Inflation en Afrique francophone : pourquoi la Côte d’Ivoire et le Sénégal sont les plus chers

La Côte d’Ivoire et le Sénégal se hissent en tête du classement des pays francophones au coût de la vie le plus élevé en Afrique. Avec un indice avoisinant 44,7 pour Abidjan et 44,0 pour Dakar, ces deux économies phares de l’UEMOA confirment une tendance lourde : leur dynamisme économique s’accompagne d’une inflation persistante qui met à l’épreuve la résilience des ménages.
Le poids des importations dans la hausse des prix
Dans les deux capitales, le logement, le transport et l’alimentation concentrent l’essentiel des hausses. L’urbanisation rapide, combinée à la dépendance aux importations alimentaires et énergétiques, alimente une spirale inflationniste structurelle. À Abidjan comme à Dakar, les prix des produits de base évoluent souvent au gré des fluctuations des marchés mondiaux, accentuant la vulnérabilité des ménages.
Croissance et inflation : une équation complexe
Abidjan et Dakar sont aujourd’hui des hubs financiers et économiques majeurs. La Côte d’Ivoire affiche l’un des taux de croissance les plus élevés d’Afrique de l’Ouest, tandis que le Sénégal mise sur ses grands projets d’infrastructures et l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières. Mais cette vitalité économique s’accompagne d’un paradoxe : l’essor des investissements et de la consommation urbaine entraîne mécaniquement une pression sur les prix, fragilisant le pouvoir d’achat d’une classe moyenne émergente.
Un défi pour la stabilité sociale
Le coût de la vie n’est pas qu’une donnée économique : c’est aussi un facteur de stabilité politique et sociale. Dans des sociétés jeunes et urbaines, où les attentes en matière de qualité de vie et d’accès aux services augmentent, la hausse des prix peut générer frustrations et tensions. Les gouvernements ivoirien et sénégalais sont donc contraints d’arbitrer entre attractivité économique et protection du pouvoir d’achat.
Vers une stratégie de résilience
Pour contenir cette dynamique, plusieurs pistes sont évoquées :
- Renforcer la production locale pour limiter la dépendance aux importations.
- Accélérer les investissements dans le logement et les transports publics afin de réduire la pression urbaine.
- Promouvoir des filets sociaux ciblés pour soutenir les ménages les plus exposés à l’inflation.
En définitive, si la Côte d’Ivoire et le Sénégal confirment leur rôle de moteurs économiques de l’Afrique francophone, leur position en tête du classement du coût de la vie souligne une urgence : transformer la croissance en véritable amélioration du quotidien des populations.
Patrick Tchounjo



