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RDC : la BCC signe avec DRC Gold Trading SA pour reconstituer ses réserves d’or monétaire

À Kinshasa, le geste est hautement symbolique… et profondément financier. La Banque Centrale du Congo (BCC) et DRC Gold Trading SA ont scellé un partenariat stratégique visant la reconstitution des réserves d’or monétaire de la République démocratique du Congo, avec une ambition assumée : renforcer les réserves officielles et consolider la souveraineté monétaire dans un monde où l’or redevient une valeur-refuge. La signature s’est déroulée en présence de la ministre du Portefeuille Julie Shiku, et place au centre du dispositif une idée simple : transformer une ressource nationale en actif de réserve national.

Jusqu’ici, les réserves du Congo étaient surtout adossées à des monnaies étrangères (dollars, euros). L’accord ouvre une nouvelle phase : ajouter du métal à la réserve, au sens littéral du terme, et rééquilibrer la composition des actifs de la banque centrale.

Ce que l’accord change : la BCC devient acheteur d’or “tracé” pour ses réserves

Le mécanisme, tel qu’il est présenté, repose sur une chaîne claire. DRC Gold Trading SA, entreprise publique sous tutelle du ministère du Portefeuille, est chargée de la collecte, de la certification et de la traçabilité de l’or extrait sur le territoire. Cet or est ensuite acquis par la BCC, puis intégré aux réserves officielles.

Ce détail est essentiel : ce n’est pas seulement une politique de réserves, c’est aussi une politique de formalisation. La banque centrale ne se fournit pas sur un marché abstrait ; elle s’adosse à une structure nationale censée sécuriser l’origine du métal et réduire l’opacité.

Pourquoi l’or revient au centre : un actif “sans risque de contrepartie”

L’or plaît aux banques centrales pour une raison que les marchés comprennent instantanément : c’est un actif refuge qui ne dépend pas de la signature d’un autre État ou d’un émetteur privé. Mines.cd souligne d’ailleurs que l’or ne comporte « aucun risque de contrepartie » et qu’il aide à diversifier les actifs de réserve face aux incertitudes géopolitiques et aux risques d’inflation.

Dans une période où le métal jaune s’apprécie et où les investisseurs cherchent des repères stables, renforcer la part de l’or dans les réserves, c’est envoyer un signal : la solidité ne repose plus uniquement sur la devise.

Le franc congolais en toile de fond : l’or comme amortisseur de crédibilité

L’objectif n’est pas de “coller” une pièce d’or derrière chaque billet. L’objectif est plus stratégique : améliorer la perception de la solidité de la réserve, et donc, indirectement, renforcer la crédibilité monétaire. En cas de tensions, des réserves mieux diversifiées peuvent jouer un rôle d’amortisseur de confiance.

La BCC publie régulièrement ses indicateurs et cours de change ; à la date du 19 février 2026, elle affichait notamment des données de marché et de politique monétaire (taux directeur, inflation), ce qui illustre l’environnement de pilotage dans lequel s’inscrit cette stratégie.

Autrement dit : l’or n’est pas une formule magique, mais c’est un levier de résilience dans l’arsenal d’une banque centrale confrontée à des chocs externes et à la volatilité.

L’autre enjeu, plus silencieux : casser les circuits de contrebande et capter la valeur

L’accord touche une zone sensible : l’or artisanal. DRC Gold Trading se présente comme une entreprise du portefeuille de l’État créée pour intégrer l’or artisanal dans le circuit officiel, lutter contre la fraude et renforcer les recettes nationales.

C’est ici que l’opération devient doublement stratégique. En achetant de l’or tracé, la banque centrale ne renforce pas seulement ses réserves ; elle stimule aussi un circuit formel qui peut réduire les pertes liées à la contrebande et améliorer la transparence des flux.

Et sur ce sujet, l’ambition affichée autour de DRC Gold Trading est élevée : Bankable rapporte que l’entreprise vise, en 2026, des volumes et recettes d’exportation significatifs dans l’or artisanal, signe que l’État veut reprendre la main sur une filière historiquement poreuse.

Une séquence politique : souveraineté financière, mais aussi gouvernance publique

L’ACP décrit la démarche comme un instrument de politique publique destiné à renforcer la souveraineté monétaire, diversifier les actifs de réserve et consolider la stabilité macroéconomique, avec DRC Gold Trading appelé à jouer un rôle central dans la formalisation et la traçabilité.

La présence de la ministre du Portefeuille, dans ce cadre, renforce la lecture : il ne s’agit pas uniquement d’une décision technique de banque centrale, mais d’une orientation assumée par l’État, où une entreprise publique devient un levier direct de politique de réserve.

Ce que les marchés vont regarder maintenant : volumes, traçabilité, et exécution

Comme toujours, le marché attendra des preuves. Trois questions vont dominer.

La première, c’est la capacité opérationnelle : combien d’or tracé, collecté, certifié et réellement intégré aux réserves ?

La deuxième, c’est la crédibilité du circuit : la traçabilité sera-t-elle suffisamment robuste pour convaincre les partenaires et limiter les détournements ?

La troisième, c’est l’impact macro : dans quelle mesure la diversification en or améliorera-t-elle la perception de risque, la résilience externe, et le pilotage du taux de change, aux côtés des autres politiques monétaires ?

Quand une ressource naturelle devient un actif de réserve national

Avec cet accord, la RDC tente un mouvement à forte portée : transformer un avantage géologique en instrument de stabilité. Dans un monde où l’or regagne un rôle central dans les réserves, la BCC fait le pari de la diversification et de la souveraineté, tout en s’appuyant sur une entreprise publique chargée de rendre l’or plus traçable, plus officiel, plus utile.

Ce n’est pas seulement une signature. C’est une doctrine : mettre la richesse du sol au service de la crédibilité monétaire.

Patrick Tchounjo

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