PI-SPI de la BCEAO : trois banques en tête dans l’UEMOA, l’absence de Wave soulève des questions

Le compte à rebours est lancé. À quelques jours du lancement officiel de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI), prévu pour le 30 septembre 2025, les contours du futur paysage des paiements instantanés en UEMOA se précisent. Trois établissements bancaires semblent en passe de s’imposer comme des acteurs dominants : Ecobank, Orabank et BCI. Pourtant, l’absence de la fintech Wave, devenue incontournable sur le marché du mobile money, suscite interrogations et spéculations.
Selon les listes publiées par la BCEAO, environ 25 institutions ont reçu leur agrément pour intégrer la première phase du PI-SPI. Parmi elles, Ecobank mise sur la puissance de son réseau paneuropéen et africain pour sécuriser une place centrale. Orabank, solidement implantée dans plusieurs pays de l’UEMOA, capitalise sur sa stratégie régionale pour tirer parti de l’interopérabilité promise par la nouvelle plateforme. Enfin, la Banque Commerciale Ivoirienne (BCI) entend profiter de son ancrage local et de sa clientèle fidèle pour capter rapidement une partie des flux de paiements instantanés.
Le projet PI-SPI représente un tournant majeur pour le secteur financier de l’UEMOA. Il doit permettre de réduire drastiquement les délais de transfert — de 48 heures actuellement à quelques secondes — tout en assurant une interconnexion entre banques, fintechs, microfinances et opérateurs de mobile money. En facilitant les paiements 24h/24 et 7j/7, la BCEAO ambitionne de stimuler l’inclusion financière et de créer un écosystème digital plus compétitif.
C’est précisément dans ce contexte que l’absence de Wave intrigue. L’opérateur, souvent qualifié de “tornade bleue”, a bouleversé le marché du mobile money grâce à une tarification agressive et une adoption massive par les usagers. L’entreprise dispose déjà d’une licence d’établissement de monnaie électronique délivrée par la BCEAO, ce qui lui donne un statut officiel dans la région. Pourtant, sa participation directe à la première phase du PI-SPI n’a pas été confirmée.
Plusieurs scénarios sont évoqués. Il est possible que Wave n’ait pas encore finalisé les exigences techniques ou réglementaires imposées pour l’interopérabilité instantanée. Certains analystes estiment aussi que l’intégration progressive, d’abord réservée aux banques traditionnelles et à quelques fintechs sélectionnées, pourrait expliquer ce décalage. Enfin, Wave pourrait opter pour une stratégie partenariale, en connectant son système à travers des banques déjà intégrées plutôt que d’entrer directement sur la plateforme.
Pour les banques déjà dans la course, l’enjeu est considérable. Le PI-SPI promet de redistribuer les cartes du secteur des paiements en UEMOA, avec un potentiel de plusieurs milliards de transactions par an. Les établissements qui s’imposent dès le départ bénéficieront d’un avantage concurrentiel déterminant, tant en termes de volume que de visibilité.
L’absence de Wave, si elle se confirme à moyen terme, pourrait fragiliser sa position dominante dans le mobile money. Mais la BCEAO, qui insiste sur le caractère inclusif du PI-SPI, devra démontrer que la plateforme ne renforce pas seulement les banques traditionnelles mais qu’elle offre également une place de choix aux fintechs, véritables moteurs de l’inclusion financière dans la région.
À la veille de son lancement, le PI-SPI s’annonce comme l’une des réformes les plus structurantes de l’histoire récente de l’UEMOA. Les prochains mois diront si son intégration progressive permettra d’équilibrer la puissance des grandes banques et l’agilité des fintechs, ou si certaines absences stratégiques risquent d’en limiter l’impact.
Patrick Tchounjo



