Marchés & Financements

La Côte d’Ivoire lève 152,219 milliards FCFA au niveau du marché financier sur le marché UMOA

Sur le marché financier régional, il y a des adjudications qui passent, et d’autres qui envoient un message. Celle du mardi 17 février 2026 fait partie de la seconde catégorie. Pour préparer le financement du budget 2026, le Trésor Public ivoirien a levé 152,219 milliards de FCFA sur le marché de l’UMOA, à la suite d’une émission d’obligations assimilables du Trésor (OAT) de 3, 5 et 7 ans. L’objectif initial était clair : 150 milliards FCFA mis en adjudication. La réponse des investisseurs l’a été tout autant : 184,219 milliards FCFA de soumissions, soit un taux de couverture de 122,81%. Autrement dit, le marché a demandé plus que ce que l’État voulait prendre, et l’État a choisi ce qu’il retenait.

Le résultat final confirme cette lecture. Le montant effectivement retenu s’établit à 152,219 milliards FCFA, tandis que 32 milliards FCFA ont été rejetés, ce qui donne un taux d’absorption de 82,63%. Dans la pratique, cela signifie que le Trésor a levé légèrement au-dessus de son objectif, sans pour autant absorber toute la demande. Une manière de garder la main sur les conditions, d’optimiser le coût, et de signaler qu’Abidjan ne subit pas le marché : il l’utilise.

Derrière ces chiffres, il y a une réalité que les professionnels connaissent : sur une adjudication, l’important n’est pas seulement de “lever”. L’important est de lever au bon prix, avec une maturité cohérente, et dans une dynamique qui consolide la confiance. La Côte d’Ivoire a justement joué sur trois horizons, ce qui lui permet de répartir sa charge de remboursement dans le temps et de construire une courbe de référence sur le marché régional.

Les investisseurs retenus obtiennent un rendement moyen pondéré de 6,75% sur les obligations de 3 ans, 7,31% sur celles de 5 ans, et 6,83% sur celles de 7 ans. Le niveau le plus élevé se situe donc sur le 5 ans, un détail qui vaut lecture : c’est souvent sur cette maturité “pivot” que se cristallisent les attentes de marché, entre visibilité macro et gestion du risque de durée. Et dans un contexte régional où les États viennent régulièrement chercher de la ressource, la structure des rendements est aussi un thermomètre de l’appétit et de la perception du risque.

Côté calendrier, le Trésor Public ivoirien s’engage à rembourser le capital le premier jour ouvré suivant la date d’échéance, fixée au 18 février 2029 pour les OAT de 3 ans, au 18 février 2031 pour celles de 5 ans et au 18 février 2033 pour celles de 7 ans. Le paiement des intérêts se fera chaque année, sur la base de taux de 5,35% (3 ans), 5,60% (5 ans) et 5,85% (7 ans), à compter de la fin de la première année. Ce mécanisme – intérêts annuels et remboursement du principal à l’échéance – est au cœur de l’attrait de ces titres pour les investisseurs : visibilité, prévisibilité des flux, et gestion de portefeuille relativement lisible.

Ce que raconte cette adjudication, au fond, est simple : la Côte d’Ivoire continue de s’appuyer sur le marché régional comme un véritable levier budgétaire, et le marché continue de répondre présent. Un taux de couverture de 122,81% ne dit pas seulement “il y a de l’argent”. Il dit surtout “il y a une demande”, donc une liquidité disponible, et une confiance suffisante pour prêter à l’État à moyen terme. Le rejet partiel de 32 milliards FCFA ajoute une nuance tout aussi importante : la demande existe, mais le Trésor arbitre. Il sélectionne. Il optimise.

Dans une UMOA où les États sont régulièrement en quête de financement, chaque adjudication devient un baromètre régional. Celle-ci place Abidjan dans une posture confortable : lever plus que prévu, sur plusieurs maturités, avec des rendements qui restent attractifs pour les investisseurs tout en demeurant compatibles avec une stratégie de financement. Pour 2026, le message est clair : le budget se finance, et le marché UMOA reste un terrain où la Côte d’Ivoire sait mobiliser des ressources rapidement.

Patrick Tchounjo

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page