Portrait Yery Seck, le manager qui parle d’écoute dans une banque sous pression

Il y a des nominations confortables. Et puis il y a celles qui interviennent quand tout peut changer. Depuis avril 2025, Yery Seck dirige Société Générale Cameroun dans un contexte où la filiale vit l’un des moments les plus sensibles de son histoire récente. Le groupe Société Générale a officialisé en juillet 2025 un accord de cession de sa participation majoritaire à l’État camerounais, ouvrant une nouvelle ère pour la banque.
Autrement dit, Yery Seck n’arrive pas dans une banque stable. Il arrive dans une banque en transition stratégique. Et cela change tout.
Un profil atypique dans un univers bancaire souvent formaté
Le nouveau Directeur général n’est pas issu d’un parcours commercial classique. Yery Seck est ingénieur de formation, diplômé en mathématiques appliquées et en informatique. Cette base scientifique n’est pas un détail. Elle façonne une approche analytique, structurée et orientée données.
Dans un secteur bancaire africain parfois dominé par des logiques relationnelles et politiques, ce type de profil tranche. Il incarne une génération de dirigeants qui parlent modèles de risque, architecture des systèmes, digitalisation des processus et efficacité opérationnelle avant de parler storytelling.
Ce positionnement peut séduire. Il peut aussi déranger. Car il impose rigueur, discipline et mesure.
Un parcours international construit dans le groupe Société Générale
Yery Seck cumule plus de vingt ans d’expérience dans le secteur bancaire en France et en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Sénégal. Il a gravi les échelons au sein du groupe Société Générale en occupant plusieurs fonctions de direction.
En 2017, il rejoint SG Banques au Sénégal comme Directeur général adjoint et Directeur des Ressources humaines. Ce passage par les ressources humaines est stratégique. Il lui permet de comprendre les dynamiques internes, la gestion des talents et la conduite du changement.
En 2019, il devient Directeur général de Société Générale Bénin. À ce poste, il impulse une diversification de l’offre, renforce l’accompagnement des petites et moyennes entreprises et développe les services premium avec le lancement de cartes bancaires haut de gamme.
Ce parcours montre une trajectoire cohérente. Fidélité au groupe. Mobilité régionale. Montée progressive en responsabilité. Mais aussi exposition à des marchés africains aux réalités différentes.
L’expérience béninoise comme laboratoire stratégique
Au Bénin, Yery Seck imprime une dynamique claire. La banque diversifie son offre, renforce son accompagnement des petites et moyennes entreprises et enrichit ses services premium avec le lancement de cartes bancaires haut de gamme.
Cette double orientation est stratégique. D’un côté, soutenir les PME qui constituent le cœur du tissu économique. De l’autre, développer des offres à forte valeur ajoutée destinées à une clientèle plus exigeante. Il s’agit d’élargir la base tout en consolidant les segments à marge.
Son approche repose sur trois piliers. L’écoute client. L’innovation pragmatique. L’adaptation constante aux besoins évolutifs du marché. Il affirme que la banque n’existe pas sans ses clients et défend l’idée d’une institution capable d’anticiper les besoins et d’offrir des solutions innovantes.
Une philosophie claire et assumée
Yery Seck défend une vision simple mais exigeante. La banque n’existe pas sans ses clients. Il prône une institution capable d’anticiper les besoins et d’offrir des solutions innovantes.
Cette approche repose sur trois piliers. L’écoute active. L’anticipation. La continuité stratégique.
Dans un marché comme le Cameroun, où la concurrence bancaire s’intensifie et où les clients deviennent plus exigeants, cette philosophie peut constituer un avantage concurrentiel. Mais elle sera jugée sur les faits. Rapidité de traitement. Qualité de service. Innovation digitale réelle. Gestion efficace des réclamations.
Le contexte camerounais, un terrain exigeant
L’économie camerounaise affiche une croissance de 3,8 pour cent en 2023, portée par certains secteurs dynamiques. Mais l’inflation a atteint 7,4 pour cent, pesant sur le pouvoir d’achat et la rentabilité des entreprises. Le déficit budgétaire reste contenu, mais la pauvreté touche encore près de 23 pour cent de la population.
Le secteur bancaire demeure globalement solvable, avec un ratio autour de 16,3 pour cent. Toutefois, la hausse des créances douteuses à environ 15,4 pour cent à mi 2023 rappelle la fragilité de certains portefeuilles.
Dans ce contexte, diriger une banque leader signifie arbitrer en permanence entre soutien à l’économie et maîtrise du risque.
Une banque en pleine transition actionnariale
Société Générale Cameroun est l’un des acteurs majeurs du système bancaire national. Mais son avenir s’inscrit désormais dans une dynamique de changement capitalistique. L’accord de cession annoncé en juillet 2025 ouvre la voie à une recomposition de l’actionnariat.
Cette situation est clivante. Certains y voient une opportunité de souveraineté financière renforcée. D’autres redoutent une perte de standards internationaux et une possible politisation des décisions.
Au cœur de ce débat, Yery Seck devra maintenir l’équilibre. Rassurer les clients entreprises. Protéger les dépôts. Préserver la qualité du portefeuille. Maintenir la performance dans un climat d’observation permanente.
Les priorités immédiates sous l’ère Seck
La première priorité est la stabilité. En période de transition, la confiance devient la principale monnaie d’échange.
La deuxième est l’accélération digitale. Le marché camerounais évolue rapidement vers des solutions mobiles et des parcours client plus fluides. Une banque qui tarde perd des parts de marché.
La troisième est le renforcement du financement des PME. Dans une économie où ces entreprises structurent l’activité locale, leur accompagnement est stratégique.
Enfin, la gouvernance de la transition sera déterminante. Transparence, discipline et communication interne forte seront essentielles pour éviter toute fracture organisationnelle.
Un dirigeant attendu au tournant
La nomination de Yery Seck en avril 2025 n’est pas neutre. Elle intervient dans une phase critique pour Société Générale Cameroun et, plus largement, pour le système bancaire du pays.
Il incarne un choix de continuité dans la rigueur, mais aussi un pari sur un leadership africain aguerri. Son succès dépendra de sa capacité à transformer une période d’incertitude en levier stratégique.
Dans une banque, la réputation peut se fragiliser en quelques semaines et se reconstruire en plusieurs années. Le défi est donc immense.
Plus qu’un changement de Directeur général, l’arrivée de Yery Seck marque un test. Un test de gouvernance. Un test de confiance. Un test de vision.
Patrick Tchounjo



