Ghana : GCB Bank ouvre la voie à la finance islamique, un tournant pour l’inclusion

Au Ghana, un signal fort vient de la première banque locale. GCB Bank se prépare à lancer une fenêtre de finance islamique, en discussion avancée avec l’International Islamic Financial Market (IIFM). Derrière cette annonce, il ne s’agit pas d’un simple ajout de produits au catalogue : c’est une recomposition silencieuse du paysage bancaire ghanéen, portée par une idée simple et puissante, élargir l’accès aux services financiers en proposant des alternatives conformes à la charia, dans un secteur déjà engagé dans une diversification accélérée.
Le principe de la “fenêtre” est stratégique : au lieu de créer une nouvelle banque islamique, GCB Bank intègre des services dédiés au sein de son organisation, avec ses propres règles, ses mécanismes de conformité et ses produits spécifiques. Une manière d’aller vite, de tester le marché, et surtout de capter une demande locale encore peu structurée, sans bouleverser l’architecture globale de l’institution.
Une finance sans intérêt, mais pas sans rendement
La finance islamique repose sur une rupture majeure avec le modèle bancaire classique : l’interdiction de l’intérêt. Ici, l’argent ne doit pas “produire de l’argent” par simple facturation d’un taux. À la place, on privilégie des mécanismes de partage des risques, des financements adossés à des actifs réels, et des montages où la création de valeur vient de l’activité économique elle-même. C’est une finance qui assume une promesse : plus de discipline, plus de traçabilité, plus d’éthique, et souvent une perception de “justice” économique plus forte auprès de certains segments de clientèle.
Ce positionnement n’est pas uniquement religieux. La finance islamique attire aussi une clientèle qui cherche des produits participatifs, des solutions jugées plus responsables, ou des instruments compatibles avec une logique de financement “réel”. En Afrique de l’Ouest, cette dynamique a déjà trouvé un terrain d’expression, notamment à travers les sukuk, ces obligations islamiques qui ont permis à plusieurs États d’élargir leur base d’investisseurs et de mobiliser des ressources longues.
Pourquoi l’IIFM change la crédibilité du projet
Dans ce dossier, le partenariat avec l’International Islamic Financial Market (IIFM) n’est pas un détail : c’est un accélérateur de confiance. Selon le président du conseil d’administration de GCB Bank, le professeur Joshua Alabi, l’ambition est de structurer une offre non fondée sur l’intérêt, mais arrimée à des standards internationaux. Cela signifie, concrètement, s’appuyer sur des contrats standardisés, des modèles reconnus, et des référentiels qui sécurisent la conformité tout en rendant les produits lisibles pour des investisseurs et partenaires internationaux.
Autrement dit : GCB Bank ne veut pas improviser. Elle veut industrialiser une offre islamique avec des garde-fous, des formats éprouvés et une capacité d’exécution crédible. Dans un marché où la confiance est la première monnaie, c’est exactement ce qui peut faire la différence entre une annonce et un vrai tournant.
Un marché local à structurer, une demande à capter
Le Ghana n’arrive pas dans un vide. Mais la demande locale pour des produits non fondés sur l’intérêt reste peu structurée. Justement, l’entrée de GCB Bank peut agir comme un effet de levier : quand le leader local bouge, le marché écoute. Parce que l’impact n’est pas uniquement commercial. Il est aussi culturel et institutionnel : proposer une fenêtre islamique, c’est reconnaître qu’il existe des segments de clientèle qui ne se reconnaissent pas pleinement dans l’offre classique, et qu’un système financier mature sait intégrer des logiques différentes sans se fragmenter.
La banque indique que cette fenêtre doit offrir des solutions aux particuliers et aux entreprises qui privilégient des produits éthiques et participatifs, au-delà des schémas traditionnels à intérêt. En clair : élargir la bancarisation, mais aussi diversifier la manière de financer l’économie réelle.
Les autorités monétaires poussent, la banque exécute
Le timing n’est pas neutre. Au Ghana, les autorités monétaires ont récemment affiché leur volonté de développer et encadrer les services bancaires non fondés sur l’intérêt. Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification du système financier. Et c’est précisément dans ces moments-là que les grandes banques ont un rôle clé : transformer une intention de politique publique en produits accessibles, compréhensibles, distribués, et soutenus par des dispositifs internes solides.
Pour GCB Bank, le projet s’inscrit dans une stratégie globale assumée : innovation, création de valeur pour les actionnaires, et contribution au développement économique national. Dit autrement : la banque veut faire de la finance islamique un levier d’inclusion, mais aussi un axe de croissance mesurable.
Ce que révèle ce mouvement : la banque ghanéenne entre dans une nouvelle ère
Le lancement d’une fenêtre islamique par la plus grande banque locale du Ghana raconte une transformation plus profonde : la banque africaine ne veut plus être un modèle unique. Elle devient un écosystème capable d’intégrer plusieurs logiques de financement, plusieurs attentes clients, et plusieurs types de confiance.
Si GCB Bank réussit son pari, elle ne gagnera pas seulement une nouvelle clientèle. Elle pourrait surtout créer un précédent : celui d’une grande banque locale qui prouve qu’on peut diversifier sans diluer, innover sans fragiliser, et élargir l’inclusion financière en s’attaquant à un vrai point aveugle du marché.
Patrick Tchounjo



