Guinée : 500 millions USD de SUKUK pour accélérer les projets structurants

La Guinée explore une nouvelle voie pour financer ses ambitions de transformation économique. À la faveur d’une rencontre exploratoire entre le Cabinet d’intermédiation financière NOMAD AFIIP et le staff de la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, le pays a été saisi d’une proposition de structuration visant à mobiliser 500 millions de dollars de SUKUK, produit phare de la finance islamique. Derrière cette initiative se dessine une perspective stratégique majeure : diversifier les sources de financement de l’État, attirer de nouveaux investisseurs internationaux et soutenir des projets structurants dans les secteurs clés comme les routes, l’énergie et les transports.
Une proposition qui s’inscrit dans un moment favorable pour la Guinée
La démarche portée par le Cabinet Conseil NOMAD AFIIP intervient dans un contexte particulièrement porteur pour la Guinée. Le pays bénéficie d’une notation souveraine B+ avec perspectives positives, un signal important pour les investisseurs à la recherche de destinations jugées crédibles et prometteuses. À cela s’ajoute un environnement macroéconomique présenté comme stable, des indicateurs perçus comme encourageants et des réformes de grande envergure qui renforcent l’attractivité du pays.
C’est précisément sur cette dynamique que s’appuie l’offre de financement proposée. Pour les porteurs du projet, la Guinée attire aujourd’hui par son immense potentiel et rassure par l’amélioration de son cadre économique et institutionnel. À leurs yeux, cette réalité ouvre la voie à des mécanismes de financement innovants, capables de répondre à l’ampleur des besoins liés aux mégaprojets inscrits dans le Programme de développement socio-économique souverain, responsable et inclusif Simandou 2040.

Les SUKUK, un levier innovant pour les ambitions guinéennes
Dans leur présentation technique, les représentants du Cabinet AFIIP ont clairement exposé l’ambition de leur mission. Ils souhaitent accompagner l’État guinéen dans la mobilisation de 500 millions de dollars par le biais des SUKUK, avec pour objectif la création d’un cadre juridique et institutionnel susceptible d’attirer des investisseurs étrangers intéressés par la valorisation du potentiel guinéen.
L’intérêt de ce mécanisme est loin d’être anodin. Les SUKUK, souvent présentés comme des obligations islamiques, constituent un instrument de finance particulièrement recherché dans certains marchés internationaux. Ils permettent aux gouvernements et aux entreprises de diversifier leurs sources de financement, tout en s’adressant à une base d’investisseurs souvent différente de celle des circuits conventionnels. Pour un pays comme la Guinée, cette orientation pourrait ouvrir un corridor financier nouveau, à la croisée de la finance islamique, des capitaux internationaux et des grands chantiers de développement.

