Infinite Capital veut mobiliser 100 millions de dollars pour l’électricité rurale en RDC

En République démocratique du Congo, l’électrification rurale reste l’un des plus grands chantiers du développement. En s’associant à Infinite Capital pour structurer et mobiliser jusqu’à 100 millions de dollars en faveur de projets énergétiques, l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain veut franchir un cap. Derrière ce protocole d’accord signé à Kinshasa, il y a bien plus qu’une promesse de financement : il y a la tentative de bâtir un mécanisme capable d’amener durablement l’électricité là où elle manque encore le plus.
Dans de nombreux pays africains, l’électricité ne relève pas seulement de l’infrastructure. Elle détermine la possibilité même d’un développement local solide, d’une activité économique durable, d’une meilleure santé publique, d’une éducation plus efficace et d’une réduction des inégalités territoriales. En République démocratique du Congo, cette réalité prend une ampleur particulière. Le pays dispose d’un immense potentiel énergétique, mais continue de faire face à une faiblesse persistante de la desserte, surtout dans les zones rurales et périurbaines.
C’est dans ce contexte que l’ANSER et Infinite Capital ont signé, le 30 mars 2026 à Kinshasa, un protocole d’accord destiné à structurer et mobiliser des financements pour des projets d’électrification. L’objectif affiché n’est pas mineur. Selon Théophane Mokoko, associé gérant d’Infinite Capital, ce partenariat pourrait permettre de mobiliser environ 100 millions de dollars pour financer des infrastructures énergétiques à fort impact.
Un partenariat pensé pour transformer les projets en financements réels
Ce qui donne son intérêt à cette annonce, c’est moins le principe d’un partenariat public-privé que la logique qu’il porte. Trop souvent, dans le secteur énergétique africain, le blocage ne se situe pas au niveau des intentions ou même des besoins identifiés. Il se situe dans la capacité à transformer des projets en dossiers finançables, puis des dossiers finançables en capitaux réellement mobilisés.
Le protocole conclu entre l’ANSER et Infinite Capital s’attaque précisément à cette faille. Il porte sur la structuration financière, la promotion et la mobilisation de ressources publiques et privées pour financer des infrastructures d’électrification rurale et périurbaine. En clair, il ne s’agit pas seulement de chercher de l’argent. Il s’agit de rendre les projets suffisamment lisibles, solides et crédibles pour convaincre les investisseurs, les bailleurs et les institutions financières.
Infinite Capital, l’intermédiaire chargé d’ouvrir les portes du financement
Dans le cadre de cet accord, Infinite Capital jouera un rôle central d’intermédiation. La société s’engage à accompagner l’ANSER auprès des investisseurs institutionnels, des fonds d’investissement, des banques de développement et des partenaires techniques et financiers. Elle devra également fournir un appui en ingénierie financière pour structurer les projets et suivre les démarches engagées en vue de mobiliser les ressources.
Ce rôle est décisif. Car dans les infrastructures énergétiques, la différence entre un projet prometteur et un projet financé tient souvent à la qualité de la structuration. Les investisseurs ne financent pas seulement une idée utile. Ils financent un schéma crédible, des flux prévisibles, une gouvernance claire et des mécanismes de remboursement suffisamment robustes.
En ce sens, Infinite Capital n’apparaît pas ici comme un simple conseiller extérieur. La société se positionne comme un assembleur de crédibilité financière, chargé de faire le lien entre des besoins territoriaux concrets et les exigences du capital.
L’ANSER, dépositaire d’un portefeuille à fort potentiel
En face, l’ANSER s’engage à mettre à disposition un portefeuille de projets d’électrification présentant un fort potentiel de financement, ainsi que l’ensemble des données techniques, institutionnelles et financières nécessaires aux discussions avec les partenaires.
Cet engagement est fondamental. Il montre que l’enjeu ne consiste pas seulement à attirer des financements abstraits, mais à les orienter vers des projets déjà identifiés, documentés et susceptibles d’entrer rapidement dans une logique d’exécution.
Dans la plupart des stratégies publiques d’électrification, la qualité du pipeline de projets fait toute la différence. Sans projets bien préparés, les financements restent théoriques. Avec un portefeuille structuré, le dialogue avec les bailleurs devient concret. L’ANSER semble donc vouloir jouer cette carte : présenter des projets capables de passer du besoin au montage, puis du montage au financement.
Les 100 millions de dollars, un seuil symbolique et stratégique
Le protocole d’accord ne fixe pas noir sur blanc un montant précis. Mais l’évocation de 100 millions de dollars par Infinite Capital donne une idée claire de l’ambition. Ce chiffre a une portée stratégique, car il suggère une volonté de changer d’échelle.
Dans un pays comme la RDC, les besoins en électrification rurale sont immenses. Les montants à mobiliser pour couvrir durablement les territoires se comptent en centaines de millions, voire davantage. Pourtant, atteindre une première enveloppe structurée de 100 millions de dollars constituerait déjà un signal fort. Cela montrerait qu’un mécanisme crédible peut être installé, testé et reproduit.
