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Mali : Wave perd son avantage prix, la taxe de 1 % s’impose enfin aux clients

Le jour où le “1 %” n’a plus suffi

Au Mali, Wave vient de perdre ce qui faisait, pour beaucoup d’utilisateurs, sa magie la plus visible : la sensation de retirer “au même prix”, malgré l’arrivée d’une taxe publique. Désormais, l’opérateur de mobile money Wave SA est obligé de facturer directement à ses clients la taxe gouvernementale de 1 % sur les retraits d’argent mobile, instaurée par l’État en février 2025. Et l’avertissement est limpide : en cas de non-application, l’entreprise s’expose à des sanctions administratives.

L’ordre émane de la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence, au terme de plusieurs mois d’enquête. En clair, le régulateur met fin à une pratique qui permettait à Wave de conserver son tarif “habituelle” en absorbant la taxe à la place des clients.

Une taxe pensée pour financer l’État, pas pour refaire la grille tarifaire des fintechs

Sur le papier, la logique gouvernementale est simple : cette taxe de 1 % vise à générer des recettes destinées au financement de projets publics, notamment dans les infrastructures et les programmes sociaux.

Le détail qui change tout pour le consommateur, c’est que ce prélèvement s’applique spécifiquement aux retraits via le mobile money et s’ajoute aux frais de service facturés par les opérateurs. Autrement dit, ce n’est pas une “taxe invisible” dans les coulisses : c’est une ligne de plus dans l’addition finale.

Pourquoi l’administration a tranché : la concurrence, au cœur du dossier

Depuis l’entrée en vigueur de la mesure, les opérateurs étaient tenus de prélever la taxe auprès des utilisateurs puis de la reverser à l’État. Wave, elle, avait fait un choix commercial agressif : ne pas la répercuter, en absorbant le coût. Résultat : les clients pouvaient retirer sans “sentir” le prélèvement gouvernemental, ce qui renforçait l’attractivité de la plateforme.

Mais cette stratégie a fini par être lue comme un problème de marché. L’administration estime qu’en ne faisant pas payer la taxe à ses utilisateurs, Wave créait un déséquilibre concurrentiel, puisqu’elle se retrouvait de facto avec un avantage tarifaire par rapport aux opérateurs qui appliquaient le prélèvement conformément à la réglementation.

Ce que ça change concrètement : le retrait devient plus cher, et le “modèle Wave” se normalise

La décision devrait donc se traduire par une réalité immédiate : le coût des retraits augmente pour les utilisateurs Wave. C’est la fin d’une exception qui avait accompagné la montée en puissance rapide de la fintech sur le marché malien, et c’est aussi un tournant symbolique dans l’encadrement d’un secteur devenu central pour la circulation de l’argent et le financement de l’économie.

Derrière ce bras de fer, une vérité simple s’impose : quand l’État taxe une transaction de masse, la question n’est jamais “est-ce que ça sera payé ?”, mais “par qui ?”. Jusqu’ici, Wave avait choisi “nous”. Désormais, ce sera “vous”.

Patrick Tchounjo

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