Enko Education sécurise 25,5 milliards FCFA pour accélérer l’expansion de ses écoles internationales en Afrique

Un signal fort pour le financement de l’éducation en Afrique
Le financement de l’éducation privée change clairement de dimension en Afrique subsaharienne. Enko Education, branche éducation du gestionnaire d’actifs Enko Capital cofondé par les financiers camerounais Alain et Cyrille Nkontchou, a annoncé le 17 février 2026 le bouclage d’une levée de fonds de 46 millions de dollars, soit environ 25,5 milliards FCFA au cours actuel.
Au-delà du montant, c’est la nature de l’opération qui retient l’attention. Le tour de table inclut un prêt de 22 millions de dollars, environ 12,2 milliards FCFA, accordé par Standard Bank, la banque sud-africaine. L’objectif affiché est clair : accélérer l’extension du réseau d’écoles internationales d’Enko Education en Afrique subsaharienne et soutenir une trajectoire de croissance assumée.
Dans un secteur longtemps porté par des investisseurs à impact et des initiatives isolées, l’arrivée d’un financement bancaire structuré envoie un message puissant. L’éducation privée devient un actif structuré, financé, piloté avec des exigences de performance et de gouvernance comparables à celles d’autres industries.
Quand la banque entre dans la salle de classe
Dans l’écosystème africain, l’éducation privée primaire et secondaire a surtout levé des fonds auprès d’investisseurs de long terme sensibles à l’impact social. La présence d’une grande banque comme Standard Bank, via une facilité de dette significative, marque une étape supplémentaire.
Ce recours à la dette traduit une maturité financière. Il signifie qu’Enko Education estime disposer d’un modèle capable de générer des flux suffisamment prévisibles pour supporter un financement bancaire. Il ouvre également la voie à une expansion plus rapide, notamment par l’acquisition et l’intégration d’établissements existants dans une logique de consolidation.
L’école, dans cette configuration, n’est plus seulement une mission éducative. Elle devient aussi une plateforme de croissance, avec des impératifs de rentabilité, de reporting et de discipline financière.
Une ambition affichée : 20 000 élèves d’ici 2029
Enko Education ne cache pas ses ambitions. Le groupe vise à tripler le nombre d’élèves pour atteindre 20 000 apprenants à l’horizon 2029. La croissance envisagée est donc à la fois organique et externe, appuyée par des moyens financiers renforcés.
Cyrille Nkontchou présente Enko comme un partenaire pour les propriétaires d’écoles souhaitant transmettre leur établissement tout en préservant leur vision. Selon lui, le groupe apporte les ressources nécessaires pour permettre aux écoles de franchir un nouveau palier en matière d’infrastructures, de standards académiques et de gouvernance.
La promesse repose sur un équilibre délicat : respecter l’héritage local tout en intégrant les établissements dans un réseau panafricain structuré.

Seize écoles, dix pays, une stratégie panafricaine
À ce jour, Enko Education revendique 16 écoles implantées dans 10 pays d’Afrique subsaharienne, notamment au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso, au Togo, en Zambie, au Botswana, au Mozambique et en Afrique du Sud. Au Cameroun, le réseau cite le complexe scolaire La Gaité de Yaoundé.
Cette implantation multi-pays n’est pas anodine. Elle traduit une stratégie de diversification géographique permettant d’amortir les risques propres à chaque marché national et de déployer des standards communs à l’échelle régionale. Elle inscrit également Enko Education dans une dynamique panafricaine cohérente avec l’ADN d’Enko Capital.
Un positionnement académique orienté vers l’international
Le cœur de l’offre repose sur un programme qualifié de très sélect, préparant au Baccalauréat international. L’objectif est d’offrir aux élèves africains une passerelle vers les meilleures universités et grandes écoles dans le monde.
Selon le groupe, plus de 80 pour cent des diplômés de son réseau ont intégré plus de 600 universités à travers le monde, parmi lesquelles Sciences Po, l’University of Toronto, l’University of Cape Town et Hong Kong Polytechnic University. Cet argument d’accès à l’enseignement supérieur international constitue un levier d’attractivité fort auprès des classes moyennes et supérieures africaines.
Dans un contexte où les familles arbitrent entre écoles locales, établissements bilingues et institutions internationales, cette promesse de trajectoire académique globale devient un avantage compétitif décisif, tout en alimentant les débats sur l’accessibilité de ces modèles.
Une opération stratégique pour la finance africaine
Cette levée de fonds dépasse le seul cadre éducatif. Elle s’inscrit dans une tendance plus large où des secteurs à fort impact social entrent dans une logique de consolidation et de structuration financière.
De nombreuses écoles privées performantes en Afrique restent des structures familiales, avec une qualité reconnue mais des capacités d’investissement limitées. Le modèle proposé par Enko Education consiste à agréger ces établissements, renforcer leurs standards, harmoniser les processus et accélérer leur développement.
Le recours à la dette bancaire permet d’aller plus vite, mais il impose aussi une discipline accrue. Indicateurs financiers, gestion rigoureuse des flux de trésorerie, gouvernance renforcée deviennent des éléments centraux du pilotage.
En arrière-plan, le rôle d’Enko Capital éclaire cette dynamique. Lorsque des financiers structurent un réseau éducatif, ils importent des méthodes issues de la gestion d’actifs, qu’il s’agisse d’allocation du capital, de mesure de la performance ou de gestion des risques. C’est un changement culturel majeur pour un secteur longtemps perçu comme exclusivement pédagogique.
Les défis à venir
La réussite de cette stratégie dépendra de plusieurs équilibres. L’accélération de la croissance devra s’accompagner d’un maintien exigeant de la qualité académique. Tripler les effectifs en quelques années suppose un contrôle rigoureux du recrutement des enseignants, des contenus pédagogiques et de l’expérience offerte aux élèves et aux parents.
La question de l’accessibilité sera également centrale. Dans un environnement marqué par des inégalités persistantes, le modèle des écoles internationales devra composer avec les attentes en matière d’inclusion et d’opportunités.
Enfin, chaque pays d’implantation possède ses spécificités réglementaires et culturelles. La capacité à adapter le modèle tout en conservant une cohérence de réseau constituera un facteur clé de succès.
Avec 46 millions de dollars mobilisés et une ambition clairement affichée, Enko Education ouvre un nouveau chapitre où l’éducation privée africaine s’inscrit pleinement dans les logiques de financement structuré. Reste à voir si cette montée en puissance réussira à conjuguer performance financière et excellence académique sur la durée.
Patrick Tchounjo



