Novig lève 75 M$ : la start-up nigériane qui veut tuer le “vig” aux États-Unis

Le pari n’est pas sportif. Il est industriel. La start-up Novig, cofondée par le Nigérian Kelechi Ukah, vient d’annoncer une levée de 75 millions de dollars menée par Pantera Capital, qui propulse sa valorisation autour de 500 millions de dollars. Une opération qui place l’entreprise dans la vague des prediction markets en pleine explosion aux États-Unis, où la frontière entre “pari” et “instrument financier” est en train d’être redessinée… devant les tribunaux et les régulateurs.
Derrière ces chiffres, un message plus profond : l’innovation ne vient pas seulement des algorithmes, mais des règles du jeu. Novig veut réinventer la mécanique du pari sportif en supprimant ce que l’industrie appelle le “vig”, la marge prélevée par les bookmakers pour basculer vers un modèle peer-to-peer, où les utilisateurs s’échangent des positions entre eux, comme sur un carnet d’ordres.
“No-vig” : l’idée simple qui attaque le cœur du business des bookmakers
Novig s’est construite sur un slogan qui est aussi un modèle économique : retirer l’intermédiaire. Là où un opérateur classique gagne parce que la maison a l’avantage statistique et une commission intégrée, Novig met en place une logique de marché, où l’offre et la demande fixent les “cotes”. C’est ce repositionnement qui séduit les investisseurs : si les prediction markets deviennent une infrastructure nationale, l’acteur qui contrôle l’architecture de marché peut devenir un pivot.
L’entreprise dit avoir fortement accéléré en 2025, avec une hausse très marquée des volumes et une ambition assumée : atteindre 1 milliard de dollars de transactions mensuelles avant de faire de la monétisation une priorité. Aujourd’hui, Novig indique tourner autour de 300 millions de dollars par mois.
Le plan d’expansion : marketing, équipes, liquidité… avant la monétisation
La levée doit financer une stratégie très “marchés” : gagner la bataille de la liquidité, renforcer les équipes, et installer la marque dans une industrie où la visibilité coûte cher. Novig explique avoir déjà étoffé son effectif à plus de 50 employés, ce qui illustre un passage rapide du mode start-up au mode “infrastructure en construction”.
Le PDG Jacob Fortinsky le reconnaît : l’écart avec les leaders se joue d’abord sur la reconnaissance de marque, pas uniquement sur la technologie. Et c’est là que la levée devient un carburant d’exécution : il faut acheter de l’audience, rassurer les utilisateurs, et densifier le marché.

Le nerf de la guerre : une licence fédérale pour opérer dans les 50 États
La vraie bataille, cependant, se joue dans les couloirs réglementaires. Novig cherche à obtenir un statut de Designated Contract Market (DCM) auprès de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), une désignation qui permettrait d’opérer sous supervision fédérale, sur une base nationale.
Cette ambition arrive au moment où les prediction markets (Kalshi, Polymarket) sont au cœur de bras de fer juridiques avec certains États américains qui estiment que ces produits ressemblent à du pari sportif non autorisé, tandis que les plateformes défendent leur nature de contrats financiers (“event contracts”) relevant du périmètre fédéral.
Autrement dit : si Novig obtient une base fédérale solide, la start-up change de dimension. Si le cadre se durcit, sa croissance pourrait se heurter à une mosaïque d’interdictions locales. C’est une expansion à haut potentiel… mais aussi à haute intensité réglementaire.
Kalshi, Polymarket : la vague est là, la compétition aussi
Novig arrive dans une arène qui se consolide vite. Le secteur des prediction markets est dominé par des plateformes déjà massives, avec des niveaux de valorisation et de volumes qui imposent un rythme. C’est d’ailleurs cette dynamique qui attire les capitaux : les prediction markets ne sont plus un gadget, ils se positionnent comme une nouvelle couche de l’économie numérique et donc un nouveau champ de régulation.
Dans cette bataille, Novig se distingue par un angle clair : l’obsession du “trader-first”, avec l’idée que le modèle peer-to-peer peut offrir une structure plus attractive que les livres des bookmakers traditionnels.
Ce que l’Afrique doit regarder dans ce deal
Même si l’expansion visée est américaine, l’histoire est africaine par son symbole : un cofondateur nigérian au cœur d’une levée majeure dans une industrie “financiarisée”. Pour les écosystèmes fintech et marchés de capitaux du continent, Novig illustre trois leçons.
D’abord, l’innovation qui lève gros est souvent celle qui reconfigure la chaîne de valeur, pas seulement celle qui ajoute une fonctionnalité.
Ensuite, dès qu’on touche aux transactions, on touche au régulateur. La scalabilité n’est pas qu’un problème produit : c’est un problème de licence, de conformité, de gouvernance.
Enfin, le modèle “marché” (carnet d’ordres, liquidité, teneurs de marché, spreads) est en train de contaminer des secteurs autrefois dominés par des opérateurs fermés. C’est une tendance qui peut, à terme, inspirer des innovations dans les services financiers digitaux, y compris en Afrique francophone, où la question de la profondeur de marché et de la liquidité reste centrale.
UNovig lève 75 M$ : la start-up nigériane qui veut tuer le “vig” aux États-Unisne levée, mais surtout une tentative de changer les règles
Novig ne vend pas seulement une app. Elle vend une idée dangereuse pour les acteurs établis : enlever le “vig”, transformer le pari en marché, et faire passer une activité populaire sous une logique d’infrastructure financière. Les 75 millions USD sont une étape, la licence est la clé, et la régulation sera l’arbitre final.
Patrick Tchounjo



