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Kenya : Ecobank sort l’artillerie lourde avec Rebecca Mbithi

Un changement de pilote, pas de trajectoire

Ecobank continue d’avancer sur son axe stratégique : grandir dans les marchés où la banque panafricaine peut gagner en profondeur, en rentabilité et en influence régionale. Et le Kenya fait partie de ces places où l’exécution est un sport de haut niveau. Le mercredi 11 février 2026, le groupe a officialisé la nomination de Rebecca M. Mbithi au poste de directrice générale d’Ecobank Kenya. Elle est en fonction depuis le 9 février 2026, sous réserve de l’approbation finale de la Banque centrale du Kenya (CBK).

La lecture est simple : Ecobank ne “change” pas pour changer. Il verrouille un marché clé et renforce sa capacité d’exécution locale, dans une Afrique de l’Est où la concurrence bancaire se joue désormais sur la vitesse, la discipline de coûts, la solidité du capital et la qualité de gouvernance.

La succession Anan-Ankomah : continuité et montée en puissance

Rebecca Mbithi succède à Josephine Anan-Ankomah, appelée à se consacrer pleinement à ses responsabilités de directrice régionale pour l’Afrique centrale, orientale et australe (CESA). Le message envoyé au marché est clair : Ecobank veut une filiale kényane capable de continuer à performer, tout en s’inscrivant dans une orchestration régionale plus large.

Le président par intérim du conseil d’administration d’Ecobank Kenya, Yesse Oenga, résume l’état d’esprit : le board dit voir en Mme Mbithi l’expérience, les compétences de leadership et le statut professionnel nécessaires pour renforcer la performance et la gouvernance de la banque.

Pourquoi le Kenya compte autant dans le plan d’Ecobank

Dans le modèle Ecobank, certains pays jouent un rôle de marchés de volume, d’autres de marchés de rentabilité, et quelques-uns de marchés de crédibilité ceux où l’on prouve qu’on sait gagner dans un environnement ultra concurrentiel. Le Kenya se situe à cette intersection : place financière structurée, exigences réglementaires fortes, sophistication des clients, et pression permanente sur l’efficacité opérationnelle.

C’est dans ce contexte que la mission confiée à Rebecca Mbithi prend tout son relief : poursuivre la croissance d’Ecobank Kenya, tout en consolidant les résultats financiers obtenus sous le mandat de sa prédécesseure.

Une DG “performance” : plus de 20 ans de finance, de gouvernance et de redressement

Rebecca Mbithi arrive avec un profil qui colle aux défis du moment : plus de 20 ans d’expertise à des postes de direction dans les services financiers, avec un marqueur fort la capacité à redresser et faire croître. Avant Ecobank, elle a été directrice générale de Family Bank Limited (2019–2023), où elle a piloté un programme de redressement et de croissance, notamment orienté PME.

Son parcours traduit aussi une densité de gouvernance : elle a siégé au conseil d’administration de NCBA Kenya, et a occupé la vice-présidence de l’Association des banquiers du Kenya (KBA). Côté trajectoire professionnelle, elle a également occupé des fonctions de secrétaire générale et directrice juridique à la Kenya Tea Development Agency (KTDA) et chez Rift Valley Railways, une expérience qui renforce son profil de dirigeante “système”, à l’aise entre réglementation, structuration et exécution.

Sur le plan académique, elle détient un MBA en gestion stratégique (USIU-Africa) et une licence en droit (LLB) de l’Université de Nairobi. Elle est présentée comme avocate et experte-comptable de formation.

Les chiffres qui expliquent l’urgence : la dynamique est là, il faut l’entretenir

Le timing n’est pas neutre. Ecobank Kenya arrive à cette transition dans une phase décrite comme solide : le bénéfice avant impôt est passé de 132,9 millions de shillings (1 million $) en 2022 à 734 millions au troisième trimestre 2025. Cette progression, selon les données communiquées, a été portée par une meilleure maîtrise des coûts et une efficacité opérationnelle accrue.

Autre point clé : la banque a renforcé sa structure financière via une recapitalisation réussie, affichant en septembre 2025 des fonds propres de base de 8,8 milliards de shillings, un niveau présenté comme supérieur aux exigences réglementaires jusqu’en 2028. Dit autrement : Ecobank Kenya dispose d’un socle de capital qui donne de l’air, mais exige une exécution rigoureuse pour transformer la solidité en croissance durable.

Une présence installée, une échelle à franchir

Ecobank Transnational Incorporated (ETI) est présente au Kenya depuis 2007. La banque y exploite 16 agences, 16 distributeurs automatiques et plus de 100 points Xpress Point, avec plus de 370 collaborateurs. À l’échelle continentale, le groupe est implanté dans 32 pays d’Afrique subsaharienne et sert plus de 32 millions de clients.

Dans ce décor, la nouvelle DG n’hérite pas d’un chantier “à lancer” : elle hérite d’une dynamique “à accélérer”, dans un pays où la performance se mesure à la capacité d’exécuter vite, de gérer finement les risques et de livrer une expérience client cohérente sur tous les canaux.

Ce que le marché va attendre maintenant

Le Kenya ne pardonne pas les transitions molles. La nomination de Rebecca Mbithi annonce un “tempo” plus tranchant : tenir la trajectoire de rentabilité, conserver la discipline de coûts, exploiter le capital renforcé et pousser l’ancrage commercial sur un marché stratégique. Chez Ecobank, la croissance n’est pas un slogan : c’est une mécanique. Et le Kenya est l’un de ses bancs d’essai les plus exigeants.

Patrick Tchounjo

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