Son retour en Côte d’Ivoire marque une nouvelle étape de son leadership dans l’un des groupes bancaires les plus influents de la région.

C’est là qu’un chiffre résume la densité du parcours. Le groupe le présente comme un professionnel avec plus de 27 années d’expérience dans la banque.

Septembre 2024, Daniel Touré prend les commandes à Abidjan

Quand Daniel Touré arrive à la tête d’AFG Bank Côte d’Ivoire en septembre 2024, la banque n’est pas en phase de lancement, elle est en phase d’intégration et de changement d’échelle.
Le comité de direction publié par la banque mentionne un directeur général adjoint, Zodjé Koné, ce qui traduit une logique d’exécution en binôme à un moment où l’organisation doit absorber, stabiliser, et accélérer.

Le nerf de la guerre, c’est l’héritage de la BPCI. AFG Bank CI s’appuie sur un réseau annoncé de 78 agences et une base de 370 000 clients actifs, issus de la reprise des activités bancaires de la BPCI, un avantage rare dans un marché où grandir “organique” prend du temps.

Quand les chiffres parlent, la banque s’impose

La transformation se lit aussi dans le capital. Une annonce légale indique que l’apport partiel d’actif des activités bancaires de la BPCI a été évalué à 35 626 200 000 FCFA, et que l’opération a porté le capital d’AFG Bank CI de 25 000 000 000 FCFA à 60 626 200 000 FCFA.

Pour une banque, ces chiffres ne sont pas décoratifs. Ils servent à soutenir la croissance du bilan, à sécuriser certains ratios, et à donner de la profondeur dans la bataille des crédits et de la collecte.

Le style Touré, exécuter sans bruit, livrer avec méthode

Le fil conducteur de Daniel Touré est cohérent. Une carrière qui commence dans les grandes entreprises, passe par les PME, se muscle dans une banque internationale, puis s’élargit sur plusieurs marchés, finit par produire un dirigeant orienté. Un choix stratégique du groupe pour accélérer sur un marché ivoirien plus compétitif, précisément parce qu’il connaît déjà la “maison” après ses expériences au sein du périmètre AFG et Banque Atlantique.

À Abidjan, la feuille de route est claire, même si elle n’est pas écrite en slogans. Stabiliser l’intégration, convertir la clientèle aux usages digitaux, transformer un réseau en moteur de dépôts et de crédits, et prouver que l’échelle héritée peut devenir de la rentabilité.

Patrick Tchounjo

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