Microfinance : le Cameroun pèse 1,2 milliard USD et domine la CEMAC

Il y a des chiffres qui ressemblent à des alertes… et d’autres à des signaux de puissance. En 2024, les 390 établissements de microfinance (EMF) opérant au Cameroun ont accordé 659,4 milliards de FCFA de crédits, soit environ 1,2 milliard USD, d’après les données de la COBAC. Ce volume progresse d’environ 41 milliards FCFA sur un an (près de 75 millions USD) et représente à lui seul 57,6% du marché du crédit de la microfinance dans l’ensemble de la CEMAC.
Traduction : la microfinance camerounaise n’est pas un segment périphérique. C’est une infrastructure. Un marché à forte traction, qui pèse au niveau national et écrase la concurrence au niveau régional.
385 EMF autorisés en 2026 : un léger recul qui ne change pas l’essentiel
La liste officielle rendue publique par le Minfi au 31 décembre 2025 indique que 385 EMF sont autorisés à exercer au Cameroun en 2026. On observe un léger recul par rapport aux 390 EMF recensés en 2025, mais le message global est inchangé : le secteur reste central dans le financement de l’économie nationale.
Cette publication a un objectif clair : protéger les épargnants contre les EMF clandestins, régulièrement signalés dans un marché jugé stratégique par les autorités monétaires. Dans un pays où l’accès bancaire demeure limité, surtout en zones rurales, la microfinance continue d’être l’un des canaux les plus efficaces d’inclusion financière et de soutien aux activités productives.
Un leadership écrasant dans la CEMAC
Le Cameroun ne domine pas la microfinance régionale “de peu”. Il domine massivement. En 2024, les crédits distribués au Cameroun sont trois fois supérieurs à ceux du Congo et six fois plus élevés que ceux du Gabon sur la même période. Cette suprématie repose aussi sur la densité du réseau : sur les 521 EMF agréés dans la CEMAC en 2024, 384 étaient implantés au Cameroun, soit près de 74%.
Ce n’est pas seulement un effet de volume. C’est un effet de structure. Le dynamisme du secteur est corrélé au poids économique du pays, qui concentre environ 40% du tissu industriel sous-régional, élargissant mécaniquement la base de clientèle solvable.
Pour les investisseurs, c’est un indicateur fort : là où la microfinance est profonde, elle devient un terrain de jeu pour des stratégies de financement ciblées, notamment sur les PME, l’agriculture, le commerce et l’économie informelle structurée.
Un secteur assaini, donc plus “investissable”
La croissance du marché s’accompagne d’une phase de restructuration plus dure : liquidations et mises sous administration provisoire se multiplient depuis quelques années. À première vue, cela peut faire peur. Mais, selon les experts, ce mouvement reflète surtout le durcissement de la supervision opéré par la COBAC depuis la réforme engagée en 2015.
« Avant 2015, le respect des ratios suffisait. Aujourd’hui, la gouvernance, le contrôle interne et la gestion des risques sont déterminants », explique le directeur général d’un EMF au Cameroun.
Après une période de transition jusqu’en 2020, les contrôles ont été intensifiés dès 2021, entraînant l’exclusion des acteurs jugés non conformes. Le résultat, pour le marché, est paradoxalement positif : moins d’opacité, plus de standards, plus de lisibilité.
Et c’est exactement ce que recherchent les investisseurs institutionnels et les fonds à impact : un secteur où la demande est forte, mais où les règles du jeu deviennent plus claires, avec un risque systémique mieux contenu.
Pourquoi ce marché attire : demande, bancarisation progressive, et “pipeline PME” énorme
Au Cameroun, la microfinance ne se limite pas à des petits crédits de survie. Elle sert aussi de relais aux dynamiques économiques réelles : financement des cycles de commerce, structuration de petites chaînes de valeur, crédit aux TPE/PME, collecte d’épargne, services de proximité.
Dans un contexte de forte demande de crédit et de bancarisation progressive, la microfinance camerounaise se positionne comme un relais de croissance durable et un point d’entrée stratégique en Afrique centrale.
Le Cameroun pèse environ 1,2 milliard USD de crédits microfinance en 2024 et représente plus de la moitié du marché CEMAC. Malgré un léger recul du nombre d’EMF autorisés en 2026 (385), le secteur confirme son rôle de pilier du financement domestique. La supervision renforcée depuis 2015 assainit progressivement le marché, améliorant sa lisibilité. Résultat : un secteur qui combine volume, demande et normalisation, trois ingrédients qui font d’un marché un vrai terrain d’investissement.
Patrick Tchounjo