Le plus intéressant réside dans la logique annoncée du dispositif. Le mécanisme envisagé repose sur la mise en place de lignes de financement auprès d’institutions financières, avec des décaissements progressifs en fonction de l’avancement des projets et un remboursement adossé aux revenus générés par les infrastructures financées.
Cette architecture est particulièrement importante. Elle permet d’éviter une mobilisation figée et massive des fonds dès le départ. Elle introduit au contraire une logique de séquençage, d’ajustement et de réemploi des ressources. En d’autres termes, le modèle veut faire de l’électrification non pas un coût ponctuel, mais une mécanique de financement durable.
Une approche cohérente avec l’essor des infrastructures décentralisées
Les projets visés devraient porter sur des infrastructures énergétiques décentralisées, notamment dans le domaine de l’électrification hors réseau. Ce choix est cohérent avec la réalité des zones rurales et périurbaines en RDC. Dans bien des cas, attendre l’extension classique du réseau national reviendrait à prolonger indéfiniment l’exclusion énergétique de millions de personnes.
Les solutions décentralisées offrent une autre voie. Elles permettent d’apporter plus rapidement de l’électricité à des territoires éloignés, avec des dispositifs mieux adaptés à la géographie, à la densité de population et à la capacité de paiement locale. Elles répondent aussi à une évolution plus large du secteur énergétique africain, où le hors-réseau, les mini-réseaux et le solaire deviennent des outils majeurs de l’accès universel à l’énergie.
Le partenariat entre l’ANSER et Infinite Capital s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Il confirme que l’électrification rurale ne peut plus être pensée uniquement selon les schémas traditionnels. Elle doit désormais intégrer des montages plus souples, des technologies plus adaptées et des modèles de financement plus innovants.
Une RDC qui multiplie les alliances autour de l’énergie
Cet accord n’arrive pas dans un vide stratégique. Il intervient dans un contexte de multiplication des partenariats autour de l’électrification en RDC. En février 2026, l’ANSER avait déjà signé un protocole d’accord avec la société américaine Cybastion Institute LLC pour la conception, la structuration financière et la mise en œuvre de projets énergétiques, notamment solaires, dans les zones rurales et périurbaines.
Cette succession de partenariats révèle une orientation claire des autorités : faire de l’accès à l’électricité un front prioritaire et chercher, pour cela, des partenaires capables d’apporter à la fois expertise, ingénierie et accès aux capitaux.
Ce mouvement mérite d’être observé attentivement. Il suggère que la RDC ne veut plus seulement porter une ambition énergétique. Elle cherche désormais à bâtir un écosystème d’alliances capable de convertir cette ambition en chantiers finançables.
Infinite Capital, un acteur régional qui veut s’imposer sur les projets à fort impact
Basée à Brazzaville, Infinite Capital se présente comme une société de conseil financier et d’ingénierie économique active en Afrique centrale. Elle se positionne comme un intermédiaire entre investisseurs et porteurs de projets, en particulier dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie et des ressources naturelles.
Son positionnement dans ce dossier est révélateur d’une évolution plus large du marché africain du financement. Entre les États, les agences publiques, les investisseurs et les institutions de développement, il existe un espace croissant pour des acteurs capables de parler à la fois le langage des projets et celui du capital. Infinite Capital veut visiblement occuper cet espace.
L’électricité rurale, enjeu de développement plus que simple service
Au fond, cet accord dépasse largement la seule question énergétique. L’électricité rurale est un multiplicateur de développement. Elle transforme les conditions de production, améliore la conservation des produits agricoles, facilite l’activité des petites entreprises, soutient les services de santé, sécurise l’apprentissage et participe à la stabilité des territoires.
C’est pourquoi un financement de 100 millions de dollars, s’il se concrétise, aurait une portée bien plus large que son montant. Il pourrait contribuer à rééquilibrer la géographie du développement, en donnant à des zones longtemps tenues à l’écart des infrastructures essentielles une chance réelle d’entrer dans une nouvelle dynamique économique.
Une promesse qui devra maintenant passer l’épreuve de l’exécution
Comme souvent dans les grands projets africains, l’annonce crée une perspective. Mais la crédibilité se jouera dans l’exécution. Le protocole d’accord est conclu pour six mois à compter de sa signature. Ce calendrier relativement court introduit une exigence immédiate : avancer vite, structurer efficacement, convaincre les financeurs et transformer les intentions en engagements concrets.
C’est là que commencera le vrai test. Car la RDC n’a pas seulement besoin de partenariats. Elle a besoin de résultats visibles, de projets financés, d’infrastructures mises en service et de populations effectivement raccordées à une énergie fiable.
Au final, l’accord entre l’ANSER et Infinite Capital mérite donc une lecture sérieuse. Il ne résout pas à lui seul le déficit d’électrification du pays. Mais il ouvre une voie. Celle d’un financement plus structuré, plus progressif et potentiellement plus durable pour répondre à l’un des plus grands défis du développement congolais.
Patrick Tchounjo



