Égypte : l’IFC met 150 M$ sur la table, la finance verte passe à l’échelle

Ce n’est pas un simple financement de plus. C’est un signal de marché. En Égypte, la Société financière internationale (IFC), bras d’investissement du Groupe Banque mondiale, vient de signer un engagement de 150 millions USD avec Banque Misr pour accélérer le financement vert à grande échelle. L’objectif est explicite : transformer les priorités climatiques en crédits qui se déploient vraiment, sur des segments à fort impact comme l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les transports durables et les bâtiments écologiques. Dans ce paquet, un détail n’en est pas un : 20% des prêts sont réservés aux PME détenues par des femmes, une manière d’arrimer la transition verte à l’inclusion économique.
Derrière la communication, la logique est bancaire : la finance verte ne “prend” pas si elle reste cantonnée à quelques projets vitrines. Elle doit devenir une ligne de production dans les bilans, avec des critères, des outils de suivi, et une capacité à absorber des volumes.

Banque Misr–IFC : la finance verte passe du discours à la chaîne de crédit
Le partenariat avec Banque Misr n’est pas présenté comme une opération isolée, mais comme un accélérateur de portefeuille. L’IFC parle d’un projet destiné à mettre à l’échelle la finance verte dans le pays, en ciblant plusieurs familles d’actifs climatiques et d’infrastructures durables.
Une autre lecture, très “marché”, se dessine : quand une institution comme l’IFC prend une exposition de cette taille, elle fait aussi passer un message aux autres investisseurs et bailleurs. Le risque est mieux cartographié, l’instrumentation est en place, et l’on peut financer plus vite. C’est exactement le type de dynamique qui rend un segment “investissable” à grande échelle.
Cinq signatures, une même stratégie : multiplier les leviers, pas les annonces
L’actualité ne s’arrête pas à Banque Misr. En parallèle, l’IFC annonce quatre autres projets en Égypte, chacun attaquant un maillon stratégique de l’économie réelle.
Elle investit 30 millions USD dans GlobalCorp Group, une plateforme NBFI, pour étendre la location (leasing) et l’affacturage (factoring) au bénéfice des micro, petites et moyennes entreprises, avec une architecture qui marque un tournant de marché : l’opération inclut la première titrisation en monnaie locale de l’IFC en Égypte, et est présentée comme la première participation d’une institution financière de développement dans une titrisation de leasing dans le pays.
Elle investit 15 millions USD dans GMED Holding (EGMED) pour renforcer l’accès aux soins via une hausse de capacité et la disponibilité d’équipements et produits médicaux, avec une portée annoncée allant au-delà de l’Égypte vers l’Afrique de l’Est.
Elle investit également 13 millions USD dans Breadfast, une plateforme supply chain, afin d’améliorer la logistique et soutenir la sécurité alimentaire par des infrastructures de distribution plus avancées.
Enfin, l’IFC met en place un programme de conseil avec Export Development Bank of Egypt pour renforcer le suivi et la traçabilité des transactions vertes dans le cadre du programme Egypt30by30, un point crucial car la finance verte a besoin de reporting crédible pour convaincre les investisseurs, surtout ceux qui allouent selon des critères ESG.
Le détail qui change tout : mesurer, tracer, prouver
On parle beaucoup de “finance durable”. Mais le marché, lui, ne finance pas une intention. Il finance une capacité à identifier, qualifier et mesurer. Le programme de conseil autour du suivi des transactions vertes est donc un levier stratégique : il crée les conditions d’un pipeline robuste et d’une crédibilité de reporting, indispensable pour attirer des capitaux plus larges, y compris privés.
Pourquoi cette séquence est intéressante pour l’Afrique francophone
Même si l’opération concerne l’Égypte, la leçon est transposable pour nos marchés en Afrique francophone : la transition verte n’avance pas seulement avec des déclarations. Elle avance quand les banques disposent d’un financement long, de lignes dédiées, d’outils de suivi et d’un cadre qui rend les projets “bancables”. Le mix choisi par l’IFC est révélateur : climat, PME, inclusion genre, marchés de capitaux, santé, sécurité alimentaire. C’est la recette d’un développement qui n’isole pas le “vert” dans une case, mais le met au cœur de l’économie réelle.
Une trajectoire déjà lourde : 10 milliards USD mobilisés, 27 millions USD de conseil
L’IFC rappelle qu’en Égypte, elle a investi et mobilisé près de 10 milliards USD depuis le début de ses opérations, et qu’elle dispose d’un portefeuille de conseil de 27 millions USD pour accompagner la transition vers une économie verte, le développement des PME, et l’inclusion financière et de genre.
Dans les faits, ces chiffres disent une chose : l’IFC ne veut pas seulement financer des projets, elle veut financer des marchés. Et quand elle associe un gros ticket (150 millions USD) à des outils d’ingénierie (titrisation locale, reporting climat), elle construit un environnement où la finance durable devient enfin… une finance tout court.
Patrick Tchounjo



