Klapton Re décroche une licence en Chine : la Zambie pousse la réassurance africaine dans la cour des grands

Il y a des annonces qui ressemblent à un simple jalon administratif. Et puis il y a celles qui sonnent comme un changement de catégorie. En obtenant une licence réglementaire pour exercer des activités de réassurance en Chine, Klapton Re ne se contente pas d’ajouter un pays à sa carte : le réassureur zambien franchit une frontière symbolique, celle qui sépare les acteurs régionaux des maisons capables de se mesurer à l’un des marchés d’assurance les plus compétitifs au monde, évalué à plus de 100 milliards de yuans (environ 14,45 milliards USD).
Le timing, lui, n’a rien d’un hasard. Cette approbation intervient à quelques semaines seulement de l’introduction en bourse annoncée de Klapton Re sur la Bourse des valeurs de Lusaka (LuSE), prévue le 24 mars 2026, sous réserve d’approbation réglementaire. Sur le papier, l’enchaînement raconte une stratégie : sécuriser une légitimité internationale, puis ouvrir le capital sur le marché domestique avec un récit de croissance plus vaste que la Zambie. Une introduction qui aura un marqueur particulier : l’entreprise deviendrait la seule société notée par Moody’s cotée à la bourse zambienne, avec une notation Caa1.
Derrière la licence chinoise, il y a surtout un message adressé au marché : Klapton Re veut être pris au sérieux là où la sélection est naturelle, rude, et où la crédibilité se paie au prix fort. La compagnie, dirigée par Kudzai Bingepinge, le dit d’ailleurs sans détour dans son communiqué : « La Chine est un marché qui valorise la crédibilité, la discipline, la rapidité et les relations à long terme – des principes qui sont au cœur du fonctionnement de Klapton Re en Afrique, aux États-Unis, au Moyen-Orient et en Asie ». Autrement dit : l’entreprise présente son ADN comme compatible avec l’exigence chinoise, et transforme l’obtention de la licence en validation de méthode.
Ce qui rend l’histoire encore plus scrutée, c’est la trajectoire de la société. Basée à Lusaka, Klapton Re est fondée en 2020 : un acteur jeune, mais qui revendique une montée en puissance rapide. Son chiffre d’affaires serait passé de 1 milliard de kwachas en 2023 à 2,9 milliards de kwachas en 2024 (environ 156 millions USD), tout en contrôlant plus de 80% de parts de marché sur son marché local. Dans un secteur comme la réassurance, où la confiance, l’historique de gestion des sinistres et la profondeur de capital sont des monnaies aussi importantes que les primes elles-mêmes, afficher un tel poids domestique en si peu de temps place forcément l’entreprise sous les projecteurs.
La Chine, dans cette séquence, fonctionne comme un double test. D’abord un test de conformité et de robustesse : obtenir une licence, c’est prouver qu’on peut jouer selon des règles strictes, dans un écosystème extrêmement concurrentiel. Ensuite un test de narration financière à l’approche de la bourse : entrer sur un marché mondialement réputé difficile à pénétrer, c’est donner à une future cotation un supplément de récit, celui d’une ambition internationale qui dépasse le confort des frontières naturelles.
Reste une vérité incontournable : sur un marché aussi compétitif, l’annonce est un début, pas un aboutissement. Une licence ouvre la porte, mais ce sont les partenariats, la constance opérationnelle et la capacité à tenir la promesse dans la durée qui installent une marque. Klapton Re semble l’avoir compris, en insistant sur la discipline, la rapidité et la relation long terme. Dans la réassurance, ce sont souvent ces détails qui tracent la différence entre la percée et l’épisode.
Patrick Tchounjo



