Financement des PME : GECAM et BAD passent du discours à la feuille de route

Ce lundi 16 février 2026, le GECAM a reçu une délégation de la Banque africaine de développement, conduite par Mohamadou Hayatou, Responsable régional du secteur privé, et Geoffroy Juvencio De Souza, Cadre supérieur d’investissement. La rencontre, présidée par Célestin Tawamba, Président du GECAM, s’est tenue en présence de Aline Valérie Mbono, Directrice exécutive de l’institution faîtière du secteur privé camerounais. Un rendez-vous qui, au-delà du protocole, sonne comme un rappel puissant : au Cameroun, le secteur privé ne réclame pas seulement des annonces, il réclame des mécanismes qui se transforment en solutions tangibles.
Car le vrai sujet n’est plus de savoir s’il faut financer. Il est de savoir comment financer, qui finance, à quelles conditions, et surtout avec quel impact concret sur les PME, les chaînes de valeur et l’emploi.
Le point de friction : des dispositifs qui “existent”, mais qui n’atterrissent pas assez dans l’entreprise
Au cœur des échanges, un diagnostic partagé : les dispositifs actuels peinent à impacter concrètement le secteur privé. C’est une phrase qui résume une réalité largement ressentie par les entrepreneurs : entre les guichets, les critères, les délais, la complexité documentaire et l’écart entre les modèles théoriques et le terrain, l’accès effectif aux financements peut devenir un parcours d’obstacles.
Dans cette discussion, le GECAM met donc le doigt sur l’essentiel : l’efficacité ne se mesure pas au nombre de programmes, mais à la capacité à faire parvenir les ressources au bon endroit, au bon moment, avec des instruments adaptés à la taille et au cycle de vie des entreprises.
PPP : quand l’outil reste loin des investisseurs privés locaux
Deuxième constat, plus sensible : les Partenariats Public-Privé (PPP) restent éloignés des réalités et des attentes des investisseurs privés locaux. Dit autrement : le PPP est souvent pensé pour de grands montages, des tickets élevés, des exigences juridiques et financières lourdes, qui finissent par privilégier des acteurs déjà structurés, parfois extérieurs, au détriment d’un tissu d’investisseurs locaux qui veut participer, mais ne trouve pas toujours une porte d’entrée compatible.
Le message envoyé lors de cette rencontre est clair : si l’on veut des PPP qui fonctionnent, il faut des PPP qui intègrent davantage le privé local, avec des règles lisibles, un partage des risques réaliste, et une ingénierie qui ne décourage pas ceux qui sont censés investir.
Le GECAM pousse une idée simple : de nouveaux paradigmes pour les PME camerounaises
Face à ces limites, le GECAM a appelé à l’émergence de nouveaux paradigmes et de nouvelles propositions adaptées aux besoins des PME. L’expression est forte, parce qu’elle refuse les solutions standards. Elle suggère que le Cameroun a besoin d’instruments plus proches des réalités du terrain : financement inclusif, accompagnement technique, renforcement des compétences, et solutions qui tiennent compte des cycles de trésorerie, de l’informalité partielle, et des contraintes structurelles du marché local.
En toile de fond, une exigence : que la finance du développement devienne une finance d’exécution.
La BAD se repositionne : “mieux cibler les attentes et difficultés réelles”
Du côté de la Banque africaine de développement, Mohamadou Hayatou a réaffirmé la volonté de travailler en étroite collaboration avec le GECAM afin de mieux cibler les attentes et difficultés réelles du secteur privé. C’est un point stratégique : la BAD peut disposer de moyens, d’expertise et de mécanismes, mais sans l’interface qui connaît la réalité des entreprises, l’impact reste limité.
Cette rencontre marque donc une intention : réduire l’écart entre les instruments disponibles et les besoins effectifs, en passant par une méthode plus fine, plus technique, plus orientée résultats.
Trois axes de collaboration validés : compétence, financement inclusif, exécution
À l’issue des échanges, plusieurs pistes d’action ont été validées. D’abord, le renforcement des capacités des entreprises, parce que l’accès au financement ne dépend pas uniquement de l’argent disponible, mais aussi de la capacité des PME à structurer leurs dossiers, gouverner, présenter des projets bancables et gérer la croissance.
Ensuite, l’accès au financement inclusif, un terme qui, dans la pratique, signifie : élargir l’accès, réduire les barrières, mieux adapter les instruments, et traiter la question du “dernier kilomètre” financier, celui où les PME se perdent le plus souvent.
Enfin, la mise en place de sessions de travail techniques sur des projets sélectionnés, avec une feuille de route claire. C’est peut-être le point le plus important : passer du dialogue à l’atelier, puis de l’atelier à l’exécution, projet par projet. C’est précisément ce qui peut faire basculer une relation institutionnelle vers une relation productive.
“Alignés sur la méthode et l’action” : la phrase qui résume l’enjeu
Le GECAM a salué l’écoute et l’engagement de la BAD à faire évoluer ses mécanismes d’intervention. Et la Directrice exécutive, Aline Valérie Mbono, a posé la phrase pivot : « Nous devons être alignés sur la méthode et l’action. »
C’est une formule simple, mais très politique au sens économique : elle signifie que le Cameroun n’a plus besoin de promesses générales. Il a besoin d’une méthode commune et d’une action mesurable, qui produise des financements visibles, des projets qui avancent, et des entreprises qui grandissent.
Pourquoi cette rencontre compte, au-delà du symbole
Parce qu’elle met sur la table une question centrale pour le Cameroun : comment transformer les mécanismes de financement en solutions tangibles pour les entreprises locales, dans un contexte où le secteur privé est censé porter l’investissement, l’emploi et la diversification.
Si les sessions techniques débouchent sur des projets financés, si les axes annoncés produisent une meilleure accessibilité, alors cette rencontre aura été plus qu’un dialogue. Elle aura été un point de bascule : celui d’un partenariat BAD–GECAM qui quitte le registre institutionnel pour entrer dans le registre économique, celui qui se mesure au terrain.
Patrick Tchounjo



