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PAPSS : Access Bank supprime les frais sortants, la bataille des monnaies locales est lancée

Il y a des annonces qui ressemblent à une simple promo bancaire. Et puis il y a celles qui révèlent une stratégie continentale. En supprimant les frais de transfert sortant sur les paiements transfrontaliers effectués via le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), Access Bank Plc ne touche pas seulement au portefeuille des clients : elle touche au nerf d’un sujet africain majeur, celui du coût et de la friction des paiements intra-africains.

La mesure, annoncée comme valable jusqu’au 30 avril 2026, vise une promesse simple et immédiatement lisible : envoyer de l’argent depuis le Nigeria en naira, et permettre au bénéficiaire de recevoir dans sa monnaie locale, sans frais sortants. Autrement dit, Access Bank tente de lever l’obstacle le plus dissuasif dans les transferts régionaux : la facture qui s’ajoute avant même que l’argent ne circule.

Une mécanique pensée pour l’usage, pas pour le discours

Dans le détail, l’initiative s’applique aux transactions via Access Africa, un module accessible sur les plateformes numériques de la banque et dans son réseau d’agences. Le message est calibré pour accélérer l’adoption : pas besoin de nouvelle habitude complexe, pas besoin d’attendre une refonte du système, la banque met l’incitation là où le client la voit tout de suite au moment du coût.

Access Bank assume l’objectif : réduire le prix des paiements transfrontaliers et stimuler les volumes via PAPSS. « Nous voulons lever les obstacles financiers liés aux transferts transfrontaliers en Afrique », a déclaré Aminat Olatunji, responsable de l’unité des envois de fonds, en insistant sur le rôle de l’expérience utilisateur pour faire basculer le marché.

PAPSS : l’enjeu du “commerce sans dollar”

Le choix de PAPSS n’est pas anodin. Le système a été conçu pour faciliter les règlements intra-africains en monnaies locales, en évitant de passer par des devises tierces comme le dollar américain. C’est l’un des angles les plus sensibles de la finance africaine : la dépendance aux devises fortes renchérit le commerce, crée des délais, et expose les entreprises aux variations de change et aux pénuries de liquidité en devises.

En supprimant ses frais sortants, Access Bank envoie un signal : l’avenir des transferts régionaux ne se gagnera pas seulement par la technologie, mais par une politique tarifaire capable d’installer un réflexe d’usage. Pour un système comme PAPSS, le défi n’est pas d’exister, mais de devenir un standard — et un standard se construit à coups de volume.

Un geste commercial qui ressemble à un test grandeur nature

Derrière l’annonce, une lecture s’impose : Access Bank transforme une fenêtre de quelques semaines en laboratoire à ciel ouvert. Si les volumes montent, la banque aura prouvé qu’une partie du marché attendait surtout une baisse de friction pour migrer vers les rails panafricains. Si les volumes stagnent, cela dira autre chose : que les freins ne sont pas seulement tarifaires, mais aussi liés aux habitudes, à la couverture géographique, à la vitesse de règlement perçue, ou à la confiance opérationnelle.

Dans les deux cas, le mouvement est stratégique, parce qu’il remet PAPSS au centre de la compétition bancaire : les banques ne se battent plus uniquement sur le crédit. Elles se battent sur la capacité à devenir l’infrastructure invisible du commerce africain.

Ce que ça change pour les entreprises et les diasporas intra-africaines

Pour les PME qui importent, exportent, ou paient des prestataires dans d’autres pays africains, la réduction des frais peut représenter plus qu’une économie : une amélioration de la prévisibilité. Le coût des paiements, quand il devient opaque, se transforme en marge perdue. Quand il devient simple, il redevient pilotable.

Pour les particuliers, l’intérêt est tout aussi immédiat : envoyer depuis le Nigeria et recevoir ailleurs en devise locale, sans frais sortants, c’est une promesse de fluidité dans un espace où les transferts intra-africains restent souvent plus compliqués qu’un transfert vers l’Europe.

Une pièce de plus dans le puzzle ZLECAf

Au fond, l’annonce s’inscrit dans un chantier plus large : soutenir la ZLECAf par des rails de paiement efficaces. Une zone de libre-échange sans paiements fluides, c’est une autoroute sans stations-service. PAPSS a été pensé comme l’une des réponses. Access Bank, elle, choisit une méthode directe : rendre l’usage plus attractif maintenant, et miser sur l’effet d’entraînement.

En supprimant les frais sortants sur les transferts via PAPSS jusqu’au 30 avril 2026, Access Bank ne fait pas qu’une opération commerciale : elle tente d’accélérer un basculement, celui des paiements intra-africains en monnaies locales, avec un objectif clair réduire les coûts, gagner du volume, et installer PAPSS comme un réflexe. Dans l’Afrique bancaire de 2026, la vraie bataille n’est plus seulement de prêter. C’est de faire circuler l’argent vite, simplement, et à un prix qui permet au commerce africain de respirer.

Patrick Tchounjo

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