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Nigeria : la Bourse serre la vis, 221,5 millions FCFA d’amendes pour retards de comptes

Au Nigeria, la discipline boursière change de ton. Plus sèche. Plus chiffrée. Plus coûteuse. Selon le dernier rapport X-Compliance publié le 20 février 2026 par NGX Regulation Limited, 34 sociétés cotées ont déboursé au total 221,55 millions de FCFA en pénalités pour avoir soumis tardivement leurs états financiers au titre du cycle de conformité 2024/2025. Ce n’est pas une simple liste d’amendes : c’est un message de gouvernance envoyé au marché, dans un contexte de surveillance accrue du capital market nigérian.

Derrière ces sanctions, une réalité embarrassante pour les entreprises concernées : sur un marché où l’information financière est la matière première de la confiance, le retard n’est plus une “petite faute administrative”. C’est un risque pour la transparence, la liquidité et la crédibilité.

Le nerf de la guerre : publier à temps, ou payer

Le rapport met en lumière des failles persistantes de gouvernance et de divulgation d’informations, tout en identifiant les entreprises ayant respecté les délais anticipés. Mais ce sont surtout les retards qui retiennent l’attention. Les sanctions concernent à la fois les états financiers annuels audités et les états financiers intérimaires non audités, conformément aux règles de la Bourse relatives aux délais de dépôt et aux procédures applicables en cas de défaut.

Dans le détail, 145,03 millions de FCFA ont été infligés pour des retards dans la publication des comptes annuels audités, contre 76,52 millions de FCFA liés aux dépôts trimestriels tardifs. La sévérité sur les états audités n’a rien de surprenant : la contrainte réglementaire y est plus forte, les délais de régularisation sont plus serrés, et les pénalités grimpent rapidement au-delà du seuil toléré.

Assurance : le secteur le plus exposé, et de loin

Le chiffre qui claque dans l’analyse sectorielle, c’est celui de l’assurance. Treize compagnies ont cumulé à elles seules 155,27 millions de FCFA, soit 70,1 % du total. Une concentration massive qui ressemble moins à une anomalie ponctuelle qu’à un symptôme : retards chroniques, organisation interne sous tension, ou fragilités structurelles de gouvernance dans une partie du secteur.

Parmi les plus lourdement sanctionnées figurent Mutual Benefits Assurance Plc (27,65 millions de FCFA), African Alliance Insurance Plc (19,93 millions de FCFA), Universal Insurance Plc (19,31 millions de FCFA) et Regency Alliance Insurance Plc (11,48 millions de FCFA). D’autres acteurs comme International Energy Insurance Plc (10,74 millions de FCFA), Sovereign Trust Insurance Plc (10,17 millions de FCFA), Prestige Assurance Plc (4,96 millions de FCFA) et Cornerstone Insurance Plc (4,18 millions de FCFA) complètent la liste des assureurs sanctionnés.

Dans un secteur qui repose sur la promesse et la confiance, ces retards de publication ont un coût invisible, au-delà de l’amende : ils créent un brouillard informationnel, alimentent la prudence des investisseurs et fragilisent l’image d’ensemble de la branche.

Pétrole et gaz : Oando en première ligne

Le segment pétrolier et gazier arrive en deuxième position avec 45,18 millions de FCFA, des sanctions principalement concentrées sur Oando Plc et Conoil Plc. Oando, seule, a réglé 38,95 millions de FCFA, contre 11,23 millions de FCFA pour Conoil.

Oando a notamment payé 3,24 millions de FCFA pour le dépôt tardif de ses comptes audités clos au 31 décembre 2024, soumis le 4 juin 2025, ainsi que 16,81 millions de FCFA pour ses résultats audités 2023 transmis le 1er novembre 2024. Conoil a versé 2,67 millions de FCFA pour un retard sur les comptes 2024 déposés le 18 juin 2025, et 3,94 millions de FCFA pour la publication tardive de ses résultats 2023 le 1er juillet 2024.

Sur les déclarations non auditées du premier trimestre 2025, Oando et Conoil ont respectivement payé 2,26 millions de FCFA et 2,05 millions de FCFA, en plus d’autres pénalités liées à des reports provisoires de 2024. TotalEnergies Marketing Nigeria Plc a également été sanctionnée à hauteur de 600 000 nairas, soit environ 246 000 FCFA, pour une violation similaire.

Banques et services financiers : des sanctions plus modérées, mais révélatrices

Les banques et sociétés de services financiers, au nombre de sept, ont cumulé 39,48 millions de FCFA, principalement pour des retards dans les dépôts provisoires. Des établissements tels que Fidelity Bank Plc, Jaiz Bank Plc et First HoldCo Plc affichent des sanctions globalement plus modérées, sans défauts audités pluriannuels majeurs.

C’est un point important : dans un univers bancaire fortement encadré, les retards existent, mais ils semblent ici plus “techniques” que structurels, du moins au regard des données présentées.

Le reste du marché : une traîne, mais un message global

Les autres secteurs, représentant onze entreprises, totalisent 18,53 millions de FCFA. Une somme plus faible, mais qui confirme une tendance : la Bourse nigériane veut faire de la ponctualité un standard et non une option.

Ce que NGX Regulation dit vraiment au marché

Dans cette affaire, la sanction financière n’est que la surface. Le message de fond est celui-ci : sur un marché de capitaux, l’information est un actif. Plus elle arrive tard, plus elle perd de sa valeur et plus elle crée une asymétrie entre initiés et investisseurs ordinaires. En durcissant la discipline, NGX Regulation pousse les entreprises à choisir : investir dans la gouvernance et la production de reporting… ou assumer le coût de la non-conformité.

Pour les investisseurs, c’est une bonne nouvelle : la régulation rappelle qu’elle surveille, qu’elle chiffre, qu’elle sanctionne. Pour les émetteurs, c’est un avertissement : l’ère du retard “acceptable” se referme.

Et pour l’Afrique francophone qui observe le Nigeria, c’est une leçon : la profondeur d’un marché financier ne se construit pas seulement avec des produits, des titres et des plateformes. Elle se construit aussi avec une discipline de transparence, quotidienne, mesurable, et désormais, payable cash.

Patrick Tchounjo

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