Koné Mamadou élu président de la FANAF : Abidjan reprend la main sur le chantier de l’assurance africaine

Le secteur africain de l’assurance cherche un second souffle, et il vient de poser un acte politique fort : l’Ivoirien Koné Mamadou a été élu président de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africain (FANAF). Le vote a eu lieu ce mercredi 11 février, lors de l’assemblée générale de l’organisation tenue à Abidjan. Dans la même dynamique, la vice-présidence revient à Aymric Kamega, président-directeur général d’ACAM Vie (Cameroun).
La scène est claire : Abidjan accueille, Abidjan arbitre, Abidjan place un homme au sommet. Et derrière ce résultat, il y a une attente plus lourde qu’un simple changement de fauteuil : redonner du poids, de la cohésion et de la crédibilité à un secteur qui reste sous-exploité sur le continent.
“Rassemblement” : la première promesse du nouveau président
Koné Mamadou n’a pas célébré une victoire de camp. Il a revendiqué un mandat de rassemblement.
« Cette victoire est le symbole du rassemblement de tous les assureurs, tous ceux qui ont été favorables à mon élection comme ceux qui ne l’ont pas été », a déclaré le président élu.
Dans une industrie où les lignes de fracture peuvent vite devenir des lignes d’immobilisme, cette phrase est un message : la FANAF veut parler d’une voix plus forte, plus lisible, plus collective.
Un profil “métier” au sommet : SanlamAllianz, ASACI, CGECI
Le nouveau président n’arrive pas en observateur. Directeur général de SanlamAllianz Côte d’Ivoire depuis 2014, Koné Mamadou succède au Gabonais César Ekomie-Afene, en poste depuis février 2020. Il incarne un leadership construit dans la durée, au contact des réalités du marché.
Son parcours académique traduit une montée en compétence structurée : diplômé de l’Institut International des Assurances (IIA) de Yaoundé, de l’ENSAE Paris et de la London Business School. À ce socle, s’ajoute une présence institutionnelle : il est également vice-président de la CGECI et revendique environ 30 ans d’expérience dans l’assurance africaine.
Autrement dit : il connaît les chiffres, il connaît les risques, il connaît la gouvernance, et il connaît les attentes des entreprises. C’est précisément la combinaison que le marché demande quand il faut transformer une industrie encore trop faible en industrie de masse.
Un tandem Côte d’Ivoire – Cameroun qui pèse
La nomination d’Aymric Kamega à la vice-présidence n’est pas un simple détail protocolaire. Elle installe un tandem qui relie deux places économiques majeures : Abidjan, hub régional naturel, et le Cameroun, pilier économique d’Afrique centrale. Le message implicite : la FANAF veut une traction plus large, et une dynamique plus panafricaine.
Le vrai chantier : un secteur à faible pénétration, donc à potentiel énorme
Si l’élection est un signal, le terrain reste rude. Le secteur des assurances africain fait face à des défis structurels majeurs : un très faible taux de pénétration (environ 2,4 % à 3 % en 2023-2024), une faible culture de l’assurance et un pouvoir d’achat limité.
À ces contraintes s’ajoutent des obstacles plus corrosifs : manque de confiance, infrastructures déficientes et réglementations disparates. Le résultat est connu : l’assurance peine à devenir un réflexe, alors même qu’elle devrait être un amortisseur économique, un outil de protection des ménages et un instrument de sécurisation des entreprises.
C’est ici que la présidence de la FANAF devient stratégique : quand une industrie est petite, chaque décision de standardisation, chaque effort de pédagogie, chaque innovation produit peut changer l’échelle du marché.
Patrick Tchounjo
