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Le rôle pivot des banques dans le financement des infrastructures en Afrique de l’Ouest

L’Afrique de l’Ouest connaît une poussée démographique sans précédent, avec une urbanisation galopante et des besoins urgents en infrastructures modernes. Routes, ports, réseaux électriques, centrales solaires, plateformes logistiques ou hubs numériques : le besoin est massif. Mais qui finance cette transformation ? Au-delà des bailleurs de fonds internationaux, ce sont désormais les banques africaines qui prennent une part croissante dans le financement des infrastructures, redéfinissant leur rôle dans l’économie.

Un besoin structurel estimé à 15 à 25 % du PIB régional

Le déficit en infrastructures en Afrique subsaharienne est estimé entre 68 et 108 milliards de dollars par an selon la Banque africaine de développement (BAD). En Afrique de l’Ouest, le poids des dépenses d’infrastructure pourrait représenter jusqu’à 25 % du PIB régional si l’on veut atteindre les objectifs de la ZLECAf et les ambitions climatiques des États.

Les banques locales passent d’acteurs passifs à co-investisseurs stratégiques

Jusqu’à récemment, les banques commerciales ouest-africaines se concentraient sur les crédits à court terme (commerces, PME, particuliers). Mais depuis quelques années, des institutions comme Ecobank, UBA, Coris Bank International, NSIA Banque, Orabank ou Bank of Africa montent en puissance dans :

  • le cofinancement de projets publics-privés (PPP) ;
  • les syndications bancaires avec des institutions multilatérales (BOAD, BAD, IFC) ;
  • la structuration de financements mixtes combinant dette locale et internationale ;
  • la création de véhicules d’investissement dédiés aux infrastructures.

« Les banques locales ont compris que financer les infrastructures, c’est aussi financer la croissance de leur marché », souligne un analyste senior à Lagos.

Exemples d’interventions bancaires structurantes

ProjetPaysSecteurPartenaires bancaires impliqués
Autoroute Abidjan–BassamCôte d’IvoireTransportBOAD, NSIA Banque, BNI
Pont à péage de FoundiougneSénégalTransportsOrabank, Banque Atlantique
Centrale solaire de KodéniBurkina FasoÉnergieCoris Bank, SFI
Centre logistique multimodal de CotonouBéninLogistiqueEcobank, UB

Les avantages pour les banques

Diversification des actifs

Les projets d’infrastructure offrent des rendements stables à long terme, précieux dans un contexte d’instabilité financière.

Effet de levier sur l’image

Participer à des projets structurants améliore la réputation institutionnelle et attire les dépôts institutionnels (fonds de pension, assurance).

Renforcement du lien avec l’État

Les projets d’envergure renforcent les relations des banques avec les gouvernements et les grands opérateurs publics.

Défis à surmonter pour une montée en charge durable

Malgré les avancées, les freins restent nombreux :

  • Maturité trop courte des dépôts bancaires (souvent 6 à 18 mois) incompatible avec les besoins à 10-20 ans ;
  • Risques politiques élevés dans certains pays ;
  • Faiblesse des notations souveraines ;
  • Manque d’expertise technique dans la structuration des projets bancables.

Les banques régionales pallient partiellement ces contraintes en s’adossant à des garanties de la BAD, de la SFI, ou de fonds souverains régionaux.

Une dynamique à renforcer par la création de hubs financiers ouest-africains

Pour accélérer la mobilisation de l’épargne longue, des réflexions sont en cours à Abidjan, Lomé et Lagos pour renforcer les marchés de capitaux locaux, créer des green bonds dédiés aux infrastructures durables, et mutualiser les ressources dans des fonds régionaux d’investissement en infrastructures.

Conclusion : des banques africaines au cœur du nouveau deal infrastructurel

Le développement des infrastructures en Afrique de l’Ouest est indissociable de la montée en compétence des banques africaines. Leur rôle évolue : elles ne sont plus seulement des prêteurs, mais deviennent des architectes financiers de la transformation régionale. Pour réussir, elles devront :

  • rallonger la durée de leurs passifs ;
  • développer l’expertise en ingénierie financière ;
  • renforcer les partenariats multilatéraux et privés.

Le futur de l’Afrique de l’Ouest s’écrira sur le terrain… mais se financera dans les bureaux des banques.

Patrick Tchounjo

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