Routes, énergie, transports : des secteurs stratégiques dans le viseur
La proposition portée par NOMAD AFIIP ne se limite pas à une simple levée de fonds. Elle vise à canaliser les ressources vers des secteurs à fort impact économique et social. Les routes, l’énergie, les transports et d’autres infrastructures structurantes apparaissent comme les cibles prioritaires de ce schéma de financement.
Ce positionnement est cohérent avec les besoins d’un pays engagé dans une transformation profonde de son économie. Le financement des infrastructures reste l’un des principaux défis des économies africaines, y compris en Afrique francophone, où les besoins sont immenses et les marges budgétaires souvent contraintes. En proposant de mobiliser des investisseurs privés autour d’un véhicule de portage adapté, la Guinée cherche à élargir sa boîte à outils financière, sans se limiter aux instruments classiques de la dette internationale.
Une approche accueillie avec intérêt, mais examinée avec rigueur
Autour de la table, les échanges ont montré que l’intérêt suscité par la proposition s’accompagne d’une exigence de rigueur. Les conseillers et proches collaborateurs de la ministre ont multiplié les observations, commentaires et suggestions sur les éléments déterminants de l’opération. La structuration du financement, les garanties, les maturités, le véhicule de portage ainsi que les avantages comparatifs des SUKUK par rapport aux autres produits disponibles sur le marché financier international ont été au cœur des discussions.
Cette prudence est logique. Un financement innovant ne peut produire tous ses effets que s’il repose sur une architecture juridique et institutionnelle solide. La crédibilité d’une émission de SUKUK dépend en effet de plusieurs paramètres décisifs : la qualité de l’actif ou du projet sous-jacent, la robustesse du cadre réglementaire, la transparence du dispositif de remboursement, ainsi que la confiance des investisseurs dans la gouvernance globale de l’opération.
Mariama Ciré Sylla veut sécuriser l’opportunité
Mme Mariama Ciré Sylla, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, s’est félicitée de la proposition formulée par le Cabinet AFIIP. Pour elle, cette offre intervient dans un contexte marqué par un regain d’intérêt des bailleurs et des investisseurs privés désireux d’accompagner la Guinée dans la transformation en profondeur de son économie.
Mais la ministre ne s’est pas contentée d’un accueil favorable. Très au fait des dossiers d’intermédiation financière, elle a posé des questions jugées stratégiques sur les prérequis indispensables à une émission crédible de SUKUK. Cadre juridique et institutionnel, véhicule porteur, garanties, maturité, modalités de remboursement et soutenabilité de la dette ont été passés au crible.
Son appréciation résume bien l’équilibre recherché par les autorités. D’un côté, les 500 millions de dollars de SUKUK représentent une opportunité stratégique et attractive, capable de renforcer la diversification des sources de financement du pays, de servir de tremplin vers d’autres produits similaires sur les marchés financiers internationaux et d’améliorer la visibilité de la Guinée auprès d’investisseurs spécialisés. De l’autre, cette ambition doit s’adosser à une sécurisation juridique et institutionnelle irréprochable, ainsi qu’à une meilleure clarification des garanties et des modalités d’exécution.
Une diversification financière qui peut changer la donne
Au-delà du montant annoncé, l’intérêt de cette initiative tient à ce qu’elle peut signifier pour l’avenir du financement souverain en Guinée. En se positionnant sur le terrain des SUKUK, le pays ne cherche pas seulement à mobiliser des ressources. Il teste aussi sa capacité à parler un langage financier plus large, à dialoguer avec des investisseurs spécialisés et à se rendre plus visible sur des segments encore peu exploités par de nombreux États africains francophones.
Dans un environnement international où les financements concessionnels se raréfient, où les États doivent arbitrer entre besoins d’investissement et discipline budgétaire, les produits de finance islamique apparaissent de plus en plus comme une alternative crédible. Ils offrent aux États une possibilité de diversification, tout en renforçant leur profil sur les marchés internationaux, à condition que les fondamentaux économiques et institutionnels suivent.
Un marché mondial des SUKUK en pleine expansion
L’intérêt de la Guinée pour les SUKUK s’inscrit d’ailleurs dans une tendance mondiale de fond. Le marché de ces instruments est en forte croissance et a dépassé les 180 milliards de dollars d’émissions en 2024. Il est principalement porté par des pays comme la Malaisie, l’Arabie saoudite et l’Indonésie. Cette progression témoigne d’une montée en puissance continue de la finance islamique dans l’architecture financière internationale.
Accessibles aux investisseurs via des banques participatives ou des fonds d’investissement islamiques, les SUKUK séduisent de plus en plus au-delà de leurs marchés traditionnels. Pour les pays qui savent en structurer l’usage de manière crédible, ils peuvent devenir un outil de souveraineté financière, un accélérateur d’infrastructures et un marqueur de sophistication dans la gestion des ressources de développement.
La Guinée à l’heure d’un choix stratégique
La rencontre entre le Cabinet NOMAD AFIIP et les équipes du ministère de l’Économie, des Finances et du Budget ne constitue encore qu’une phase exploratoire. Mais elle ouvre un débat de fond sur la manière dont la Guinée entend financer sa transformation économique dans les prochaines années.
L’enjeu dépasse largement le simple recours à un produit financier innovant. Il touche à la stratégie de financement du développement, à la crédibilité du pays sur les marchés, à sa capacité à structurer des partenariats public-privé performants et à son aptitude à rassurer des investisseurs exigeants. Si les échanges techniques aboutissent à un montage solide, cette initiative pourrait marquer un tournant dans la manière dont la Guinée mobilise le capital pour ses grands projets structurants.
Dans une Afrique francophone en quête de solutions nouvelles pour financer l’infrastructure, la proposition de 500 millions de dollars de SUKUK faite à la Guinée mérite donc une attention particulière. Car derrière ce produit phare de la finance islamique, c’est peut-être une nouvelle grammaire du financement souverain qui commence à s’écrire à Conakry.
Patrick Tchounjo



